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ENTRETIEN. Carlü Sadie (UBB) : « Je me suis dit : je vais vous prouver le contraire. Parce que, oui, j’ai frôlé la mort »

Malgré une opération très sensible des cervicales qui aurait pu lui coûter la vie il y a un peu moins de deux ans, Carlü Sadie (29 ans) a disputé sa première tournée d’été avec les Springboks. De retour avec l’UBB, le pilier droit sud-africain sait qu’il revient de loin

Carlü Sadie : « Je suis devenu un joueur plus confiant sur le terrain ».

Je suis très reconnaissant pour cette opportunité, à la fois envers l’UBB, envers les Springboks, les joueurs et les entraîneurs, qui m’ont offert cette chance. C’était un grand rêve. Après ma blessure aux cervicales, je ne pensais plus que c’était possible. Mais Laurent (Marti, le président de l’UBB), Yannick (Bru, le manager), le staff, tout le groupe et ma famille ont cru en moi. Ils m’ont donné une nouvelle occasion de retrouver le terrain. Ils m’ont apporté la confiance nécessaire pour poursuivre mon rêve. Grâce à tout ça, je suis peut-être devenu un joueur...

Je suis très reconnaissant pour cette opportunité, à la fois envers l’UBB, envers les Springboks, les joueurs et les entraîneurs, qui m’ont offert cette chance. C’était un grand rêve. Après ma blessure aux cervicales, je ne pensais plus que c’était possible. Mais Laurent (Marti, le président de l’UBB), Yannick (Bru, le manager), le staff, tout le groupe et ma famille ont cru en moi. Ils m’ont donné une nouvelle occasion de retrouver le terrain. Ils m’ont apporté la confiance nécessaire pour poursuivre mon rêve. Grâce à tout ça, je suis peut-être devenu un joueur plus confiant sur le terrain.

Depuis votre opération des cervicales, avez-vous le sentiment de revenir de loin ?

Avant la blessure, on prend les choses pour acquises. On ne réalise pas vraiment la chance qu’on a au quotidien. Mais quand un événement pareil survient, on prend conscience que tout peut s’arrêter en deux secondes. Cette opération m’a rendu plus fort mentalement. Je sais que chaque opportunité peut être la dernière. Alors, je la saisis à pleines mains.

Vous avez confié dans une interview à « Rugby Pass » être passé tout près de la mort…

Oui. Pour résumer, il y a un ligament au niveau des vertèbres C1 et C2. Si ce ligament lâche, le cou perd toute stabilité, il peut alors se plier au-delà d’une certaine limite et cela peut toucher la moelle épinière qui assure la transmission de l’influx nerveux vers les jambes et permet la communication entre le cerveau et le reste du corps… Si elle est touchée, vous vous retrouvez paralysé, vous ne pouvez plus respirer, plus bouger... La mort survient en quelques secondes. Heureusement pour moi, le cou ne s’est pas plié autant, c’est ce qui m’a permis de retrouver les terrains. Ça aurait pu être bien pire, ça aurait très bien pu être la fin.

Êtes-vous le même joueur et le même homme après une telle expérience ?

J’espère être devenu un meilleur joueur et un meilleur homme. J’ai assurément appris à faire preuve de plus de patience et à travailler plus dur. Ça confère la responsabilité de donner le meilleur de soi-même envers des personnes comme Laurent Marti, le staff, vos coéquipiers, votre épouse. Il a fallu que je me batte avec acharnement pour revenir. Beaucoup de personnes disaient que je ne rejouerais plus jamais. Je me suis dit : « Je vais vous prouver le contraire. » Parce que, oui, j’ai frôlé la mort…

« Il ne pouvait pas me garantir qu’il ne toucherait pas la moelle épinière, ce qui pouvait entraîner mon décès sur la table d’opération »

Cet épisode est-il encore en vous ou avez-vous tourné la page ?

J’ai tourné la page. Le médecin m’avait prévenu : « Si vous subissez cette opération, vous avez 50 % de risques de ne pas survivre. » Il ne pouvait pas me garantir qu’il ne toucherait pas la moelle épinière, il risquait aussi de toucher un vaisseau sanguin, ce qui pouvait entraîner mon décès sur la table d’opération. L’opération a finalement été un succès. J’ai suivi une rééducation au terme de laquelle on m’a assuré que mon cou était plus solide qu’il ne l’avait jamais été. J’ai confié à ma femme : « Une fois sur le terrain, si je ressens la moindre appréhension, la première chose que je ferai, c’est de prendre le ballon et de foncer droit sur quelqu’un. » Juste pour me prouver à moi-même que tout va bien. Et c’est exactement ce que j’ai fait.

Après tout ça, votre première tournée d’été avec l’Afrique du Sud a dû avoir une saveur particulière…

C’était incroyable ! J’ai toujours rêvé de faire partie de cette équipe. Avant d’y arriver, on lit beaucoup de choses sur les Springboks dans les médias. Mais ce n’est qu’un aperçu. Une fois intégré au groupe, on réalise à quel point il est unique. Les joueurs vivent les uns pour les autres. Ce sont des personnes formidables. Ils savent ce qui est le mieux pour vous et ne veulent que votre réussite. À mon arrivée, ils m’ont clairement exprimé leurs attentes et ils m’ont traité comme leur propre fils. J’ai appris énormément de choses sur mon jeu et sur les axes d’amélioration possibles, des détails auxquels je ne pensais même pas. Aujourd’hui, je sais exactement ce que je dois faire pour que mon niveau de jeu soit à la hauteur.

Beaucoup doutaient de votre recrutement après votre première saison à l’UBB. Yannick Bru vous avait mis un peu la pression. Vous aviez même signé chez les Bulls pour la saison suivante… Vous compreniez ou vous trouviez ça injuste ?

Si l’on revient sur ma première saison, je peux comprendre la frustration de Yannick. À mon arrivée à l’UBB, j’aurais pu faire mieux, je ne répondais pas aux attentes. Mon adaptation n’a pas été facile, le choc culturel a été important. Je n’ai pas trouvé mes repères tout de suite. Je me suis même demandé si j’étais vraiment à ma place ici. Mais après avoir signé chez les Bulls, je suis finalement revenu à l’UBB. J’ai dit à ma femme : « Je n’ai pas encore montré le meilleur de moi-même. » Je voulais prouver ce dont j’étais capable.

« Sans eux, je n’aurais jamais pu devenir un Springbok. Cette blessure a tout changé pour moi »

Vous vous sentiez redevable envers l’UBB de vous avoir rappelé malgré votre blessure ?

Je savais que Yannick m’avait offert une opportunité depuis l’Afrique du Sud (chez les Sharks) et je ne voulais pas le décevoir. Il y a eu cette blessure aux cervicales. Heureusement, Yannick et Laurent m’ont fait savoir qu’ils ne voulaient pas que je parte. Ils m’ont dit : « Demande aux Bulls s’ils acceptent de te libérer, nous rachèterons ton contrat et tu pourras rester à l’UBB. » J’en ai été très reconnaissant. Sans eux, je n’aurais jamais pu devenir un Springbok. Cette blessure aux cervicales a tout changé pour moi.

Carlü Sadie.
Carlü Sadie.

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