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Entretien - Raphaël Reynaud, sélectionneur des Bleus du Futsal : "L'objectif est de gagner maintenant tout en préparant les victoires de demain"

Raphaël, la saison a débuté avec une victoire contre les Pays-Bas (2-1), avant de largement dominer la Moldavie (6-0) pour votre entrée dans les éliminatoires de la prochaine Coupe du Monde. Quel bilan tirez-vous de ces deux rencontres ?

Le bilan est évidemment positif. Au-delà des résultats, ce qui nous intéressait avant tout, c'était de travailler sur le contenu et l'état d'esprit du groupe. De ce point de vue, le bilan est excellent. Nous avons insufflé un vent de fraîcheur avec de jeunes joueurs qui ont intégré l'équipe. Cela a apporté une vitalité et un dynamisme que nous étions potentiellement susceptibles de perdre après le Championnat d'Europe. C'est donc très positif.

Onze joueurs présents lors du dernier championnat d'Europe, conclu par une demi-finale, étaient de nouveau au rendez-vous. Quelle importance accordez-vous à cette continuité pour conserver une ossature solide tout en préparant l’avenir ?

L'objectif est de gagner maintenant tout en préparant les victoires de demain. C'était véritablement le fil conducteur du premier stage de la saison. Il est primordial de gagner et de rester performant, tout en construisant la suite. Nous avons l'opportunité de travailler sur ces deux tableaux lors de ces rassemblements, et c'est exactement ce que nous faisons. C'est ce qui rend cette période particulièrement stimulante.

Comment trouvez-vous le bon équilibre entre la continuité, avec les cadres de la sélection, et le renouvellement du groupe pour intégrer de nouveaux profils ?

La gestion répond au calendrier. Durant le Championnat d'Europe, ce n'était pas le moment d'expérimenter : l'urgence était de s'appuyer sur l'expérience, de maintenir une équipe très équilibrée et de capitaliser sur le vécu de la Coupe du monde pour performer. Aujourd'hui, l'enjeu est différent. Il faut trouver le juste équilibre entre les cadres d'expérience — comme Souheil Mouhoudine, Abdessamad Mohammed ou Sid Belhaj — et l'apport de sang neuf. Pas uniquement de très jeunes profils d'ailleurs, mais aussi des éléments encore non capés. Ils apportent une fraîcheur, une vitalité indispensable pour éviter que le groupe ne se sclérose ou ne se referme sur lui-même. L'équipe de France doit rester un espace ouvert où chaque joueur méritant a sa carte à jouer.

"C'est un vrai talent que nous avons su accompagner"

Ce rassemblement a également été marqué par la présence d’Eyoube Mohamed Adam, devenu à 17 ans le plus jeune international de l’histoire du futsal français. Que pouvez-vous nous dire sur ce joueur et sur les raisons qui vous ont poussé à lui faire confiance ?

Eyoube incarne parfaitement ce qu'on produit de mieux en termes de formation en France aujourd'hui. C'est un joueur issu du football amateur, passé par un club local avant d'être détecté pour le Pôle France. Il sort d'un cursus de trois ans au pôle, complété par des compétitions régionales dans sa Ligue. Dans la foulée, il vient de signer à Toulouse en D1. C'est un vrai talent que nous avons su accompagner, une belle réussite de notre filière. Mais c'est avant tout un garçon très intelligent et particulièrement bien entouré, ce qui explique sa maturité précoce. Enfin, ce n'est pas une simple prime à la jeunesse. Si je fais appel à lui, c'est parce qu'il a la capacité d'apporter concrètement à l'équipe. Et il l'a démontré.

Concernant justement la filière de formation et l'apport du Pôle France, observez-vous déjà une montée en puissance globale du vivier national ?

Sur le terrain, une fois en bleu, peu importe d'où l'on vient : il n'y a plus de distinction entre Pôle France et sections sportives. Le Pôle France n'est que la partie émergée de l'iceberg. Le réseau de sections sportives de second cycle s'étoffe considérablement dans les lycées, avec un niveau d'exigence technique en constante hausse. La création du challenge Pierre-Jacky — le pendant futsal du challenge Jean-Leroy pour le foot à 11 — débute dès cette saison. Entre ces compétitions scolaires, le Pôle et le championnat national U19, l'ensemble des structures d'accession au haut niveau se consolide. Résultat : les jeunes qui arrivent en sélection sont désormais mieux formés, possèdent un bagage tactique supérieur et peuvent s'intégrer beaucoup plus tôt.

"L'histoire est en marche"

Après vos parcours marquants à l’Euro et au Mondial, que manque-t-il encore à cette équipe de France pour franchir un cap supplémentaire face aux meilleures nations mondiales ?

Il nous a manqué ce surplus d'expérience, de vécu commun et de culture du très haut niveau. Aujourd'hui, nous nous appuyons fortement sur un projet de jeu et une formation clairement identifiés, qui permettent à n'importe quel jeune d'intégrer l'équipe A sans rupture. Toutefois, pour décrocher des trophées, cela ne suffit pas encore : il faut accumuler des matches couperets et franchir les paliers un à un. Dans le jeu, la clé réside dans la gestion des moments décisifs, le "money time". À ce niveau, l'interdiction de faire des erreurs est absolue. C'est ce qui nous a coûté cher contre le Portugal ou contre la Croatie lors du match pour la troisième place. L'écart est infime, mais nous concédons encore un peu plus d'erreurs que nos adversaires. Au sommet mondial, les vainqueurs ne sont pas forcément les plus flamboyants, mais ceux qui commettent le moins de fautes directes.

Le Futsal se développe à grande vitesse en France. Comment percevez-vous cette évolution et quels sont, selon vous, les principaux leviers pour consolider cet essor ?

L'histoire est en marche. Quand une discipline est à ce point plébiscitée et portée par la jeunesse, son essor devient inéluctable. C'est ce que nous vivons actuellement. Pour franchir un palier supérieur, les besoins sont connus : un accompagnement renforcé de nos clubs par les collectivités locales et nationales, ainsi qu'une exposition médiatique accrue. Le président Philippe Diallo montre la voie en faisant du Futsal l'un des chantiers prioritaires de la Fédération. Nous sommes engagés dans une dynamique vertueuse. Le temps et la volonté fédérale feront le reste.

Pour résumer

Après un début de saison parfait marqué par des succès face aux Pays-Bas et à la Moldavie, Raphaël Reynaud dresse le bilan d'une rentrée sous le signe du renouveau. Entre l'intégration de jeunes talents comme le précoce Eyoube Mohamed Adam, la gestion des cadres historiques et le développement de la discipline, le sélectionneur de l'équipe de France de futsal détaille les ambitions des Bleus pour franchir le dernier cap vers les sommets.

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