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BASKET JaCobi Wood (ALM Évreux) : au nom du frère
Avant le premier derby normand pour Évreux face au STB Le Havre, rencontre avec le talentueux JaCobi Wood, en connexion permanente avec son frère disparu.
Avant le premier derby normand pour Évreux face au STB Le Havre, rencontre avec le talentueux JaCobi Wood, en connexion permanente avec son frère disparu. ©La Dépêche/BdC

Gregory et Tiffany, les parents de JaCobi Wood, n’étaient pas vraiment du genre à se faire tatouer. Si son père, employé à l’usine Volkswagen de Chattanooga, n’y était pas opposé, sa mère, coiffeuse, ne voulait rien entendre. Pour elle, « ce n’est pas très élégant », raconte JaCobi. Mais le jeune homme n’avait d’yeux que pour son grand frère, Rondazz Jamarr Mee Jr.

Affectueusement surnommé « Jay », son aîné de huit ans était son modèle, celui à qui il voulait ressembler en tout point. Déjà largement tatoué, Jay lui avait naturellement transmis cette envie. Leurs parents savaient d’ailleurs pertinemment que JaCobi finirait tôt ou tard par suivre ses traces. Les deux frères avaient alors imaginé leur petit plan.

Le 31 mai 2019, ils se feraient tatouer ensemble le prénom de leur mère, ainsi que plusieurs autres motifs identiques, avant de lui réserver la surprise. Une façon de rendre hommage à celle qui occupait une place centrale dans leurs vies.

En 2018, la famille Wood vivait des moments heureux et le petit JaCobi (au centre) commençait à se faire connaître sur les terrains de basket.
En 2018, la famille Wood vivait des moments heureux et le petit JaCobi (au centre) commençait à se faire connaître sur les terrains de basket. ©Photo personnelle

« Un monde qui s’écroule »

Mais trois jours avant cette sortie, le 28 mai, le corps de Jay est retrouvé dans la rivière Ocoee. La veille, alors qu’il était parti faire une randonnée avec sa compagne et un autre couple, il avait glissé de la berge avant de chuter dans les eaux profondes et tumultueuses de cette rivière, qui avait accueilli les épreuves de slalom en canoë-kayak lors des Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996.

Après 24 heures de recherche et une importante mobilisation d’une centaine de personnes, les secours ont indiqué qu’il était décédé sur le coup, après s’être violemment heurté la tête contre un rocher lors de sa chute. « C’est un monde qui s’écroule à ce moment-là, confie celui qui avait fêté ses 18 ans quatre jours plus tôt. La perte de mon frère a été une épreuve extrêmement difficile. Mais je ne veux pas réduire cette période à la seule tristesse. Je préfère aussi me souvenir de tous les bons moments que nous avons partagés, des souvenirs que nous avons créés ensemble et de la belle vie que nous avons vécue côte à côte. »

Plus qu’un frère, Jay était « mon meilleur ami, mon confident, mon mentor, ma plus grande source d’inspiration. Il m’a beaucoup aidé à devenir la personne que je suis aujourd’hui. Il m’a appris énormément de choses et m’a aidé à devenir plus fort, sur le terrain comme dans la vie. »

Le basket comme thérapie

JaCobi Wood s’est immédiatement plongé dans le basket, contribuant à faire de l’équipe universitaire de Belmont (2020-2022) l’une des meilleures de l’histoire du programme. Cette tragédie a renforcé sa détermination à exceller, sur le terrain comme en dehors.

« Jay m’encourageait constamment à devenir meilleur, notamment au basket-ball. Ce sport était pour moi un moyen de m’exprimer, de surmonter les difficultés et de me rapprocher de Dieu. Il me répétait de ne jamais abandonner et de ne pas me plaindre. Que tout le monde traverse des épreuves dans la vie. Il faut donc garder la tête haute et donner le meilleur de soi-même chaque jour. Ce sont des conseils que je garde toujours en moi. »

Ici sous le maillot de l'université de Belmont, JaCobi Wood affiche souvent le sourire d'un joueur à la fois sage, talentueux et profondément humain.
Ici sous le maillot de l’université de Belmont, JaCobi Wood affichait déjà souvent le sourire d’un joueur à la fois sage, talentueux et profondément humain. ©Photo personnelle

Conscient du talent indéniable de JaCobi pour le jeu, Jay, qui rêvait plus jeune d’embrasser une carrière de basketteur, s’était alors investi pour aider son petit frère à progresser, tout en l’encourageant à viser l’excellence sur le plan scolaire. Étudiant en comptabilité à l’Université de Belmont, JaCobi figurait parmi les meilleurs élèves de sa promotion.

« Jay voulait que je réussisse autant que je le voulais moi-même. » Aujourd’hui encore, le basket l’aide à surmonter l’absence du grand frère et à avancer.

« Ça a été une forme de thérapie pour moi. Je sais qu’il aurait voulu que je continue à progresser, que je sois heureux et que je poursuive mes objectifs. J’ai dû apprendre à grandir, à devenir un homme et à aller de l’avant malgré cette épreuve. Je pense souvent à lui et je sais qu’il continuera à m’accompagner dans tout ce que je fais. Je veux également témoigner de mon expérience, parce que beaucoup de personnes traversent des épreuves similaires sans nécessairement en parler. Si je peux aider quelqu’un en partageant mon histoire, alors j’aurai le sentiment d’avoir fait quelque chose d’utile. »

Une saison écourtée en Allemagne

Après de belles performances universitaires à Belmont, donc, puis à Murray State (2022-2025), le natif de Cleveland, dans le Tennessee – et non dans l’Ohio – traverse l’Atlantique pour rejoindre Tübingen, en Allemagne.

Sa première aventure professionnelle en Europe démarre sur les chapeaux de roues. En 12 matchs, le meneur tourne à 16,4 points, 4,3 rebonds et 5,3 passes décisives de moyenne. Mais une fracture de fatigue vient brutalement stopper son élan. Sa saison prend fin dès la mi-décembre !

« Ça a été une nouvelle épreuve à surmonter, mais je suis resté positif. C’était la deuxième blessure sérieuse de ma carrière. La première fois, c’était déjà l’autre cheville. »

Malgré ce coup d’arrêt, JaCobi retient surtout le positif de son expérience allemande. « Même si j’étais loin de chez moi, je me suis senti bien entouré et j’ai passé de très bons moments. Nous avions un bon entraîneur et nous travaillions très dur. Cette expérience m’a permis de découvrir un nouvel environnement, de continuer à progresser et d’apprendre à m’adapter à une autre culture. »

Le natif de XX s'est rapidement imposé chez les professionnels et fait déjà l'unanimité à l'ALM Évreux et auprès des fans.
Le natif du Tennessee s’est rapidement imposé chez les professionnels et fait déjà l’unanimité à l’ALM Évreux et auprès des fans. ©La Dépêche/BdC

Et c’est ainsi que JaCobi Wood, par ailleurs amateur de golf, a atterri à l’ALM Évreux, où il a trouvé un environnement idéal pour se relancer. Sans cette blessure, le meneur ébroïcien n’aurait peut-être jamais posé ses valises sur les bords de l’Iton. Aujourd’hui, il figure déjà parmi les joueurs les plus performants d’Élite 2, avec 16,3 points et 8 passes décisives de moyenne.

Parmi les meilleurs joueurs d’Élite 2

« Dinis (Amaral) a su me convaincre cet été, même si je ne lui ai pas donné ma réponse immédiatement », se souvient le nouveau chouchou des fans de l’ALM.

« Aujourd’hui, il m’aide beaucoup à identifier les aspects de mon jeu que je dois améliorer. Il me pousse à travailler sur mes points faibles et à relever de nouveaux défis. À ce niveau, la concurrence est rude. »

L’Américain, qui forme un remarquable duo d’arrières avec Jagan Mosely, sait désormais qu’il est particulièrement attendu par les défenses adverses.

« Ça représente pour moi désormais un véritable défi. Mais c’est justement ce que je recherche : me mesurer à des joueurs de haut niveau, apprendre de ces confrontations et continuer à progresser. Je sais que je peux encore franchir un cap. Je veux travailler dur chaque jour pour devenir un meilleur joueur et aider mon équipe à gagner. »

Si le talent ne manque pas au sein de cette ALM 2026-2027, l’ambiance entre les joueurs contribue également à sa réussite.

« J’apprécie d’évoluer aux côtés de coéquipiers talentueux. Nous pouvons apprendre les uns des autres, nous tirer mutuellement vers le haut et construire ensemble quelque chose de solide. L’ambiance au sein du groupe et le soutien des supporters comptent également beaucoup pour moi. »

Le petit JaCobi Wood, ici avec sa maman Tiffany et son frère disparu.
Le petit JaCobi Wood et sa maman Tiffany se sont fait tatouer en souvenir du regretté Jay (à d.). ©Photo personnelle

Une mentalité exemplaire que JaCobi Wood tient sans aucun doute de son grand frère, auquel il a rendu un hommage poignant en tatouant entièrement son bras gauche en son honneur, sa mère cédant elle aussi au tatouage pour la même raison. Un bras qu’il entend bien mettre en évidence ce week-end, à l’occasion du derby entre l’ALM Évreux et les promus du STB Le Havre.

ALM Évreux – STB Le Havre, ce vendredi 30 octobre 2026 à 20 h, centre omnisports d’Évreux.

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