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l'essentiel Corentin Meler, 37 ans, a terminé la Diagonale des Fous à La Réunion, du 15 au 18 octobre 2026, après 57 heures de course. Malgré une infection au genou sept mois avant l'épreuve, il a surmonté les 180 km et 10 200 m de dénivelé. Épuisé, il a souffert d'hallucinations et d'évanouissements, mais envisage déjà de nouveaux défis. La Dépêche vous raconte.
"La Diagonale des Fous, elle peut se raconter, mais elle se vit avant tout." Pour Corentin Meler, Fuxéen de 37 ans, cette histoire remonte à quatre ans. Alors qu'il arbitrait sur les terrains de rugby d'Occitanie, son meilleur ami lui propose de l'aider à assurer le ravitaillement de son épouse sur les 60 km du Grand Raid des Pyrénées. "Il m'annonce qu'il va l'accompagner sur la Diagonale des Fous, à La Réunion, et me lance un pari en me disant : 'Tu n'es pas cap de suivre.'"
C'était la phrase à ne pas prononcer pour Corentin, car, depuis, il n'avait plus qu'un objectif : terminer ce trail mythique. L'édition 2026 s'est déroulée du jeudi 15 au dimanche 18 octobre, au cours de laquelle le père de deux enfants a couru pendant 57 heures, 16 minutes et 36 secondes, aux côtés de neuf autres Ariégeois.
Une course qu'il qualifie aujourd'hui comme la plus dure de sa vie. "À la fin, nous nous disons que nous ne le referons jamais. Trois ou quatre jours après, on y réfléchit. Aujourd'hui, je suis sûr que je ne la referai pas, mais j'en ferai d'autres."
Pour lui, la course n'est pas une découverte. Habitué à suivre les joueurs sur le terrain, il adapte ses entraînements d'arbitre pour préparer la course et remplit les critères de qualification en 2025. "Il fallait faire deux courses à 85 points dans l'année et demie avant. J'avais décidé de ne rien faire en 2026 pour me consacrer à la diagonale." Une décision judicieuse, car tout bascule en mars dernier.
Sur le terrain, il est victime d'un accident à la suite d'un contact. Son genou est touché par une infection bactérienne. "J'ai failli perdre ma jambe à sept mois de la Diagonale." De par ses années d'entraînement, son corps se remet vite. À peine quatre mois avant le départ, Corentin Meler reprend la course là où d'autres réapprendraient encore à marcher. "J'aurais dû arrêter ma carrière à ce moment-là. Mais j'ai assumé ma sortie. Plutôt que de la subir, j'ai voulu la choisir. J'ai eu de la chance de pouvoir le faire."
Le jeudi 15 octobre dernier, Corentin et Emmanuelle, la femme de son meilleur ami, se retrouvent dans des groupes de départ différents. Mais, déterminés à au moins faire la première partie de la course ensemble, Corentin décide de rattraper Emmanuelle. "J'ai mis un kilomètre à le faire. Ensuite, nous nous sommes calés. Nous l'avons finie ensemble."
Ce n'était que la partie la plus simple de ce périple. Très vite, Corentin va vivre ce qu'il décrit comme un enfer sur ces 180 km de course comprenant 10 200 m de dénivelé. "À La Réunion, il y a 120 microclimats différents. Le temps peut changer du tout au tout. Au départ, tout s'est super bien passé. Le lieu, Mare à Boue, porte bien son nom : les conditions climatiques étaient infâmes."
Pluie épaisse comme de la farine, bruine : le Fuxéen patauge dans la boue sur 25 km. Et il n'avait pas encore emprunté la montée de 13 km. Une étape qu'il qualifie d'interminable. Arrivés dans le cirque de Mafate, les deux coureurs se retrouvent face à eux-mêmes. "Si on rentre dedans, on doit sortir par nous-mêmes, car les secours n'interviennent que pour les blessés graves."
Cette météo changeante ne facilite pas le défi, à tel point que son corps finit par réagir. En courant, son cerveau lui provoque des hallucinations. Les cailloux se transforment en tortues et autres animaux. Sur les côtés des chemins, il imagine des voitures garées. "Je m'attendais à en avoir. Mais on n'est pas vraiment conscient de ce qui nous arrive, j'étais en pilote automatique."
Lors d'un ravitaillement, le corps de Corentin déconnecte. Il tombe à genoux et s'évanouit. "Je suis tombé devant mes proches. Mon meilleur ami m'a rattrapé. Ils m'ont enroulé dans une couverture de survie et ils ont appelé ma femme." Restée au domicile familial avec leur nourrisson de six mois pour préserver le rythme des enfants, son épouse n'avait pu faire le déplacement.
Pour le soutenir, elle lui avait écrit des mots dans ses affaires stockées aux bases de vie. "Je ne l'ai pas reconnue. Je n'ai pas reconnu ma femme", avoue-t-il. "C'est là qu'on se rend compte que le manque de sommeil est la plus grande des tortures." Sur les trois jours de course, Corentin aura dormi 20 minutes.
Pourtant, cela n'a pas arrêté Corentin, car après la course, le groupe de quinze amis a profité de vacances bien méritées et a enchaîné randonnées et diverses activités. "Je n'avais aucune courbature ou douleur autre que celle de mon genou."
Dix jours après l'épreuve et à peine rentré de l'île, le Fuxéen s'interroge : s'il a repoussé ses limites, les a-t-il pour autant franchies ? Peut-il les pousser davantage ? Si un repos bien mérité s'impose, il compte bien reprendre le chemin des trails. Prochain potentiel objectif en vue : pas une nouvelle Diagonale des Fous, mais les 224 km séparant Le Lioran-Cantal de Volvic.
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