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"C'est comme s'il était tombé sur du goudron..." Face à une hécatombe de blessés, le rugby amateur tire la sonnette d'alarme sur la dangerosité des terrains
Dimanche dernier, lors du match entre l'EAB XV et Tournefeuille, les pompiers ont pris en charge un joueur qui, après un plaquage, a heurté le sol avec l'arrière du crâne, sur une pelouse particulièrement dure. DDM, D.B.

l'essentiel En raison d'une sécheresse historique dans le Gers et sur une large partie du territoire, la dureté extrême des terrains de rugby menace aujourd'hui l'intégrité physique des rugbymen. Confrontés à une avalanche de blessés et sans solution miracle - si ce n'est prier pour que la pluie arrive -, les clubs doivent s'adapter. Témoignages.

"En l'état actuel des terrains, c'est dangereux", affirme, préoccupé, Pierre Didelot. Pour le manager de l'EAB XV (Fédérale 3), l'intégrité physique des joueurs est clairement menacée en ce début de saison. Un constat largement partagé à travers le Gers. En cause : une sécheresse persistante sur une large partie du pays et des rectangles verts qui ont atteint un niveau de dureté rarement vu à cette époque de l'année.

"Quand tu tombes par terre, tu tombes sur du béton", assure le technicien astaracais. Bien plus qu'une simple image, un coup d’œil à l'infirmerie suffit pour mesurer l'ampleur des dégâts. "On a eu quinze blessés en deux matchs (à Pouyastruc et contre Tournefeuille, NDLR) avec de multiples entorses de la cheville, du genou et des épaules touchées", regrette Pierre Didelot.

Plus grave encore, un autre incident survenu le week-end dernier à Mirande est venu illustrer le danger réel pour les rugbymen : les pompiers ont dû intervenir sur l'aire de jeu pour prendre en charge un joueur de Tournefeuille. "Après avoir été plaqué, en retombant, sa tête a tapé le sol, se remémore Pierre Didelot. Heureusement qu'il avait un casque, mais c'est comme s'il était tombé sur du goudron." Resté au sol, il a finalement été évacué après une demi-heure d'interruption.

"La pelouse ? Il n'y a plus d'herbe"

Malgré ce bilan alarmant, Mirande accueillera une nouvelle rencontre ce dimanche. Le VVAL'XV a en effet été contraint de délocaliser son match en terre mirandaise. Un déplacement temporaire imposé, là aussi, par l'impraticabilité de son terrain de jeu habituel, niché au coeur du parc du château de L'Isle-de-Noé. Une pelouse aujourd'hui méconnaissable, martyrisée par les canicules successives et l'absence quasi totale de précipitations.

Le terrain de L’Isle-de-Noé ne laisse apparaître que quelques rares brins d’herbe et demeure impraticable à ce jour.
Le terrain de L’Isle-de-Noé ne laisse apparaître que quelques rares brins d’herbe et demeure impraticable à ce jour. DDM, SEBASTIEN LAPEYRERE

"La pelouse ? Il n'y a plus d'herbe, confie Annie Bourdallé, coprésidente du VVAL'XV. On a resemé, mais il faudrait qu'il pleuve pour que ça pousse." Aucune autre solution pour le club, à défaut de disposer d'un "contrat d'eau" pour arroser. Loin de s'apitoyer sur son sort, le pensionnaire de Régionale 3 a recours au système D pour tenir son calendrier à jour : une inversion d'affiche avec Carbonne-Longages lors de la 2e journée, et la carte de la délocalisation abattue pour ce week-end.

Quant au pré lislois, qui a également accueilli un vide-greniers et un festival pyrotechnique courant septembre, les dirigeants font avec les moyens du bord pour tenter de le réanimer : "On a une personne qui va vider sa piscine. On va prendre une tonne à eau pour récupérer le volume et l'épandre sur le terrain, plutôt que de gaspiller l'eau", explique la coprésidente. Mais Annie Bourdallé ne se fait pas d'illusions : ce ne sont pas quelques dizaines de m3 qui vont changer la donne.

"On scrute les moindres millimètres qui vont tomber"

Pour preuve : au nord d'Auch, le Montestruc Gers Rugby, autre pensionnaire de Régionale 3, a arrosé son aire de jeu cet été, à raison de "deux jours par semaine". Si l'herbe est restée verte, le sol n'en est pas plus meuble pour autant. "Lors du premier match à domicile, on a perdu quatre joueurs, touchés aux épaules sur les impacts au sol", partage Michel Darparens, coprésident du MGR.

Faute de disposer d’un terrain permettant la pratique du rugby en toute sécurité, les « Châtelains » du VVAL’XV ont été contraints de délocaliser leur match du week-end à Mirande.
Faute de disposer d’un terrain permettant la pratique du rugby en toute sécurité, les « Châtelains » du VVAL’XV ont été contraints de délocaliser leur match du week-end à Mirande. DDM SEBASTIEN LAPEYRERE

Parmi les solutions, outre l'inversion de match ou la délocalisation sur des prés plus verdoyants, reste le report. Les Montestrucois en ont fait les frais, leur déplacement au XV de la Save ayant été repoussé à début novembre. Une décision qui n'est toutefois pas sans risque : en cas de déchaînement des éléments durant l'hiver, rendant les pelouses impraticables, les fenêtres de repli pourraient venir à manquer.

Pour éviter tout embouteillage au calendrier, à Montestruc comme partout ailleurs, "on scrute les moindres millimètres qui vont tomber", glisse, sans grand optimisme pour les semaines à venir, Michel Darparens. Il faut dire que les prévisions ne laissent guère espérer un retour rapide à la normale. "Il faudrait au moins 60 mm pour retrouver un état de terrain correct", estime le dirigeant du MGR. À défaut de solution miracle, les clubs n'ont plus qu'à entamer une danse de la pluie collective.

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