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Coupe du monde de rugby à XIII : Trent Robinson, le champion de NRL qui veut faire tomber les barrières du XIII français
Trent Robinson est resté au cœur des Bleus cette semaine pour préparer l’Angleterre – France de samedi à Perth. Hannah Elly

À la veille du choc face à l’Angleterre, samedi à 8 h 35, heure française, à Perth, Trent Robinson affiche la couleur en se livrant longuement pour l’Indépendant. Fraîchement sacré pour la quatrième fois en NRL avec les Sydney Roosters, le directeur du rugby du XIII de France connaît l’ampleur du défi. Mais il refuse que les Bleus entrent sur le terrain en vaincus annoncés. Pour lui, l’exploit est possible, à condition d’oser y croire et de se donner les moyens de le réaliser.

"Il faut qu’arrive un moment où nous ne sommes plus les victimes." L’Angleterre est prévenue. La France ne vient pas à Perth pour se résigner. Face à une sélection plus expérimentée et mieux armée sur le papier, les Bleus devront réaliser un match référence pour espérer créer la surprise. Ce vendredi à Perth, Trent Robinson ne minimise pas le défi, mais son discours tranche avec celui d’un outsider qui se contenterait de limiter les dégâts. "Si nous réalisons notre meilleur match depuis dix ans, nous pouvons battre l’Angleterre. Nous savons que la montagne est haute, mais si tu n’y crois pas, tu n’y arriveras jamais." Pas question, pour autant, de confondre ambition et incantation. Le directeur du rugby français sait que la volonté ne suffira pas et qu’il faudra maîtriser le jeu, être précis dans les moments clés et convertir les occasions. "Ce n’est pas seulement une question de talent ou de mental. Il faut être capables de faire les bonnes choses sur le terrain, de compléter nos actions et de saisir nos opportunités." Fraîchement couronné d’un quatrième titre de NRL avec les Sydney Roosters, Robinson apporte aux Bleus l’expérience d’un technicien habitué aux sommets. Mais son ambition dépasse le résultat de samedi parce qu’il veut contribuer à faire sortir le XIII français de son statut d’éternel outsider.

La France, une dette personnelle

Le changement de décor a été rapide pour le technicien australien. À peine la saison de NRL terminée, il a rejoint quatre jours après, le groupe tricolore pour préparer la Coupe du monde. Une transition qui lui a demandé quelques jours d’adaptation. "Il a fallu terminer le travail avec les Roosters et basculer vers l’équipe de France. Honnêtement, cette transition m’a pris un peu de temps", reconnaît-il. Car l’intégration ne se limite pas aux séances d’entraînement. "La vraie intégration, ce n’est pas seulement ce qui se passe sur le terrain. C’est aussi manger ensemble le matin, aller prendre un café. C’est là que tu fais vraiment partie d’une équipe." S’il continue de s’investir auprès des Bleus malgré ses responsabilités en NRL, c’est aussi parce que la France a profondément marqué sa vie. Il n’a pas oublié ses débuts d’entraîneur ni ceux qui lui ont accordé sa première chance, notamment Carlos Zalduendo à Toulouse et Bernard Guasch chez Dragons Catalans en Super League. Deux présidents qui ont également compté dans son parcours. "Il faut toujours se souvenir de ses premiers pas comme entraîneur. Carlos m’a donné ma première chance. La France a changé ma vie, sur le plan familial comme sur le plan professionnel." Il faut dire que chez "Robbo", entraîner relève davantage de la vocation que du métier. Cet attachement explique pourquoi il préfère agir plutôt que regarder de loin une discipline à laquelle il doit beaucoup. "Pour moi, ce n’est pas seulement un travail, c’est une vocation. La France m’a donné cette opportunité. Alors, c’est plus naturel d’être là et d’aider que de rester à distance. Si je regardais cette équipe, qui compte autant pour moi, sans rien faire, ce serait difficile." Fidèle à ses habitudes et à ses valeurs, il ne se projette pas à long terme, préférant se concentrer sur ses missions actuelles. Mais un retour en France figure bien dans son horizon personnel. "Je sais qu’à une période de ma vie, je reviendrai vivre en France. Je ne sais pas quand ni dans quelles circonstances."

L’avenir commence à cinq ans

Au-delà de l’équipe nationale, Robinson défend une vision à long terme du rugby à XIII français. Pour lui, la progression des Bleus dépend aussi de la capacité du sport à attirer et à former les plus jeunes. "L’équipe de France doit donner envie aux jeunes joueurs et les faire rêver. Mais un enfant de cinq ans peut aussi être inspiré par un entraîneur ou un professeur qui lui transmet le plaisir de jouer et lui apprend les bonnes choses."

Le message est clair, la responsabilité ne peut reposer uniquement sur les joueurs internationaux. Clubs, éducateurs, enseignants et dirigeants doivent à ses yeux contribuer à bâtir une filière solide. Les résultats des Bleus peuvent susciter des vocations, à condition que les enfants trouvent ensuite un encadrement de qualité pour progresser. "L’avenir de l’équipe de France, c’est demain contre l’Angleterre, mais c’est aussi dans quinze ou vingt ans. Tout le monde doit contribuer à faire vivre cet espoir." Robinson reconnaît que le XIII français peut mieux faire, sans nier le travail déjà accompli par de nombreux acteurs. Il appelle surtout à dépasser les critiques pour privilégier l’engagement collectif. Une ambition qui fait écho à son expérience avec les Roosters, où la reconstruction et la clarté du projet de jeu ont permis de retrouver les sommets.

Le Stade Toulousain, une référence pour tous

Son regard sur le rugby à XV témoigne de la même ouverture. Trent Robinson n’a jamais caché son admiration pour le Stade Toulousain, qu’il suivait déjà lors de son arrivée en France, en 2002. "Pour moi, Toulouse pratique le meilleur rugby à XV au monde. J’adore regarder cette équipe jouer. Il y a une identité, un style et une vraie clarté dans ce qu’elle veut faire. C’est spectaculaire."

Plus que les résultats, c’est la cohérence du club qui l’impressionne avec une identité de jeu assumée, comprise et transmise. Une leçon qui dépasse les frontières entre les deux codes. "Le Stade Toulousain sait qui il est. Il respecte le jeu, qu’il s’agisse du XIII, du XV, des Dragons Catalans, du TO ou des équipes de France." Robinson refuse ainsi de considérer les deux disciplines comme des adversaires condamnés à s’opposer. "Je suis convaincu que le rugby à XIII peut être fort sans que nous ayons besoin de changer ce que nous sommes."

Face à l’Angleterre, samedi à Perth, les Bleus tenteront de traduire cette ambition sur le terrain. Le défi est immense, mais le message de Robinson dépasse déjà le résultat : "Croire en ses possibilités, construire une identité et donner aux prochaines générations les moyens de rêver plus grand."

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