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Jacques Lajuncomme, président de la Fédération française de surf : « Les deux médailles olympiques nous ont légitimés »
Jacques Lajuncomme, président de la Fédération française de surf depuis 2020, prépare entre autres avec le DTN Cédric Leroy les échéances olympiques de Los Angeles 2028.

Alors que les Championnats de France de surf se déroulent cette semaine dans les Landes, le président de la Fédération française de surf, Jacques Lajuncomme, tire les bénéfices de Paris 2024 et se tourne vers l’avenir du surf tricolore

L’exposition médiatique du surf, à l’occasion des Jeux olympiques 2024, s’est elle traduite par une hausse du nombre de licenciés, comme on peut le voir dans d’autres sports ?

Les JO, l’événement sportif universel, offrent en effet une grande visibilité, et pour le surf français, prendre deux médailles sur quatre compétiteurs engagés, un exploit unique. Ça nous a évidemment légitimés, nous sommes rentrés au conseil d’administration du Comité national olympique et sportif français. Auprès de la Fédération internationale (ISA) aussi, le regard a changé. Mais on reste un sport de pleine nature, donc ça ne se traduit pas par une hausse du nombre de licences. Nous avons deux portes d’entrées, en tant que Fédération : les clubs, qui doivent être porteurs de valeurs, et le réseau des écoles de surf labellisées.

Le surf est-il à la croisée des chemins, entre un sport olympique de haute performance et un loisir sportif qui attire de plus en plus de familles ?

Si c’est le cas, on va s’intéresser aux deux publics, non-pas par opportunisme, mais bien parce que le surf fonctionne comme ça : je suis d’une génération où le surf était un mode de vie, la compétition était très marginale. Aujourd’hui, les familles surfent, de toutes les catégories-socio-professionnelles. Sous l’impulsion du Directeur technique national Cédric Leroy, on a recensé 560 écoles de surf, et en moyenne, elles reçoivent 550 000 stagiaires par an. La voile, c’est 360 000, par exemple. Et encore, ce ne sont que les chiffres des stagiaires, pas des pratiquants eux-mêmes.

Si la France dispose en accès libre de quelques-unes des meilleures vagues du monde, elle reste à la traîne sur les vagues artificielles. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Nos athlètes vont aller s’entraîner sur des vagues artificielles à l’étranger, et c’est un problème. Il y a eu des adversaires, par idéologie, comme pour le projet de Canéjan. Au lieu de mettre en avant le levier touristique, il faudrait l’aborder sous le biais de l’équipement sportif. Il faut bien entendu s’entourer de précautions sur le plan environnemental, la Fédération ne soutiendra pas par principe n’importe quel projet. Plusieurs « bons » projets avancent, j’ai bon espoir.

Le programme « Héritage » permet de miser sur les champions tricolores de demain, en créant un pool d’entraînement entre Tahiti et la Fance ?

Après Paris 2024, nous avons mis en place une relation étroite avec la Fédération tahitienne de surf. Le projet a été initié sur une idée de Jérémy Flores, et mis en œuvre avec le concours de l’Agence nationale du sport. Il y a deux échanges par an, l’un à Tahiti, l’autre en France, et un an, on a très vite mesuré les bénéfices : les jeunes qui ont participé à cet échange ont haussé leur niveau, ils ont entre 12 et 16 ans, et l’objectif, ce sont les JO, à partir de 2032.

Un autre chantier d’avenir, c’est aussi la féminisation de la Fédération, où en êtes-vous sur ce point ?

Nous avons aujourd’hui plus de talents féminins que masculins ! Il y aura l’obligation, en 2028, d’avoir la parité dans les élus des ligues régionales, donc on y travaille. On a aussi des formations pour les juges, on a mis en place des diplômes BPJEPS (Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport) pour favoriser l’arrivée de monitrices de surf. Au niveau de la compétition, on a un encadrement féminin, sur l’équipe de France, on a Pauline Ado, sur les championnats d’Europe, on avait aussi une coach, une médecin sur les équipes de France junior…

L’autre volet inclusif sur lequel travaille la FFS, c’est la mise en avant de l’équipe de France de para-surf ?

Sur le volet compétition, on a une équipe de France qui est triple-championne du monde, et sans couverture médiatique ! Cette semaine, on a des compétiteurs qui sont en inclusion totale sur ces Championnats de France : ils sont passés hier, le podium et les remises de médailles n’ont pas eu lieu à part. C’est une politique ancienne de la Fédération, porté par Jean-Marc Saint-Geours.

Comment œuvrer pour le retour d’une grosse compétition internationale en France ?

Le Portugal, où le surf jouit d’une visibilité télévisée énorme, se rapproche du football en popularité. L’État portugais a beaucoup investi, et pour la World surf league (WSL), on frôle la dizaine de millions d’euros pour accueillir une épreuve. Je pense que c’est indécent, nous accueillons les Championnats de France avec 600 compétiteurs, nous avons un budget de 200 000 euros. Nous travaillons sur des Championnats d’Europe, qualificatifs pour les JO, et le coût reste raisonnable. Peut-être qu’un président de fédération ne devrait pas dire ça, mais pour moi, le jeu n’en vaut peut-être pas la chandelle.

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