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« Le guide est mes yeux »… Comment Mehdi, 40 ans et malvoyant, court malgré son handicap

Mehdi, 40 ans, est malvoyant et malentendant mais voulait « pratiquer la course à pied ». Grâce à l’association « Courir en duo », il a réalisé son premier 10 km lors de la Run in Lyon et prévoit une prochaine course ce dimanche à Caluire

«Allez on y va ! » Ce mercredi-là, au parc de la Tête d’Or à Lyon, Mehdi et Nicolas débutent une séance d’entraînement « plutôt tranquille ». Trois jours avant, ils ont participé aux 10 km de la Run in Lyon et ont « battu le record » de Mehdi de onze minutes. « C’était incroyable », assure ce dernier, qui peine encore à y croire. Il faut dire que ce Lyonnais de 40 ans n’imaginait pas un jour pouvoir pratiquer la course à pied de cette manière. « Je ne vois pas de l’œil droit, et j’ai aussi des problèmes d’équilibre », confie-t-il.

S’il a pu participer, c’est notamment grâce au groupe Courir en duo de l’association Valentin Haüy (AVH). Le comité du Rhône, qui existe depuis dix ans, propose des sessions tous les mercredis soir, de 18h30 à 19h30, réunissant des coureurs valides et des personnes déficientes visuelles pour partager des séances de course à pied, grâce à l’utilisation d’une cordelette de guidage. Découvrez comment on court en duo grâce à la vidéo en tête de cet article.

Le guide enlève « le poids du handicap »

Mehdi a découvert Courir en duo grâce à sa tante car il cherchait depuis quelques années « le moyen de courir tout en ayant quelque chose adapté à mon handicap ». Autonome dans la vie de tous les jours, il lui est arrivé de courir tout seul dans un endroit qu’il connaissait. « Mais avec un guide, j’enlève ce poids du handicap qui peut me gêner ou me freiner », précise-t-il. Et d’ajouter : « Je ne peux pas anticiper ce qui arrive à gauche, c’est d’ailleurs pour cette raison que je mets toujours mon guide de ce côté-là. Ça me permet de me concentrer uniquement sur la course à pied et pas sur un éventuel obstacle sur le chemin. En fait, le guide est mes yeux. »

Son guide, pour la Run in Lyon et pour les 10 km de Caluire, c’est Nicolas. Il a rejoint Courir en duo l’an dernier. Déjà coach bénévole pour d’autres associations, il tenait à participer à cette initiative. « Nous, on est là pour les guider, les accompagner, on se cale à leur rythme à eux, décrit-il. L’objectif de Mehdi est de battre son précédent record et de descendre en dessous des 55 minutes pour un 10 km Donc, le mien, c’est de l’accompagner au mieux pour qu’il puisse l’atteindre. » Car en plus des entraînements hebdomadaires, les coureurs et leur guide peuvent participer ensemble à des courses en compétition.

Un semi-marathon l’année prochaine ?

Au-delà de la performance sportive, une relation amicale s’installe entre les coureurs. « La façon dont on va communiquer, que ce soit les mots employés, le volume sonore qu’on a ou encore le débit de parole, ça s’apprend au fur et à mesure des séances, poursuit Nicolas. On fait attention à beaucoup plus de choses, ça nous fait vraiment voir la course à pied d’une manière différente. Après, on peut changer d’équipe mais il y a évidemment beaucoup de confiance qui s’instaure entre nous. On leur prête nos yeux, il faut qu’on soit à leur écoute. »

Durant les courses chronométrées, les guides ne décrivent pas que les obstacles sur la route, que ce soit le revêtement ou les humains, ils parlent aussi de « l’ambiance ». « On indique s’il y a une fanfare, un groupe de musique, une arche, un photographe ou de la foule… Lors de la Run in Lyon, je lui décrivais tout ça mais à un moment, notamment vers la fin, il n’y avait pas besoin de parler, il y avait juste besoin de le vivre. On a réussi à deux et on montre que qu’importe le handicap, on peut pratiquer la course à pied et faire un super résultat », affirme Nicolas. Il rappelle qu’il n’y a pas besoin de compétences particulières pour devenir guide et rejoindre le groupe de Courir en duo.

« Avec la dernière performance que j’ai réalisée, ça me donne encore plus envie de courir, s’exclame Mehdi. Alors qu’au début, c’était dur… Je n’imaginais pas arriver à ce niveau. Je me suis prouvé que je pouvais aller loin, au-delà de mes limites. Et cette sensation, c’est incroyable. » Prochain objectif pour Mehdi, les 10 km de Caluire ce dimanche. Et ensuite ? « Peut-être le semi-marathon l’année prochaine », lâche-t-il avec un énorme sourire.

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