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Zidane rassemble, Macron déçoit : pourquoi le sport, dernier refuge d’une France fracturée, reste le grand oublié des politiques publiques
Zinédine Zidane lors du match de football de la Ligue des nations de l’UEFA opposant la France à la Belgique au Stade de France, le 5 octobre 2026.

C’était il y a moins d’un mois, le 2 octobre dernier. Une éternité. 80 000 spectateurs à Saint-Denis et sept millions de téléspectateurs dans toute la France s’enthousiasmaient pour le premier match à domicile des Bleus dirigés par Zinédine Zidane. Il fallait entendre la force de la « Marseillaise » entonnée par tout le stade, s’étonner aussi dans les tribunes du nombre incroyable de maillots bleus frappés d’un numéro, le 10, et d’un nom « Zidane ». Certaines tuniques sentaient la naphtaline, tout justes ressorties des placards pour être exhibées fièrement comme des reliques d’un autre temps, celle de la France « Black, blanc, beur » de 1998.

Mais la plupart de ces tenues floquées du Z semblaient à peine sorties de la boutique, portées par des hommes, des femmes, des riches, des pauvres, des petits, des grands, des vieux, des jeunes, des adolescents et même des enfants qui n’étaient même pas nés lorsque la France remporta sa deuxième Coupe du monde, en 2018, sur l’air de « Liberté, égalité, Mbappé ».

Sur le terrain face aux Italiens (1-1), puis trois jours plus tard contre les Belges (4-1), des Français de toutes les origines, Ousmane Dembélé, Ryan Cherki, Adrien Rabiot, Dayot Upamecano, Lucas Da Cunha, Bradley Barcola, Estéban Lepaul… et sur le banc un sélectionneur né à Marseille de parents kabyles. Dans un pays fracturé, automutilé, au bord du précipice, quel autre secteur que le sport apporte encore un peu de bonheur, de fierté, d’unité nationale ? La politique ? L’économie ?

Il ne faut, bien sûr, pas surestimer la force d’une équipe et d’un ballon à « faire nation ». Trois ans après la finale de la Coupe du monde 1998 et le portrait du fils de Smaïl et Malika Zidane projeté sur l’Arc de triomphe, il y eut un beaucoup plus déprimant France-Algérie. La « Marseillaise » huée, la pelouse envahie, la gueule de bois et les commentaires du lendemain : « Le fait que des jeunes Français n’aiment pas la France ou en tout cas s’en sentent éloignés au point de siffler leur hymne, ça montre que ces vingt ou trente dernières années, nous avons manqué leur intégration », analysait un certain François Bayrou, alors candidat UDF à la présidentielle 2002 et futur Premier ministre (2024-2025) d’Emmanuel Macron. Le diagnostic était posé. Un quart de siècle plus tard, nous attendons encore les solutions.

Dans le grand « bordel » (dixit Sébastien Lecornu lundi dernier) traversé par notre pays, le sport doit d’abord être aimé et remercié pour ce qu’il est capable d’offrir : des parenthèses enchantées. Mais il pourrait donner beaucoup plus que cela si les promesses faites au pied des podiums n’étaient pas oubliées dès le lendemain. « Au-delà de la passion que l’on peut avoir pour le sport, ça fait du bien au pays. Je veux que le sport soit au cœur du projet de la nation », annonçait Emmanuel Macron dans une interview à L’Equipe avant ce qu’il présentait lui-même comme une « année de fierté française » : Coupe du monde de rugby en septembre-octobre 2023 et jeux Olympiques (JO) de Paris en juillet-septembre 2024.

Depuis, le budget des sports a fondu de 400 millions. La généralisation des deux heures de sport supplémentaires au collège, l’un des engagements présidentiels les plus forts, a été abandonnée dès la rentrée suivante. Le nombre de bénéficiaires du « Pass’Sport » s’est, lui, écroulé de 73 % en un an (de 1,65 million à 444 000) parce que le gouvernement de François Bayrou (l’homme des grands discours post France-Algérie), sous prétexte d’économies budgétaires, avait très cyniquement décidé d’exclure les 6-13 ans de ce dispositif d’aide à la pratique sportive.

Le gouvernement Lecornu a en partie fait machine arrière en réintégrant les 6-13 ans, mais seulement s’ils appartiennent à des familles défavorisées (quotient familial CAF ou MSA ne dépassant pas 699 euros). Plutôt que de renforcer ses appuis et de profiter pleinement de l’héritage des Jeux de Paris, la France a préféré se lancer dans l’aventureux et dispendieux (2,135 milliards de budget annoncé) projet des JO d’hiver d’Alpes 2030.

Le prochain locataire ou la prochaine locatrice de l’Élysée fera-t-il/elle mieux ? On peut en douter alors que le sport est le grand absent de la campagne présidentielle. Un observatoire (demos-kratos.fr) des programmes des vingt-trois candidats officiellement déclarés recense pour l’instant seulement 51 mesures publiées sur le sport dont 20 pour Nicolas Dupont-Aignan et 16 pour Jean-Luc Mélenchon. Zéro pour Marine Le Pen, Edouard Philippe, Gabriel Attal ou Raphaël Glucksmann.

Il reste heureusement les initiatives de quelques femmes et hommes de bonne volonté. Des dirigeants, encadrants de clubs souvent bénévoles, qui donnent de leur temps et de leur énergie chaque jour, dans les villes, les banlieues, les campagnes pour la France continue d’avoir des grands champions ou au moins des citoyens en bonne santé.

Au niveau des institutions aussi, ça peut bouger. Lancée fin août dernier, la fondation Insertion-Jeunes par le sport ressemble à une petite révolution puisqu’elle rassemble pour la première fois le Comité olympique français (CNOSF), le Medef et France Travail. Son but : favoriser l’embauche par le sport des 15-29 ans. Mais aura-t-elle les moyens de ses ambitions ? « Depuis le temps qu’on dit que ça va mal finir ! se désespère Jean-Philippe Acensi, le délégué général de la fondation. Cette jeunesse qui a cassé le week-end dernier, il faut l’encadrer, lui redonner des valeurs, notamment celles de la République. Embauchons dans les plus brefs délais 100 000 éducateurs, pas des policiers, des éducateurs ! Lançons enfin un vrai plan de la jeunesse et du sport qui ne soit pas que de la com. » Et s’il n’était pas encore trop tard ?

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