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"Au début, c'était une bande de potes" : Bruno Lecam-Caron, pionnier du foot US en France et figure de La Courneuve
L'équipe du Flash de La Courneuve, managé par Bruno Lecam-Caron, en 2010.
L’équipe du Flash de La Courneuve, managé par Bruno Lecam-Caron, en 2010.

Au début des années 1980, il y avait les sorties entre copains au McDonald’s du coin après les matchs. La petite bande enfourchait une moto ou montait à bord d’une voiture. Ils étaient une poignée. Le foot US n’était que le prolongement d’un fort désir d’émancipation. La pop culture inondait l’espace public et s’invitait dans les foyers. D’une aventure entre potes à un club emblématique composé de 1 400 licenciés, l’histoire a profondément creusé son sillon.

« On a un peu avancé », s’amuse auprès d’actu Paris Bruno Lecam-Caron, avec un certain sens de la litote. Cet homme de 60 ans fait partie des pionniers de ce sport américain dans l’Hexagone. Alors que la National Football League (NFL) – la prestigieuse ligue nord-américaine – va disputer son premier match sur le sol français, dimanche 25 octobre 2026 au Stade de France à Saint-Denis le manager du Flash de La Courneuve exhume ses souvenirs qui racontent la place à la fois marginale et grandissante du foot US. « C’est juste génial de vivre ça ».

« On partait à moto et en bagnole avec 500 francs »

Lancé en 1984 par des lycéens d’Aubervilliers, le club de La Courneuve est une référence. Ses douze titres nationaux, un record, couplés à ses grandes épopées européennes, témoignent de son aura. Très populaire auprès des étudiants, l’institution a attiré jusqu’à 10 000 spectateurs dans son ancien stade. Désormais, les 1 000 places du stade Géo-André peinent à combler ses fans. Mais son ancrage reste puissant dans une ville historiquement liée au foot américain.

« Au début, c’était une bande de potes. On a tout de suite été soutenus par la municipalité communiste. Le premier président du club était un éducateur à la ville », rappelle Bruno Lecam-Caron, parmi ses fondateurs. Les premières années sont marquées par un système avancé de la débrouille.

"On partait à moto et en bagnole avec 500 francs. On se rejoignait quelque part et on jouait. Il n'y avait pas de téléphone. On se payait un petit resto après les matchs. C'était beaucoup de sacrifice mais dans une joie débordante"

Un acteur social prépondérant

Le tissu associatif local fonctionnant à merveille, le foot US prend son essor. Pour répondre aux demandes de licences, le club créé un poste en 1994. Inédit. « Je suis le premier salarié de foot US en France », explique Bruno Lecam-Caron. L’ancien porteur de multiples casquettes – joueur, éducateur et coach de l’équipe première – embrasse un nouveau rôle.

Cette structuration paie. Les titres s’accumulent à la fin des années 1990 et au début du 21e siècle. Des résultats clinquants. Pourtant, le responsable tient à souligner une autre réalité. « Je suis encore plus fier de notre fonction sociale ». Car le sport ne se résume pas aux matchs au Flash.

Au fil des années, le club devient un acteur clé dans les quartiers. Accompagnement de familles en difficulté, intervention dans les hôpitaux, recherche de logements, académie citoyenne… Le spectre de la solidarité s’étend à l’infini mais se révèle essentiel dans une commune où près de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, d’après l’INSEE.

« Tout le monde connaît le Flash à La Courneuve. On nous remercie régulièrement de trouver un job ou un logement. Mais c’est juste normal. On a cette identité de club populaire avec une certaine âme », assume Bruno Lecam-Caron. Ces actions font également partie du pacte passé avec la ville et le département de Seine-Saint-Denis, qui subventionnent massivement le club.

Futur membre de la ligue professionnelle

Seul salarié en 1994, le manager chapeaute désormais une équipe de cinq employés. « On ne peut pas dire qu’on s’est professionnalisés. On gère davantage ça comme une PME. On est toujours en quête de partenaires », explique-t-il. Côté logistique, le club peut s’enorgueillir d’avoir investi de manière conséquente.

Finies les voitures et les motos individuelles, les joueurs se déplacent désormais en car, en train et en avion. Ces derniers sont également entourés d’un staff de plusieurs personnes, entre la vidéo, les soins et la technique. « On ne peut pas attirer des jeunes avec du matos dépassé. On a une réputation à tenir », martèle le manager.

L’avenir s’annonce radieux. Dans les prochaines années, le club fera partie d’une une ligue fermée professionnelle, a annoncé la Fédération française de football américain en janvier dernier. Une première en France, à l’instar de la venue de la NFL. « Il ne faut pas se leurrer, on aura jamais leurs moyens. Mais ça progresse », se réjouit-il. Les lycéens ont pris du galon.

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