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Le sacre d'Harry Kane au Ballon d'Or 2026 ne passe absolument pas de l'autre côté des Pyrénées. Estimant que Lamine Yamal a été spolié malgré son titre de champion du monde, la presse catalane crie au scandale dans un élan de chauvinisme qui oublie un peu vite le mérite de l'attaquant anglais.
Le FC Barcelone a largement dominé hier la cérémonie londonienne avec dix-sept nominations et six trophées récoltés. Du troisième sacre historique d’Alexia Putellas à l’hégémonie de la section féminine de Pere Romeu, en passant par le troisième trophée Kopa consécutif de Lamine Yamal, le club catalan a rayonné. Mais ce triomphe global n’a pas suffi à calmer la colère des médias locaux. Au lendemain du gala, l’heure est à l’indignation générale en Catalogne : voir le joyau de La Masia devancé par Harry Kane pour la récompense suprême est vécu comme un crime de lèse-majesté.
Dans les colonnes du quotidien Sport, son directeur Joan Vehils n’a pas mâché ses mots pour contester le verdict des urnes. “Lamine Yamal ne l’a pas emporté, et cela relève à mes yeux d’une profonde injustice. Il a pourtant été le meilleur footballeur de la saison, celui qui a fait basculer le plus grand nombre de rencontres, celui qui a inventé les actions les plus stratosphériques”, s’insurge l’éditorialiste. S’appuyant sur le sacre mondial de l’Espagne cet été, il minimise la portée du vainqueur du soir, qualifiant le buteur du Bayern Munich de “joueur bien moins complet que Lamine, et même que Kylian Mbappé”, avant de s’interroger sur une éventuelle pénalité liée au jeune âge du prodige barcelonais.
Le ton est encore plus acerbe chez le voisin Mundo Deportivo, où le directeur Santi Nolla fustige la frilosité d’un jury accusé d’avoir voulu “couronner un joueur anglais à Londres”. Selon lui, “désigner Harry Kane comme le meilleur joueur de la planète sur cette saison est totalement déconnecté de la réalité du terrain”. L’auteur s’attaque frontalement au bilan du Bavarois, absent des finales de la Ligue des champions et de la Coupe du monde, et qui évolue “dans une Bundesliga qui ne figure qu’au troisième ou quatrième rang des cinq grands championnats européens”. Opposant la “colonne de buts” du Soulier d’Or à “la magie pure” de Yamal, Nolla conclut avec amertume : “Parfois, aussi doré soit-il, le Ballon se dégonfle.”
Si l’impact visuel et le titre mondial de Lamine Yamal en faisaient un prétendant très légitime, cet autocentrisme barcelonais frôle l’aveuglement. Réduire Harry Kane à un simple pousse-ballon statistique relève d’une mauvaise foi évidente. L’avant-centre du Bayern Munich est un joueur total, un finisseur hors pair doublé d’un créateur exceptionnel qui a survolé la saison européenne par sa régularité monstrueuse. Sortir du prisme purement chauvin permet de reconnaître que le sacre d’un tel gentleman, enfin récompensé au sommet de son art après une saison hors norme, n’a strictement rien d’une anomalie ni d’un scandale diplomatique.
Loin de cette tempête médiatique teintée d’amertume, la voix de la raison est finalement venue du sélectionneur espagnol lui-même. Sacré meilleur entraîneur de l’année lors de cette même soirée, Luis de la Fuente a préféré aborder l’avenir de son jeune ailier avec beaucoup de hauteur. “Lamine Yamal gagnera de nombreux Ballons d’Or. Il doit juste rester calme, c’est un joueur fantastique”, a tempéré le technicien champion du monde. Une leçon de lucidité et d’élégance que les éditorialistes catalans seraient bien inspirés de méditer.