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Il y a les adieux que l’on prépare et ceux que l’on peine à imaginer. Dimanche, au stade de Parramatta, Benjamin Garcia en vivra un qu’il ne pourra plus repousser. Face au Liban, le capitaine de l’équipe de France disputera le dernier match de sa carrière. Sa femme et sa fille seront là, ses amis aussi, pour accompagner les derniers instants d’une vie consacrée au rugby à XIII. Mais avant de refermer le chapitre, le Catalan a une dernière exigence, celle d’offrir une autre image des Bleus après une Coupe du monde douloureuse et quitter le terrain la tête haute.
Cette fois, il n’y aura pas de rendez-vous supplémentaire, pas de nouvelle saison pour prolonger l’histoire, pas de retour en arrière. Après avoir déjà vécu ses adieux avec les Dragons Catalans, il y a quelques semaines sur la pelouse de Wigan, Benjamin Garcia s’apprête à tourner la page la plus importante, celle de sa carrière de joueur. Et à mesure que l’échéance approche, les souvenirs remontent, les visages reviennent, les années défilent une dernière fois dans sa tête. "Il y a eu beaucoup plus de pensées, de retours sur toutes mes années vécues sur le terrain. Mais j’ai été préparé à ça et je savais que c’était la dernière. J’ai eu la chance de participer à cette dernière Coupe du monde, donc je suis très heureux de finir ici."
Le capitaine ne cherche pas à dramatiser l’instant. Il sait simplement ce qu’il représente. Dimanche, il ne s’agira pas seulement de jouer un match international supplémentaire, mais de refermer définitivement une aventure faite de combats, de sacrifices et de liens tissés au fil des saisons. Sa femme et sa fille seront présentes pour partager ce moment. "Elle m’a toujours accompagné depuis dix ans et c’était important qu’elle soit là pour moi. C’est vrai que de venir ici, qu’elle me voie jouer et de finir tous ensemble avec l’équipe de copains également, c’est important."
L’image est forte avec une carrière qui s’achève à l’autre bout du monde, les proches dans les tribunes et les coéquipiers autour de lui pour cette dernière bataille. Car l’équipe de France, pour Benjamin Garcia, n’a jamais été seulement une sélection ou un maillot. Elle est aussi une histoire d’amitiés, de fidélité et de souvenirs partagés. "De finir avec des amis ici avec, j’espère, un résultat serait la meilleure des sorties, parce que c’est important aussi pour moi de bien finir." Reste que le scénario idéal ne pourra pas s’écrire uniquement avec l’émotion des adieux. Après deux lourdes défaites et 160 points encaissés contre les Samoa (78-4) et l’Angleterre (82-0), les Bleus ont une réponse à apporter. Pour son dernier match, le capitaine ne veut pas seulement tourner la page. Il veut encore peser sur la manière dont elle se refermera.
La Coupe du monde des Français a été particulièrement difficile et les Bleus ont subi des défaites lourdes qui imposent une réaction. Pour un capitaine, la fin de carrière ne dispense de rien. Elle oblige, au contraire, à regarder les résultats en face. "Personne ne veut finir de cette manière. Mais après, c’est la réalité du jeu aussi qui a évolué et on voit que le rugby à XIII a progressé énormément ici, dans l’hémisphère Sud." Benjamin Garcia reconnaît les progrès réalisés par les grandes nations du Sud, sans chercher à masquer les insuffisances françaises.
Bien sûr que j’ai eu honte. On a été ridiculisés
L’écart observé sur le terrain constitue un constat difficile, mais le dernier match reste une occasion de répondre sportivement. Une victoire ne réécrirait pas les deux premières rencontres. Elle permettrait néanmoins aux Bleus de quitter la compétition sur une prestation plus conforme à leurs ambitions. Le capitaine sait que l’enjeu dépasse son propre départ. Le maillot bleu engage une histoire, des clubs, des éducateurs, des bénévoles et tous ceux qui font vivre le rugby à XIII en France. Dans ce contexte, il refuse que la dernière image laissée par la sélection soit celle de défaites sans réaction. "Pour le maillot qu’on porte, pour les gens qui nous soutiennent et pour tout le rugby à XIII français, on n’a pas envie de donner une mauvaise image." La franchise de ses propos frappe lorsqu’il revient sur la manière dont les Bleus ont été battus. Loin des formules convenues, le capitaine assume la violence du sentiment éprouvé. "Quand on prend aujourd’hui 80 points et de cette manière-là, bien sûr que j’ai eue honte. On a été ridiculisés." Des mots forts, qui traduisent la blessure sportive d’un joueur sur le point de quitter définitivement les terrains. Mais cette lucidité nourrit aussi son exigence pour dimanche. Il ne s’agit pas d’effacer les résultats, mais de montrer un autre visage, de retrouver des repères et de terminer avec le sentiment d’avoir défendu dignement les couleurs nationales.
Le dernier obstacle sera loin d’être anecdotique. Le Liban reste une nation compétitive, capable de s’appuyer sur des joueurs évoluant au plus haut niveau. Benjamin Garcia connaît d’ailleurs cet adversaire, il avait déjà affronté les Libanais lors de la Coupe du monde 2017, conclue par une défaite française. "J’ai participé à la Coupe du monde 2017. On avait perdu contre eux. Mais aujourd’hui, je pense que ça serait une bonne chose de gagner. Ils ont encore une bonne équipe, mais nous devons le faire." Si le contexte est différent, l’exigence demeure. Les Français devront traduire leur volonté en actes, dans le combat, la discipline et l’efficacité. Le résultat ne suffira pas à effacer les difficultés de la compétition, mais il peut donner une autre signification à cette dernière sortie. "C’est à nous aussi d’être fiers de porter ce maillot, d’être fiers d’être sur le terrain, du sport qu’on fait. On est également très chanceux de pouvoir être ici, d’être au rugby professionnel."
Le message est clair, malgré les résultats, il reste quelque chose à défendre. La fierté ne se décrète pas. Elle se reconstruit dans l’engagement et la capacité à répondre à l’adversité. Pour le capitaine, cette dernière rencontre doit être celle d’un groupe qui assume ses difficultés et entend terminer autrement. Benjamin Garcia refermera dimanche un parcours international qui l’aura conduit à disputer quatre Coupes du monde, dont deux en Australie. Une expérience rare, dont il mesure pleinement la valeur. "Je suis très fier, très chanceux d’avoir vécu quatre Coupes du monde. Il n’y a pas beaucoup de joueurs qui ont eu la chance d’en faire quatre. Mais voilà, c’est fait maintenant."
Quatre éditions, c’est traverser plusieurs générations, connaître les espoirs et les désillusions, mais aussi mesurer les évolutions du rugby international. Le brassard de capitaine donne une dimension supplémentaire à ce parcours, celle d’un joueur qui doit encore guider ses coéquipiers, une dernière fois, alors même qu’il s’apprête à tourner la page. Son héritage ne se résumera pas à un nombre de sélections ou à des statistiques. Il se mesurera également à la place occupée dans le groupe, aux responsabilités assumées et à la manière de faire face à cette dernière semaine, dans un contexte sportif particulièrement éprouvant.
Si la carrière de joueur s’achève, le lien avec le rugby à XIII ne s’interrompt pas. Benjamin Garcia se projette déjà dans son futur rôle aux Dragons Catalans. Son passage en Australie lui permet notamment d’observer le fonctionnement des Sydney Roosters, référence de la NRL, et d’échanger avec leurs dirigeants. "Ici, ils sont à ce niveau-là parce que ça bosse, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Je pense qu’un club comme les Roosters est très innovant également." Cette immersion lui offre un autre regard sur le haut niveau. Au-delà des performances sportives, il s’intéresse à l’organisation, aux méthodes de travail et aux structures qui permettent à un club de progresser durablement. Pour les Dragons Catalans, cette expérience peut nourrir une réflexion utile. Benjamin Garcia ne prétend pas que les modèles australiens sont directement transposables au contexte français. Il s’agit plutôt de comprendre ce qui fonctionne, de retenir les idées pertinentes et de les adapter aux réalités du club. "C’est bien pour moi, dans mon futur rôle (Directeur sportif) aussi aux Dragons, d’apprendre. J’ai passé quelques jours à rencontrer des personnes ici, à voir ce qui se fait et à peut-être pouvoir transposer quelques idées, si c’est faisable ou pas. C’est inspirant."
Cette démarche témoigne d’une volonté de continuer à apprendre au moment même où il quitte le terrain. Son expérience de joueur pourra désormais nourrir une autre forme d’engagement, tournée vers la transmission et le développement du club catalan. "C’est important d’apprendre ailleurs, ce qui se fait de mieux. J’ai de la chance que ce soit dans le rugby à XIII, mais peut-être dans d’autres sports aussi. Je pense qu’un club comme les Dragons a beaucoup à apprendre d’un club comme les Roosters." L’après se dessine ainsi, sans rupture avec le sport qui a façonné sa carrière. Mais avant de passer le relais, il reste une dernière mission à accomplir.
Le contexte n’est pas celui dont il aurait rêvé pour terminer. Pourtant, il reste une possibilité de donner à cette dernière rencontre une signification différente de celle dictée par les résultats. Il ne pourra pas effacer les défaites, mais il pourra encore contribuer à la réaction collective, à l’engagement et à l’image laissée par les Bleus. Un dernier match ne résume jamais une carrière. Il concentre pourtant les émotions d’un parcours au moment où celui-ci devient irréversible. Pour Benjamin Garcia, la dernière bataille ne sera pas celle d’un homme cherchant à sauver seul son histoire. Elle sera celle d’un collectif qui doit retrouver de la fierté face à un adversaire exigeant.
La carrière de joueur s’arrête ici. Un nouveau chapitre l’attend aux Dragons Catalans, avec l’expérience acquise et l’envie de transmettre. Mais avant cela, il reste une dernière fois à jouer. Et, pour le capitaine, une dernière fois à se battre sous le maillot bleu.