flag
back Retour
VIDEO. "J'ai le poncho s'il pleut, le chapeau s'il fait soleil..." À 73 ans, et à l'huile de coude, Dominique fait vivre le rustique "planchot" de ce club de rugby

l'essentiel Loin des écrans géants, le Lombez-Samatan Club peut compter sur un bénévole prêt à braver les éléments pour animer son tableau de marque à l'ancienne. Entre astuces anti-erreur, fidélité à toute épreuve et amour du maillot, rencontre avec Dominique Barroul, 73 ans, au cœur du stade Pierre-Brocas, dans l'est du Gers.

Loin des pixels et des tableaux électroniques, Dominique Barroul fait figure de résistant d'un autre temps. L'œil aiguisé derrière son imposante moustache, ce bénévole dévoué est, depuis cette saison, le maître incontesté du "planchot" du Lombez-Samatan Club (LSC). Son terrain d'expression ? Un tableau d'affichage mécanique manipulé à l'huile de coude, au rythme des essais et de la clameur enfin retrouvée dans les tribunes du stade Pierre-Brocas à Samatan, de nouveau homologué après plusieurs années d'inactivité.

Bénévole dévoué du LSC depuis cinq ans, Dominique Barroul est devenu cette saison le maître incontesté du tableau de marque samatanais.
Bénévole dévoué du LSC depuis cinq ans, Dominique Barroul est devenu cette saison le maître incontesté du tableau de marque samatanais. SEBASTIEN LAPEYRERE

C'est en coulisses, sur une estrade métallique accolée au massif tableau de marque qui domine l'une des deux zones d'en-but, que s'active l'une des chevilles ouvrières du club de Fédérale 2. "C'est un tableau d'affichage dernier cri !", ironise Dominique, 73 ans, tee-shirt du LSC transformé en débardeur et paire de lunettes de soleil sur le nez. "Il y a une série de plaques numérotées qui se suivent", explique-t-il en toute simplicité. Et de préconiser : "Pour la rapidité de l'affichage, il vaut mieux les avoir dans l'ordre."

Un jeu d'enfant sur le papier ? Pas tout à fait. Car à manier les chiffres à l'envers, le risque de s'emmêler les pinceaux et de semer une légère confusion parmi les spectateurs est bien réel : "Le problème, c'est qu'on n'a tellement plus l'habitude de ce genre de panneau, que parfois on confond les dizaines et les unités. Ce qui fait un peu désordre, surtout en début de match", reconnaît Dominique, sourire en coin.

Pensionnaire de Fédérale 2, le LSC alterne ses rencontres à domicile entre Samatan et Lombez.
Pensionnaire de Fédérale 2, le LSC alterne ses rencontres à domicile entre Samatan et Lombez. SEBASTIEN LAPEYRERE

Bénévole au LSC depuis cinq ans, il en a fait l'expérience lors de la première journée de championnat : "L'équipe adverse menait 30 à 0, alors que c'était une pénalité de trois points", raconte-t-il, le sourire jusqu'aux oreilles. Que Dominique se rassure : personne ne lui en tiendra rigueur, tant l'anecdote est savoureuse. Pour éviter de donner des sueurs froides aux supporters égarés entre la main courante et la buvette, le maître du "planchot" a trouvé la parade. "Comme la vue du score est inversée depuis mon poste, j'ai marqué derrière les fenêtres où se trouvent les unités et les dizaines." De petites annotations discrètes au marqueur en guise de mémo anti-erreur.

"Tant que ce n'est pas officiel, je ne change pas le score"

Et dès que le coup de sifflet retentit, Dominique entre dans sa bulle. Surplombant la pelouse, un pied posé sur la rambarde, ce "passionné de rugby" ne perd pas une miette de la rencontre. "D'ici, je vois bien jusqu'au fond du terrain, commente-t-il. En plus, en étant dans l'axe, c'est assez sympa." Le regard affûté, l'esprit vif, il vit chaque action au même rythme que les joueurs. "Je pense que je suis plus assidu pour suivre, justement, l'évolution du score. Le seul inconvénient, c'est quand ça se passe au fond du terrain", relève le bénévole. Son secret pour ne jamais se tromper ? "Il faut bien regarder si l'arbitre lève le bras."

Pas question en effet de devancer le coup de sifflet du "patron" du terrain ni les drapeaux des juges de touche : "Je me fixe toujours sur les arbitres. Tant que ce n'est pas officiel, je ne change pas le score", assure Dominique, qui prête aussi main-forte aux repas d'avant et d'après-match, à la billetterie ou encore à la buvette. Pour tenir le coup pendant les 80 minutes, le maître du "planchot" a son petit secret : une boisson rafraîchissante discrètement cachée derrière le tableau d'affichage. "Ça, c'est interdit sur le terrain !", glisse-t-il avec malice.

Casquette et lunettes de soleil sur le nez en ce début de championnat, Dominique dégainera bientôt le poncho pour braver l'hiver.
Casquette et lunettes de soleil sur le nez en ce début de championnat, Dominique dégainera bientôt le poncho pour braver l'hiver. SEBASTIEN LAPEYRERE

Et quand vient le moment de tourner les plaques aux parties rouillées et à la peinture écaillée en faveur de l'équipe adverse, c'est avec le même dévouement - même s'il traîne un peu les pieds - que le septuagénaire installé à Sauveterre fait grimper le compteur visiteur. L'esprit rugby, dans ce qu'il a de plus authentique.

Une ferveur que rien ne semble pouvoir altérer, pas même la météo. L'arrivée des premiers frimas n'entamera en rien sa détermination : "Je suis fidèle au poste ! J'ai le poncho s'il pleut, le chapeau ou la casquette s'il fait soleil", souffle le bénévole. En débardeur sous le soleil de septembre comme en doudoune au cœur de l'hiver, Dominique ne manquera aucun rendez-vous. Toujours posté derrière son "planchot" mécanique, prêt à faire évoluer la marque pour continuer de faire battre le cœur du LSC.

Cet article est réservé aux abonnés

Accédez immédiatement à cet article

1 semaine offerte

Découvrez nos offres spéciales avec Google

Le paiement de votre abonnement La Dépêche du Midi a été refusé par votre banque.

Pour accéder de nouveau à cet article et à l'ensemble de vos contenus abonnés, il vous suffit de régler votre impayé.

Réactivation immédiate après paiement