Retour
Le mythe a désormais un successeur, et il porte le nom d’un assureur. Jeudi soir, dans le décor solennel du Castello Sforzesco, l’AC Milan et l’Inter ont dévoilé le Generali Stadium, l’enceinte qui doit remplacer le stade Giuseppe-Meazza. D’après ESPN, repris par Goal et Football Italia, l’accord de naming avec le géant italien de l’assurance atteindrait 650 millions d’euros, soit environ 26 millions par saison.
Les deux clubs ne cachent pas leur fierté. Dans leur communiqué commun, ils évoquent « l’un des plus grands contrats de naming de stade du sport mondial ». Sur X, le Milan a sorti la grande formule : « Un nouveau symbole pour Milano. Une nouvelle maison pour les futures générations de supporters. »
Le projet porte la griffe de Foster+Partners et du cabinet américain MANICA, emmenés par Lord Norman Foster et David Manica. Le futur stade comptera 71 500 places, réparties sur deux anneaux formant un bol continu à 360 degrés, avec des tribunes inclinées jusqu’à 37 degrés. Sa structure en X, en béton, s’inspire du Duomo de Milan, selon Football Italia. Façade LED changeant de couleur selon le club qui reçoit, virage Nord pour les Interisti, virage Sud pour les Milanisti : rien n’a été laissé au hasard.
Petite subtilité : en Coupe d’Europe, où l’UEFA encadre strictement les noms commerciaux, l’enceinte s’appellera Milano Stadium.
Les supporters devront toutefois patienter. Les travaux ne débuteront qu’en 2028, un an plus tard que prévu, pour un premier match visé lors de la saison 2031-2032. Les deux clubs espèrent accueillir des rencontres de l’Euro 2032, co-organisé par l’Italie et la Turquie. Foot Mercato chiffre le coût du chantier à environ 1,2 milliard d’euros.
Le feuilleton a duré plus de dix ans. Projet initial abandonné, recours en justice contre la vente du terrain, bras de fer avec la municipalité : le dossier a connu tous les rebondissements. Les recours rejetés, Milan et l’Inter ont fini par racheter en novembre 2025 le terrain et le stade actuel, pour 197 millions d’euros. Le projet, porté par les propriétaires RedBird et Oaktree, s’accompagne d’une vaste opération urbaine de 281 000 m².
Pour une partie des tifosi, l’annonce a un goût amer. Le Meazza, inauguré en 1926, a vu passer la Grande Inter, le Milan de Sacchi et des finales de Ligue des champions. Le voir remplacé par un stade un peu plus petit, au nom d’une marque, passe mal chez les puristes. Sous les articles de la presse italienne, les commentaires nostalgiques se multiplient.
Mais à l’heure où la Premier League écrase tout financièrement, les deux géants lombards n’avaient guère le choix. Les revenus de stade sont devenus le nerf de la guerre, et San Siro, vétuste et partagé, n’en générait pas assez. Un sacrifice sentimental, ou plutôt un choix de survie économique.
Les dés sont jetés. San Siro vit ses dernières saisons, et Milan prépare déjà la suite.