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Au Stade de France,
Les amateurs de « Mario Kart » y verront peut-être une ressemblance avec Toad, ce petit personnage à la tête de champignon. Mais Chris Olave est loin de recevoir des carapaces bleues, des boomerangs ou des bananes en pleine tronche pour freiner son avancée. Non, pour le receveur des Saints de la Nouvelle-Orléans, opposés ce dimanche aux Pittsburgh Steelers au Stade de France pour le premier match de NFL dans l’Hexagone, c’est plutôt charges violentes et placages ravageurs dans le buffet.
Et autant dire que les dégâts sur la santé du joueur se font sentir. Lors de ses 39 premiers matchs de NFL, Chris Olave (26 ans), qui a fait ses débuts en 2022, a subi pas moins de quatre commotions cérébrales. Sans compter celles non détectées au lycée ou à l’université. Alors depuis le début de la saison, le natif de San Diego (Californie) a décidé, comme 22 autres joueurs de la Ligue américaine, de revêtir ce « champignon » au-dessus de son casque : un guardian cap.
Cette grosse surcoque rembourrée en mousse qui vise à absorber les chocs a un peu changé la vie de Chris Olave, lui qui a déjà manqué plusieurs matchs à cause des commotions. Même si cela lui donne une allure un peu bizarre… « Je me fiche de l’apparence que ça donne, expliquait le receveur en début de saison. J’ai des enfants maintenant, que j’aime à mourir, tout ne tourne pas autour du football. Je veux avoir une longue vie, une vie normale, après le football. » Selon une étude publiée dans le British Medecine Journal fin août, un ancien joueur de NFL sur quatre, décédé entre 2016 et 2021, souffrait d'encéphalopathie traumatique chronique.
Selon la NFL, qui se base sur une étude scientifique menée lors des entraînements de présaison sur plusieurs années, le nombre de commotions cérébrales chute de 50 % pour ceux qui ont cette « armure » supplémentaire. « Quand je mets cette protection, ça me donne un peu plus de confiance, je ne suis plus aussi anxieux qu’avant, assurait Olave il y a quelques jours lors d’un point presse avec quelques médias français. Cela me permet de jouer plus librement et plus rapidement. »
Problème : cette protection ne pourrait finalement être qu’un simple placebo. « Dans cette même étude citée par la NFL, il est aussi indiqué que la réduction des commotions ne peut pas être attribuée à l’absorption énergétique des effets du guardian cap », nous explique Philippe Fait, directeur du département des sciences de l’activité physique de l’Université du Québec et spécialiste des commotions cérébrales. Avant d’ajouter :
« On n’a aucune étude pour l’instant qui nous montre l’effet direct de diminution du taux de commotion en lien avec les propriétés du guardian cap. Ça peut être multifactoriel. Oui, les athlètes qui ont porté cette protection ont eu une diminution de commotion, selon l’étude. Mais est-ce que c’est relié au port du guardian cap ? Non. A partir de là, on peut spéculer : est-ce parce qu’ils ont pris moins de risque, est-ce qu’ils ont fait évoluer leur jeu, est-ce qu’ils se sont mieux préparés physiquement… ? »
Si d’autres tests en laboratoire montrent bien que le choc frontal de deux casques équipés de cette coque est mieux absorbé, la réalité du terrain est différente, car les chocs frontaux ne sont pas les plus nombreux. « On sait que ce n’est pas le choc tête contre tête qui provoque nécessairement la commotion cérébrale, reprend Patrick Neary, professeur spécialiste des commotions cérébrales au département de kinésiologie de l’Université de Regina (Canada). Même sur un placage ou un choc sur le sol, le guardian cap n'empêche pas le cerveau d’avoir un mouvement à l’intérieur de la boîte crânienne. Il y a beaucoup de travail sur le sujet mais aujourd’hui, les parents ne doivent pas croire que si leur enfant porte un guardian cap, il sera protégé des commotions. »
Dans une étude menée en 2025 par l’université du Wisconsin sur plus de 2.600 joueurs au lycée, dont près de la moitié était équipée de ce guardian cap, le nombre de commotions cérébrales n’a pas chuté pour le groupe portant la surcoque. Au contraire, dans certains domaines, il était même plus nombreux. « Les joueurs se sentent plus protégés et vont donc moins chercher à se protéger et même frapper plus fort », analyse Philippe Fait.
C’est le discours tenu par Chris Olave, qui n’hésite pas à jouer encore plus physique en pensant être protégé : « Je ne peux pas dire que ça a changé ma façon de jouer, mais je joue encore plus agressif et rapide, en sachant que j’ai cette protection supplémentaire, indique le receveur des Saints. Je peux prendre beaucoup plus de coups, notamment quand ma tête heurte le sol, je suis plus à l’aise avec ce dispositif. »
Autre effet dangereux de ce guardian cap, qui a un poids et demande une certaine adaptation musculaire : être davantage ciblé par les adversaires. « Certains vont se dire "Ecoute, il est protégé, on ne va pas se retenir, on va frapper plus fort", ce qui fait encore augmenter le risque de commotion », déplore le chercheur de l’université de Québec, Sa réflexion se base sur un système de protection buccal (un peu comme le protège-dents connecté au rugby) qui existait au Canada pour prévenir des commotions cérébrales et obligeait le joueur touché à quitter le terrain.
« Les autres athlètes, sachant ça, frappaient plus fort pour essayer de faire allumer la lumière, pour essayer de provoquer la commotion, puis essayer de sortir l’athlète du jeu. Donc on voyait l’effet inverse de pourquoi l’équipement avait été construit. »
Si Chris Olave n’a pas (encore) subi de commotion cérébrale depuis le début de la saison, cela n’empêche pas d’avoir sa tête baladée dans tous les sens, avec quelques chocs au sol. Mais il continuera à porter cette coque additionnelle. Avant peut-être, un jour, d’avoir un équipement vraiment efficace : « Quand on y réfléchit un peu plus profondément, si ça fonctionnait, les casques eux-mêmes seraient faits de façon à absorber plus de chocs, conclut Philippe Fait. Ils intégreraient cette technologie-là directement. »