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Antoine Dupont : "Au vu de nos deux dernières campagnes, je ne suis pas sûr qu'on puisse se fixer en favoris", annonce le capitaine du Stade Toulousain avant le début de la Champions Cup
Cette saison, les Toulousains d'Antoine Dupont ne veulent laisser aucun point en route pour maximiser leurs chances d'aller au bout. DDM, Laurent Dard

l'essentiel À 48 heures de recevoir Exeter, dimanche 18 octobre au Stadium à l'occasion de la première journée de Champions Cup (16 h 15), le demi de mêlée et capitaine des "rouge et noir" a annoncé ce vendredi la volonté des Stadistes de retrouver des standards élevés afin de retrouver les sommets de la compétition.

Comment avez-vous passé la semaine après le match en demi-teinte face à Bayonne ?

Je pense que notre entame de match est une bonne piqûre de rappel. Elle nous montre bien que si on prend n'importe quel match à la légère, on prend le risque de le perdre, tout simplement. On a été laxistes dans notre intensité, dans nos déplacements, dans notre engagement sur le début du match et on a failli le payer cher sur la longueur. Heureusement qu'on s'est un peu réveillés sur la seconde mi-temps et que les avants ont fait le job sur les ballons portés, ce qui nous a permis de prendre le score.

Comment fait-on pour passer d'un bloc de six matchs de Top 14 à un match isolé de Champions Cup alors qu'elle arrivait en décembre avec un bloc de deux matchs jusqu'à la saison dernière ?

On s'adapte, tout simplement. C'est la même problématique pour tout le monde. On a quand même l'habitude de switcher de l'un à l'autre pour passer du championnat à la Coupe d'Europe. Après, la semaine prochaine, il faudra rebasculer plus rapidement qu'à l'accoutumée. Mais on s'adapte, cette compétition, elle change tous les ans, il y a des règlements qui ont changé encore cette année. On est dans l'adaptation constante et on doit faire avec.

Parmi les règlements qui changent, il y a celui du bonus offensif avec désormais la nécessité d'en marquer trois de plus que l'adversaire. Comment, en tant que capitaine, voyez-vous en matière de gestion du match ?

Je pense que nous, ça nous changera moins que les équipes anglo-saxonnes, puisqu'on a déjà cette règle en Top 14. Donc ça va se rapprocher de la façon dont on aborde les matchs, je pense, en championnat. Mais on sait aussi que cette compétition, c'est un sprint et que les bonus sont hyper importants donc il faudra trouver cet équilibre-là. Construire notre match, prendre les points quand il y aura besoin de les prendre et marquer des essais, surtout, quand on en aura l'occasion. On sait combien, je le répète, ces points sont importants pour la suite de la compétition.

Justement, ça fait deux ans que vous trébuchez en phases finales. Qu'est-ce qui vous anime cette saison pour espérer revenir au sommet comme en 2024 ?

On a envie de jouer à notre niveau. Je pense qu'on était déçus, surtout l'année dernière, de ces deux matchs de poule qu'on perd à l'extérieur. Et après, quand tu commences à rentrer là-dedans et que tu sais que tu vas devoir te déplacer toutes les phases finales, ça devient une montagne à gravir qu'on n'a pas su franchir l'année dernière. L'année d'avant était un contexte encore différent. On manque un point en Afrique du Sud (le bonus offensif aux Sharks, NDLR). Justement, avec ces fameux règlements, à 19 points, on se retrouvait à se déplacer (à partir des demi-finales, NDLR). Donc ce sont deux contextes différents, mais deux fois, on sait en partie où on se fait éliminer de cette compétition. Certes, on perd le match de phases finales, mais il était déjà plus mal embarqué avec les points laissés en matchs de poule.

Vous sortez d'un match inabouti en défense face à Bayonne. Est-ce que la nouvelle règle du bonus  vous pousse à mettre l'accent sur ce secteur plus que sur l'attaque par rapport aux saisons précédentes ?

Je ne pense pas que ce soit en lien avec le règlement. Je pense que c'est en lien avec notre état de forme du jour, je dirais. Ces lacunes défensives, on se les traîne un peu depuis le début de saison. On a eu du mal à avoir de la continuité. Je pense que c'est plus, pas de la suffisance, mais un peu de relâchement, je dirais, un manque de concentration. Au final, on ne s'inquiète pas, même quand on prend des essais en début de match, ça nous a souri contre Bayonne, mais il faut qu'on soit capables d'être beaucoup plus rigoureux. Et les entames qu'on a su faire contre Castres, contre Bordeaux, où on n'a rien laissé passer dès le début du match, c'est sur ce genre de match qu'il faut se baser et arriver à rééditer ces performances-là.

Exeter n'a joué que trois matchs. Est-ce difficile de se faire une idée ?

Oui, bien sûr. On essaye de faire au mieux. On a pas mal d'images, on en prend de l'année dernière aussi. Déjà, le jeu des Anglais est un jeu différent, qui n'est pas sur les mêmes bases que le nôtre. Ils jouent beaucoup en système, avec des joueurs qui se déplacent beaucoup. Donc il faut qu'on soit capables de faire face à ça, on a essayé de travailler au mieux cette semaine. Mais c'est ça aussi qui fait la spécialité de cette compétition, c'est de jouer des équipes qu'on n'a pas l'habitude de jouer, de se confronter à d'autres rugby, et c'est ça qui est intéressant et enrichissant.

À titre personnel, ressentez-vous les bénéfices d'avoir pu faire une préparation normale contrairement aux autres saisons ?

Oui, ça faisait quatre ans que je n'avais pas débuté une saison normalement. Mais je pense que ce qui m'a fait du bien, c'est surtout la coupure de cet été. Au final, quand je suis revenu de mon genou, j'ai fait une vingtaine de matchs alors que je n'ai joué que la moitié de la saison. Donc ça a été dur de tout enchaîner. À la sortie du Tournoi, j'ai eu une baisse de forme physique. J'avais du mal à enchaîner les matchs, à enchaîner les efforts sur le terrain et du coup, c'était plus compliqué. Donc la période estivale m'a fait beaucoup de bien afin de pouvoir me régénérer, me repréparer, et espérer pouvoir enchaîner dans la meilleure forme toute la saison qui va être longue aussi.

Vous avez payé pour apprendre justement... Quel regard portez-vous sur les blessures récurrentes dans les équipes ?

J'ai l'impression que cette année, on est particulièrement touchés pour notre part. C'est vrai qu'avant, en équipe de France, on n'arrivait pas à enchaîner trois matchs d'affilée avec la même composition. Mais depuis quelques saisons, je trouve qu'on avait réussi à avoir une continuité dans les choix de la sélection. Mais aussi dans le fait de ne pas avoir des joueurs trop souvent blessés. Et c'est vrai qu'en ce début de saison pour nous, mais je vois pour d'autres clubs aussi qui sont pas mal touchés, on doit faire face à des blessures longues, ce qui n'est pas évident. Ce sont joueurs qu'on ne peut pas remplacer dans l'effectif avec le système de joker qui rend les choses très compliquées. Du coup, on voit tous les clubs qui doivent s'adapter avec des jeunes. On râle parfois qu'il y a beaucoup de turnovers, mais les managers et les clubs n'ont pas le choix face au nombre de matchs et aux blessures. Cela fait partie de la vie d'un club à laquelle on doit s'adapter. Et encore, je pense qu'on a quand même beaucoup de chance chez nous quand on voit le niveau des jeunes qui monte à chaque fois. On en a beaucoup parlé à Castres, mais ça a été déjà le cas sur le début de saison et sur les saisons auparavant. Ce sont toujours eux qui ont fait le taf quand il manquait des mecs, quand il y avait des blessés ou des internationaux absents et on va en avoir encore plus besoin cette année.

Est-ce important de couper avec le rugby comme vous avez pu le faire cet été ?

Ce qui est de plus en plus dur, c'est enchaîner les matchs. Quand on voit le niveau du Top 14, aujourd'hui, il y a peut-être 10 équipes sur 14 qui peuvent prétendre à jouer des phases finales. Donc il n'y a jamais un week-end où tu peux te la faire tranquille. Tu es toujours obligé d'être à fond. Les semaines d'entraînement ont beaucoup évolué aussi, comparé à quand j'ai débuté. Aujourd'hui, c'est dur de pouvoir enchaîner parce qu'elles sont très dures physiquement donc il faut toujours être au top. Cela fait qu'on ne peut pas jouer tous les matchs. Et malgré ça, il faut quand même tous les gagner si on veut être devant. Donc c'est toute la complexité des staffs qui essayent de faire au mieux pour préserver la santé des joueurs, mais qui ont aussi des objectifs élevés dans tous les clubs. On voit des joueurs qui sont obligés de faire toutes les feuilles de match, d'enchaîner tous les matchs, et arrive un moment de la saison où, si ce n'est pas la blessure, c'est la contre-performance. Parce qu'à un moment donné, on n'est pas des machines non plus. Ce n'est pas évident, mais de toute façon, il faut trouver des solutions là-dedans. Je ne pense pas que le temps de jeu effectif soit parti pour baisser, que les joueurs vont être moins costauds et aller moins vite. Tant mieux pour le spectacle et pour les spectateurs tous les week-ends. Mais nous, à l'intérieur, avec des effectifs, qu'on essaye de faire de plus en plus large, mais ce n'est pas évident non plus au vu des contraintes de chaque club, on doit s'adapter. Mais c'est sûr que c'est bien plus dur d'enchaîner les matchs aujourd'hui qu'il y a 10 ans.

Cela fait six ans que les clubs français détiennent la Coupe d'Europe. Leur est-elle encore promise ?

Il n'y a rien qui est jamais promis dans cette compétition. On voit toujours qu'il y a beaucoup de surprises. En tout cas, ce qu'on voit souvent aussi, c'est que ceux qui gagnent, ce sont ceux qui finissent premiers de poule au départ. Donc on va déjà voir sur cette rencontre les équipes qui auront mis plus ou moins l'accent sur cette compétition. Et déjà, fin janvier, on en saura plus pour faire des pronostics je pense. Mais aujourd'hui, c'est trop tôt pour en parler, mais tant mieux qu'elle soit en France, dans la Ville rose, ce serait encore mieux (sourire).

Votre expérience fait-elle de vous des favoris au titre ?

Au vu de nos deux dernières campagnes, je ne suis pas sûr qu'on puisse se fixer en favoris. Honnêtement, l'année dernière on avait dit qu'on voulait y faire quelque chose et on est passés à côté. Donc cette année, on va encore essayer puisqu'on sait que cette compétition est hyper importante chez nous mais pour autant, depuis deux ans, on se prend les pieds dans le tapis. Donc on va tout faire pour figurer au mieux mais parler de favori aujourd'hui, c'est un peu tôt.
 

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