Retour
De la disparition d’Alain Colas aux victoires historiques de Florence Arthaud et Francis Joyon, retour sur les moments forts qui ont forgé la légende de cette transatlantique en solitaire
Créée en 1978, la Route du Rhum, dont la 13e édition s’élancera le 1er novembre prochain, est devenue au fil de l’eau une course légendaire pour tous les marins solitaires rêvant de défier l’Atlantique. Alain Colas, Mike Birch et ses 98 secondes, Florence Arthaud et Francis Joyon sont autant de noms qui résonnent à l’évocation de cet événement quadriennal qui part depuis toujours de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour descendre à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe).
En 1960, les Anglais ont la bonne idée de lancer la première course en solo sur l’Atlantique, la Transat anglaise, qui fait la part belle aux monocoques entre Plymouth (Angleterre) et Newport (USA). En 1976, les Français débarquent avec de gros bateaux qui dérangent, mais les organisateurs décident pour l’édition suivante de limiter leur taille. Un publicitaire du nom de Michel Etevenon s’associe alors avec des exploitants de Rhum pour lancer une course française entre la métropole et la Guadeloupe.
Le 5 novembre 1978, 38 bateaux sont au départ, dont celui d’Alain Colas, Manureva. Après 12 jours de course par gros temps, c’est le silence radio à bord. Alain Colas ne donne plus signe de vie. Ni le marin ni le bateau ne seront jamais retrouvés. L’émotion est intense, aucun navigateur en solitaire n’avait disparu lors d’une transat. Une chanson d’Alain Chamfort propulse définitivement la course dans la légende.
Malgré le drame, la flotte poursuit sa route. Et ce n’est qu’à quelques milles de l’arrivée que Mike Birch s’aperçoit qu’il est en tête, à bord de son petit trimaran jaune de 12 mètres, Olympus Photo. Le Canadien de 47 ans file vers une victoire en 23 jours et 6 heures avec seulement 98 secondes d’avance sur le géant de Michel Malinovsky, Kriter V, un monocoque de 20 m.
Après le succès de Marc Pajot en 1982 (18 j 1 h), la course prend de nouveau une tournure tragique avec la disparition de Loïc Caradec en 1986. Le skipper est à la barre d’un bateau de démesure (Royale), pas fait pour le solitaire et doté d’un mât gigantesque. Face à des conditions météo épouvantables, le chavirage est inévitable. Le bateau sera retrouvé retourné le lendemain par une concurrente déroutée sur les lieux : Florence Arthaud.
La Française ne gagne pas en 1986 - la victoire est pour Philippe Poupon (14 j 15 h). Mais en 1990, tous les meilleurs sont sur la ligne, y compris Arthaud malgré la minerve qu’elle porte suite à un accident de voiture et contre l’avis des médecins. Elle navigue à l’instinct - son tableau électrique a été endommagé - et en plein milieu de l’atlantique, fait une fausse couche qui provoque une hémorragie. Elle décide de poursuivre son périple sans savoir qu’elle tenait la tête. Elle gagne de façon magistrale en 14 jours et 10 heures.
Un talent fou comme il en existe rarement, Laurent Bourgnon s'empare des éditions de 1994 (14 j 6 h) et 1998 (12 j 8 h) - un exploit toujours inégalé. En 2002, c'est la pire tempête jamais rencontrée : seuls 3 multicoques sur 18 arriveront à bon port dont celui de Michel Desjoyeaux, heureux vainqueur (13 j 7 h). Les victoires canons de Lionel Lemonchois en 2006 (7 j 17 h), Franck Cammas en 2010 (9 j 3 h) et Loïck Peyron en 2014 (7 j 15 h) confirment qu'il s'agit bien d'une course pour marins d'exception.
https://t.co/mxgtxCg0x8
— Route du Rhum - Destination Guadeloupe (@RouteDuRhum) July 21, 2023
La carrière extraordinaire du skipper @CCaudrelier récompensée par le titre de chevalier de la Légion d’honneur. Vainqueur de la dernière #RDR22, le marin a remporté d’autres belles courses comme la Volvo Ocean Race 2016 et La Solitaire du Figaro en 2004.
La soixantaine passée, la Route du Rhum résiste encore à Francis Joyon. En 2018, le Menhir Breton s'y essaye pour la septième fois et l'emporte enfin (7 j 14h ), dans des conditions incroyables. Pour sept minutes seulement, il grille la politesse au Petit Prince des Océans François Gabart qui menait encore dans le canal des Saintes, à quelques encablures seulement de Pointe-à-Pitre. Le record de participation est battu en 2022, avec 138 bateaux au départ. Parmi eux, une monture de carbone révolutionnaire, le Maxi Edmond de Rothschild, premier maxi-trimaran conçu pour voler sur des foils. A son bord, Charles Caudrelier, dont le rêve d'enfant est de remporter la course, laisse une trace quasi-parfaite dans l'Atlantique et gagne avec le nouveau temps de référence (6 j 19 h).