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Il est des lieux où le temps semble ralentir. À Ginai, près du haras national du Pin, l’hippodrome de la Bergerie appartient à cette catégorie.
Niché dans un écrin de verdure de 30 hectares, au milieu des arbres et loin de l’agitation, il compte parmi les rares champs de courses à avoir conservé un environnement aussi naturel.
Ses tribunes historiques, qui datent de 1900, témoignent de cette longue histoire, au cœur d’un site classé.
Depuis les gradins, le regard embrasse la piste en herbe, longue de 2 400 mètres, et ses 21 obstacles. Ici, le décor participe pleinement au spectacle. Les courses se déroulent dans un cadre champêtre qui fait la singularité de l’hippodrome, étroitement lié à l’histoire du « Versailles du cheval ».
L’histoire de l’hippodrome de la Bergerie remonte au 30 juillet 1823. Il devient, en 1835, le premier champ de courses français.
D’abord consacré aux courses de plat, il accueille ses premières épreuves d’obstacles dès 1843. Son aménagement se développe au milieu du XIXe siècle, marqué notamment par la visite de Napoléon III, à l’été 1863.
Depuis, les générations se succèdent sur cette piste où se perpétue une tradition hippique ancienne. Aujourd’hui, la Société des courses du Haras du Pin assure l’organisation des réunions de galop, avec des courses de plat et des épreuves d’obstacles, comme le steeple-chase et le cross-country.
« Chaque réunion, nous proposons sept courses. Selon les programmes, nous organisons quatre courses de plat et trois courses d’obstacles, ou l’inverse », explique Denis Riquier, vice-président de la Société des courses, chargé de la communication.
Le lieu a également servi de décor au cinéma. Des scènes de l’hippodrome du film Coco avant Chanel, réalisé par Anne Fontaine et sorti en 2009, y ont été tournées.
Derrière la beauté du site, les conditions météorologiques ont toutefois compliqué la préparation des courses. Les fortes sécheresses qui ont touché le pays ont éprouvé les terrains, et l’hippodrome n’a pas été épargné.
La réunion prévue le dimanche 11 octobre a ainsi dû être annulée. « On se trouve dans une configuration particulière. C’est une sécheresse exceptionnelle, avec une durée que nous n’avions jamais connue », souligne Denis Riquier.
Lorsque nous le rencontrons, jeudi 15 octobre, le thermomètre affiche 22 °C. Quelques précipitations sont tombées, mais elles restent insuffisantes pour garantir à elles seules des conditions optimales. L’équipe s’emploie donc à remettre la piste en état.
Il a plu, mais pas suffisamment. Nous allons compléter avec un arrosage pour retrouver une végétation plus tendre et une piste souple, idéale pour les chevaux. »
La préparation ne laisse aucune place à l’improvisation.
« Nous sommes prestataires pour organiser des courses et notre responsabilité est engagée vis-à-vis des entraîneurs, des chevaux et des jockeys. Quand on en a les moyens, on se doit de livrer la meilleure piste possible, pour le bien-être des chevaux, le plaisir des entraîneurs et la sécurité des jockeys. »
Le travail porte aussi sur les abords des obstacles, qui sont nettoyés pour assurer le bon déroulement des épreuves.
Après l’annulation du 11 octobre, la prochaine réunion, programmée le dimanche 25 octobre, concentre toutes les attentions. Les dernières pluies et la possibilité d’arroser davantage la piste permettent d’envisager cette échéance avec plus de sérénité.
Pour la réunion du 25 octobre, nous sommes beaucoup plus optimistes. Nous allons pouvoir arroser, ce qui n’était pas possible le 11 octobre. Tout est prêt pour recevoir les chevaux et nous gardons un œil très vigilant sur la qualité de la piste. »
Parmi les particularités du parcours figure un obstacle peu commun : « Un triple avec trois haies naturelles qui se suivent, que les chevaux traversent. C’est unique en France », souligne-t-il.
Une spécificité qui participe à l’identité de la Bergerie et à l’intérêt sportif de ses courses.
Au-delà des passionnés de courses, l’hippodrome entend accueillir un public varié. Des tables de pique-nique sont installées sur le site, un restaurant permet de se restaurer – mieux vaut réserver – et un food-truck complète l’offre.
Les enfants ne sont pas oubliés : jeux en bois, structures gonflables et tours de poneys contribuent à faire des réunions hippiques des rendez-vous familiaux.
Selon les conditions météorologiques, entre 1 100 et 1 400 spectateurs viennent assister aux courses.
Sur place, les amateurs peuvent également tenter leur chance grâce au Pari mutuel hippodrome (PMH), un système de paris proposé directement sur le champ de courses. Les mises peuvent être modestes, de deux ou trois euros.
Derrière l’organisation de ces journées, une trentaine de bénévoles s’investissent au sein de la Société des courses du haras du Pin.
Leur engagement est essentiel pour entretenir les installations, préparer les pistes et accueillir les participants comme les spectateurs.
Nous sommes tous très passionnés par cet hippodrome. Nous nous donnons du mal, car il faut préserver l’avenir des courses. »
Quatre réunions sont organisées chaque année : deux au printemps et deux à l’automne. Un calendrier resserré qui rend chaque rendez-vous précieux pour les bénévoles comme pour les habitués.
À la Bergerie, la préservation du patrimoine ne se limite pas aux tribunes anciennes ou à l’histoire des courses. Elle se joue aussi dans l’entretien quotidien des pistes, la vigilance portée au bien-être des chevaux et la transmission d’une passion collective.
Autant d’efforts pour que ce lieu singulier continue de faire vivre, au cœur de la nature normande, une tradition hippique vieille de plus de deux siècles.