Retour
Un seul mot, peint sur un mur face à la mer, et une blessure qui ne s'est jamais refermée. En juin 2016, la maison de Didier Deschamps à Concarneau, dans le Finistère, a été taguée du mot "raciste". Dix ans plus tard, l'ancien sélectionneur des Bleus, qui a soufflé ses 58 bougies le 15 octobre, n'a rien oublié de cet épisode, qui a éclaté en pleine polémique autour des absences de Karim Benzema et Hatem Ben Arfa.
À quelques jours de l'Euro organisé en France, la liste de Didier Deschamps fait des vagues. Ni Karim Benzema, écarté depuis l'affaire de la sextape de Mathieu Valbuena, ni Hatem Ben Arfa n'y figurent, et certains accusent le sélectionneur de les avoir écartés en raison de leurs origines nord-africaines. Dans un entretien au quotidien espagnol Marca, Karim Benzema affirme alors que Didier Deschamps a "cédé à la pression d'une partie raciste de la France". Éric Cantona l'accuse lui aussi de racisme envers les deux joueurs.
C'est dans ce climat explosif que des inconnus inscrivent le mot "raciste" sur la façade de sa maison bretonne. Aux commandes des Bleus depuis 2012, le technicien encaisse, puis finit par réagir sur BFM. "Ça, je ne pourrai jamais l'oublier", lâche-t-il, avant de poursuivre : "On franchit la ligne blanche. [...] C'est violent, forcément, c'est inacceptable". Au Parisien, il martèle aussi que "personne n'a le droit de toucher à" sa famille. Malgré la tempête, il ne reviendra pas sur ses choix et mènera les Bleus jusqu'en finale de cet Euro, perdue face au Portugal.
Si ce tag l'a autant marqué, c'est parce que Concarneau n'a rien d'une simple résidence secondaire. Claude, son épouse depuis 1989, y a vu le jour en 1966 et y a grandi. Le foot coule d'ailleurs dans ses veines : son père, René Galloudec, a joué et entraîné au club local de Lanriec, tandis que son grand-oncle n'est autre que Joël Quiniou, ancien arbitre international comme l’indique Ode. Leur fils Dylan est lui-même né à Quimper. La maison familiale se niche dans le quartier prisé des Sables Blancs, au bord de la route de la Corniche, où l'ancien milieu de terrain aime faire son footing. Sans rien de tape-à-l'œil, elle donne sur la plage des Cornouailles, avec l'archipel des Glénans à l'horizon. Selon Ouest-France, le couple a pris l'habitude d'y passer les fêtes de Noël et une partie de l'été.
Sur place, le champion du monde mène une vie de quartier : il achète L'Équipe au Grand Bleu, un bistrot voisin, fait le marché et flâne dans les galeries. "Didier se fond dans le décor malgré son aura. Il passe partout et n'a pas changé d'un iota", assurait son ami Jacques Piriou, président du club de la ville, auprès d'Ouest-France. Le tag de 2016 n'a pas chassé le couple pour autant : les Deschamps ont continué à revenir face aux Glénans, là où, comme il l'avait confié en 2017 aux lecteurs du quotidien régional, il n'est pas le sélectionneur, mais simplement "Didier".