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EcoTrail Paris : Pourquoi de plus en plus de coureurs « sur route » se mettent au trail ?

L’EcoTrail de Paris lance sa première édition d’automne, ce samedi. Mais pourquoi autant de coureurs sur route, fans du goudron et du plat, sont-ils tentés par les sentiers de forêt, les montagnes et le trail ?

Il y a un an, Clément a fait son coming-out sportif. Lui, le coureur de route, adepte des 10 kilomètres et des semi-marathons, cachait en fait… une âme de traileur. « Je n’aurais jamais cru aimer ça. Comme quoi, on ne cesse de se surprendre. » Fini l’asphalte et les routes de ville, place aux petits chemins qui sentent la noisette et le dénivelé. Comme les trois premières courses d’automne proposées par l’Ecotrail ce samedi avec un 20 km, un 50 km et un 80 km.

Comme lui, de nombreux Français se tournent vers le trail. Selon une étude de l’Observatoire du running 2025, citée par Benoît Goiset, représentant de France Outdoor, plus grosse association de sport d’extérieur, 43 % des coureurs ayant moins d’un an de pratique font du trail, contre 75 % de ceux qui courent depuis deux à cinq ans.

L’infini des possibles

« À force, la route peut finir par lasser ou devenir redondante », confirme Guillaume Vallet, économiste du sport. Clément estime avoir fait un peu le tour. « Un semi, c’est toujours un semi, un marathon, c’est toujours un marathon. On peut juste faire mieux sur le temps final, mais l’expérience globale reste la même. »

A l’inverse, le trail offre une infinité de possibilités. « Il y a toujours une nouvelle course et un défi plus fou, s’enthousiasme Clément. Les expériences sont vraiment différentes. Entre un 23 kilomètres en forêt et un 60 kilomètres en montagne, ce n’est pas du tout la même course, ni les mêmes difficultés ou les mêmes sensations. »

Moins de performances, plus de plaisir ?

Autre facteur, l’âge. « Avec les années, la vitesse baisse. On est moins puissant et moins rapide », regrette Sébastien. À 42 ans, il en a conscience : « Je ne peux plus battre mes records. » Le trail, moins centré sur le chronomètre et la performance pure, lui offre une autre perspective. « Je peux toujours courir plus de kilomètres. En trail, des coureurs de 40 ou 50 ans sont encore très performants. C’est quand même plus motivant », poursuit-il.

Pas besoin d’attendre que les articulations rouillent pour apprécier cette philosophie. Selena, dans la vingtaine, s’est elle aussi tournée vers le trail, en partie lassée de l’ambiance qu’elle jugeait trop compétitive sur route. « À chaque fois que je finissais un 10 kilomètres ou un semi, on me demandait en combien de temps j’avais couru. Quand je termine un trail, on me dit : "Bravo !" C’est quand même plus agréable. »

Une croissance spectaculaire

Route et trail connaissent tous deux un succès populaire important. En 2025, 2,53 millions de Français ont terminé une course sur route, soit une hausse de 40 % en dix ans. Le trail a, lui, rassemblé 1,44 million de finishers, en progression de 150 % sur la même période, selon l’Observatoire du running 2025.

La progression du trail est donc nettement plus rapide, même si la course sur route représente encore environ 1,8 fois son volume de finishers, nuance Benoît Goiset. Le phénomène est néanmoins suffisamment marqué pour faire émerger un autre paradoxe : la France compte désormais davantage de courses de trail que de courses sur route.

« Les opportunités de développement sont bien plus nombreuses », observe Guillaume Vallet. Avec ses centaines de milliers de kilomètres de sentiers, la France dispose d’un terrain de jeu considérable pour les organisateurs. À l’inverse, il est difficile d’ajouter indéfiniment de nouvelles courses en ville, dont certaines sont déjà saturées.

Deux sports surtout complémentaires

« Une course sur route demande beaucoup plus d’autorisations administratives et une sécurité accrue. Pour un organisateur, qu’il soit une petite ou une grande association, le trail est plus simple à mettre en place », explique Michel Sorine, cofondateur de la SaintéLyon.

Pour autant, inutile d’opposer les deux disciplines, prévient-il. Sa mythique SaintéLyon, une course nocturne d’environ 80 kilomètres, en est un bon exemple. Techniquement considérée comme un trail, elle emprunte aussi de nombreux passages sur route et présente relativement peu de dénivelés par rapport aux épreuves de montagne.

« Entre trail et course sur route, on n’est pas forcé de choisir un camp !, estime Damien, coureur à la socquette et à la casquette. Dans les faits, les deux pratiques sont souvent complémentaires. Je cours la plupart de l’hiver sur route et la plupart de l’été en trail. » Chacune permet de développer des qualités utiles à l’autre. « On peut beaucoup plus facilement améliorer sa vitesse sur piste ou sur goudron que sur sentier. Et c’est aussi utile en trail. » À l’inverse, les dénivelés permettent de travailler la puissance et la force, des qualités que l’on peut ensuite mobiliser sur route.

« De plus en plus de champions pratiquent les deux disciplines », confirme Michel Sorine. Mais si la frontière entre route et trail est poreuse pour les coureurs, elle l’est moins dans l’imaginaire du grand public. « Les gens connaissent beaucoup plus Kilian Jornet ou Mathieu Blanchard que les champions des 10 kilomètres », remarque-t-il.

Kilian Jornet, figure de proue d’un nouvel imaginaire

Difficile, justement, de parler de l’essor du trail sans évoquer Kilian Jornet. Ses performances, notamment sa victoire sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2008, ont contribué à populariser la discipline. « Sa performance a largement contribué à démocratiser l’image du trail. Il a prouvé qu’on pouvait pratiquer cette discipline très jeune, alors qu’elle était jusque-là plutôt réservée aux trentenaires et aux coureurs plus âgés », rappelle Benoît Goiset.

Depuis, le trail a développé ses propres figures emblématiques, ses grandes courses et son imaginaire. Au point que Clément l’avoue : « Désormais, faire un jour l’UTMB me fait plus rêver qu’un mythique marathon en moins de trois heures. »

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