Retour
Une fois ce constat établi, et après avoir...
Une fois ce constat établi, et après avoir répété que les blessures sont inévitables dans ce sport de contact voire de combat, que faire ? Le rugby français est-il condamné à voir ses principaux soldats tomber au front les uns après les autres, grignotant un peu plus les chances des Bleus de soulever enfin la Coupe du monde ? Comment concilier efficacement les ambitions d’un Top 14 à la puissance incontestable et celles d’une sélection qui aimerait enfin s’asseoir sur le trône mondial, et plus seulement européen ?
La limitation du temps de jeu des joueurs semble être le point central pour préserver leur santé. Depuis cette saison, le rythme de 33 internationaux est encadré. Ils ne peuvent pas enchaîner plus de quatre rencontres d’affilée avec leur club, ni participer à plus de neuf matchs avec les Bleus entre juillet dernier (Championnat des nations) et mars prochain (fin du Tournoi). Une expérimentation lancée en vue du Mondial 2027 par un comité créé conjointement par la Ligue et la Fédération.
Le sélectionneur Fabien Galthié y côtoie son homologue du Seven Jérôme Daret, le manager palois Sébastien Piqueronies, des médecins et un préparateur physique de clubs, Thierry Dusautoir, Gaël Fickou et un panel de scientifiques qualifiés dans les domaines de la santé et de la performance. Ce groupe est chargé de mener des réflexions sur la charge de travail et le rythme des joueurs. Leurs préconisations sont attendues pour la fin de saison, avec une mise en place prévue pour 2028-2029.
« La notion de nombre de matchs joués sur une saison n’est pas suffisante, souligne Jean-Marc Lhermet, vice-président de la FFR en charge du haut niveau. Entre les âges, les postes, les profils, il faut trouver des critères qui nous permettront de piloter quasi individuellement le rythme de nos joueurs majeurs, entre matchs consécutifs et périodes de repos. Le suivi opéré avec la liste de 33 nous permettra peut-être de tirer des enseignements. » Restera alors à régler la question financière, avec la compensation que les clubs attendront inévitablement s’ils sont encore plus souvent privés de leurs meilleurs joueurs.
Alors que World Rugby a rajouté une date internationale en novembre, la question du calendrier est majeure. L’harmonisation entre les hémisphères Nord et Sud ressemble à une chimère. Une réforme du format de la Champions Cup, poussée par la France et l’Angleterre, pourrait faire « gagner » deux dates à partir de 2030. Toujours ça de pris. Au niveau hexagonal, les acteurs du Top 14 le décrivent de plus en plus exigeant, brutal et homogène. Le passage à un Top 12, qui réduirait la saison régulière de quatre week-ends, paraît inenvisageable.
« Ça ne libérerait pas forcément quatre dates par joueurs puisque les internationaux joueraient peut-être autant en club, note Yann Roubert, président de la Ligue nationale de rugby. On regrette ces blessures mais le Top 14 n’est pas la seule explication. Il favorise la richesse du vivier de joueurs français. Passer à douze réduirait la couverture du territoire, alors que les affluences dans les stades et les audiences télé n’ont jamais été aussi hautes. »
Le « dossier santé » du joueur, un outil de suivi commun à tous les clubs, est en cours de déploiement. Yann Roubert rappelle aussi que, cette saison, la LNR a déjà supprimé la limite de 35 contrats professionnels par club et relevé le plafond du salary cap pour permettre d'engager plus de joueurs. Laurent Marti, le patron de l’Union Bordeaux-Bègles, plaide pour l’augmenter encore, avec obligation de recruter. Certains de ses homologues y sont favorables, d’autres suggèrent de mieux répartir la masse salariale déjà existante.