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Route du Rhum à Saint-Malo : Escoffier, un nom absent pour la première fois depuis 1994 !
Loïc Escoffier
Loïc Escoffier est le dernier de la famille à avoir remporté la course : c’était sur son Rhum Multi Lodigroup, en 2022. ©(Photo : Alexis Courcoux) 

On sent un brin d’incrédulité dans la voix de Bob Escoffier. Pourtant, c’est bien vrai : entre 1994 et 2022, il y a toujours eu au moins ‘un’ Escoffier au départ de la Route du Rhum. La famille cumule pas moins de 14 participations en 8 éditions de la course !

Mais ce nom, évocateur du grand large pour tant de Malouins, n’est pas dans la liste des 118 concurrents de 2026. Un « trou dans la raquette », admet Bob Escoffier, rigolard. « J’en referais bien une si vous la faites partir de l’Ehpad, lance-t-il, du haut de sa 78e année. On pourrait même avoir une remise… puisqu’on est de gros clients ! »

À lui seul, il compte cinq participations. La première, c’était avec son thonier Étoile Molène ! La Route du Rhum (qu’il a fini deux fois) sera pour lui une suite d’aventures, entre le sauvetage de Karine Fauconnier en 2002 ou son hélitreuillage rocambolesque par la Marine espagnole en 2014… Et il était le doyen des skippers au départ de la solitaire, en 2018.

Le regard tourné vers Louis Burton

Six ans plus tard, le vieux loup de mer aura forcément le regard tourné vers Louis Burton : et tant pis si son gendre ne porte pas le même nom que lui, c’est bien sur le skipper de l’Ultim Armand Thiery que se portent les espoirs du clan malouin pour cette édition 2026.

Servane, fille de Bob et épouse de Louis Burton avec qui elle a fondé l’écurie BE Racing, n’est pas non plus la moitié d’une navigatrice. À une époque où les femmes étaient encore moins représentées qu’aujourd’hui dans la course au large, elle avait fini 2e de la catégorie 50 Open à l’issue de la Route du Rhum 2006, puis 7e de la catégorie reine, sur un catamaran de 22 mètres, quatre ans plus tard.

Bon sang ne saurait mentir

Le 8 septembre dernier, elle était dans l’équipage qui a pulvérisé le record de la traversée de la Manche entre Cowes et Dinard, à bord de l’Ultim Armand Thiery. Impossible de vous dire si elle pourrait, un jour, refaire une course en solitaire comme la Route du Rhum : elle n’a finalement pas répondu à nos questions.

Bob Escoffier n’a pas la réponse non plus mais il verrait bien son petit-fils Lino reprendre le flambeau un jour : le fils de Servane et de Louis aura 18 ans en 2030. « Et il a déjà traversé la Manche en solitaire ! »

Les chiens ne font pas des chats, sans doute, mais le patriarche précise quand même :

« On met plus souvent les enfants sur un bateau que sur un cheval ou un vélo, mais on ne force personne : ils font leur choix ! »

Bob Escoffier et Servane
Presque au pied levé, Bob Escoffier avait remplacé sa fille Servane, forfait pour raison médicale, à la Route du Rhum 2014. ©Rivacom

« On aurait pu être trois Escoffier au départ en 2022 »

« Il est peut-être encore temps que je m’inscrive ? », réagit quant à lui Franck-Yves, frangin de Bob. Lui non plus n’avait pas réalisé que l’impressionnante constance des Escoffier à être au départ de la Route du Rhum s’interrompait cette année. Cet excellent marin l’a gagnée trois fois, dans la catégorie Multi 50 (devenue Ocean Fifty), en 1998, 2002 et 2006. En 2010, il avait dû abandonner sur avarie.

En 2022, ses deux fils étaient en lice et « on aurait pu être trois Escoffier au départ », glisse-t-il. À l’époque, il avait visé un trimaran qu’il adorait, Jess… celui avec lequel Gilles Buekenhout a finalement chaviré, à la veille d’arriver premier de sa catégorie à Pointe-à-Pitre ! « Si je repartais un jour, ce serait avec quelque chose de beaucoup plus sage », promet-il.

Une passion qui ne s’émousse pas

À bientôt 70 ans, la passion de Franck-Yves Escoffier ne s’est donc pas émoussée : il porte toujours un regard affuté sur le monde de la voile et reste investi au sein de la Société nautique de la baie de Saint-Malo. Il est aussi conscient d’un certain décalage : les selfies, très peu pour lui.

Et si « la communication » en vient à éclipser le côté sportif, il préfère passer son tour… Pour autant, « il est beaucoup dans la transmission » auprès des jeunes, salue son fils aîné Kevin, qui a fini au pied du podium chez les Imoca à la Route du Rhum 2022. « On régate encore beaucoup ensemble avec notre JPK 960, un très bon bateau d’un peu moins de 10 mètres. »

« Cette course m’a toujours fait rêver »

Kevin Escoffier, skipper de 46 ans et ingénieur de formation, aurait sans doute été au départ 2026, sans les accusations d’agressions sexuelles qui lui valent de comparaître au tribunal de Lorient, le 9 novembre, et dont il est présumé innocent aujourd’hui.

À l’heure actuelle, il « accompagne » un autre navigateur et sera « sur le Rhum par la pensée ». Du plus loin qu’il se souvienne, « cette course m’a toujours fait rêver. C’est elle qui m’a donné envie de concevoir des bateaux et de naviguer ».

Loïc, dernier vainqueur en date

Le dernier Escoffier en date à avoir inscrit la Route du Rhum à son palmarès est pourtant son frère cadet Loïc, marin-pêcheur, armateur et skipper amateur. À l’issue d’un final à rebondissements, le deuxième fils de Franck-Yves était sorti vainqueur en 2022 dans la catégorie Rhum Multi. 

Ces derniers temps, c’est plutôt en famille, avec ses trois enfants, que Loïc est sur l’eau. Et cela fait déjà un moment que le chef d’entreprise malouin s’est rangé du côté de la raison :

« Entre l’armement, l’extraction de chair d’araignée, la gestion du personnel, le côté social qui prend du temps, la vie de famille… on ne peut pas tout faire. »

Au vu du contexte économique, ç’aurait sans doute été un travail à temps plein que de trouver sponsor et financement… « Ce sera pour 2030, peut-être, on ne sait pas… »

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