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L’Argelésienne Marie Teixidor i Martorell, une présidente sur les deux versants de la Catalogne
Marie Teixidor i Martorell nouvelle présidente de la Fédération catalane. MICHEL CLEMENTZ

Portrait. L’Argelésienne Marie Teixidor i Martorell, première femme à présider la Fédération catalane de rugby à XV après 103 ans d’histoire, entend donner au rugby catalan la place qu’il mérite, malgré le manque criant d’infrastructures à Barcelone.

Sûr que Marie Teixidor i Martorell se démarque. Pensez donc, succédant à 18 hommes, la Franco-espagnole est la première femme présidente d’une Fédération catalane de rugby à XV voûtée sur ses 103 ans d’existence. Son élection remonte à l’an dernier. La présidente du club des Carbones de Terassa (ndlr : charbonniers de Terassa) poussée à se présenter décrochera la queue de Mickey avec près de 53,66 % des suffrages. Un plébiscite pour celle, qui, auparavant, avait été nommée vice-présidente du club de San Cugat de 2009 à 2014 où Guillem, l’un de ses deux fils avait pris une licence. Aujourd’hui, l’Argelésienne de naissance, partie à 24 ans, de l’autre côté des Pyrénnées, à Rubi, pour sa maîtrise des langues ibériques, s’évertue à développer l’ovale de cuir en Catalogne sud, fière de ses 7 500 licenciés et 55 clubs.
Mais seulement une quarantaine de terrains, dont à peine trois à Barcelone pour sept clubs (Barcelone Université Club, le Barça, CE Université, les Lions, Poble Nou, INEF et Gotics i Quimic) deux bons milliers de passionnés. « C’est lamentable, c’est trop peu. Comment voulez-vous grandir ? »

Des études à Céret
Sa voix se durcit lorsqu’elle évoque Barcelone. Car si le rugby respire dans les terres de Tarragone, Girona ou Lleida, il peine à trouver son espace au cœur de la grande ville, où le football semble occuper jusqu’au moindre centimètre carré. « Le souci, ce n’est pas la Catalogne rurale où nous sommes implantés. Non, c’est Barcelone, où le football vampirise les autres disciplines. En fait, je suis native d’une région où le rugby est partout et je vis dans une autre où il est nulle part. »
Mais comment la jeune sexagénaire aurait-elle pu échapper à la passion du rugby. « Petite, le dimanche, avec toute la famille, j’allais supporter Argelés aux Maresquer puis à Pams. J’étudiais au lycée Deodat de Séverac à Céret, juste en face de Fondecave et mon professeur de mathématiques n’était autre de Pierre Aylagas… Vous voyez, je ne pouvais pas y échapper, sourit-elle en rembobinant la pellicule. Originaire de Valles en Catalogne sud, ma mère était venue danser la sardane à Perpignan et c’est là qu’elle rencontre mon père, lui pur Perpignanais. Elle est tombée amoureuse et s’est installée dans le Roussillon. C’est aussi simple que cela ».

Histoire d’amour, sardane…
Une histoire d’amour, une sardane, une frontière traversée et une famille née de ce hasard-là. Comme si, déjà, la vie lui avait soufflé que les frontières ne sont parfois que des traits dessinés sur une carte. Alors, aujourd’hui, elle voudrait les estomper à son tour.
Depuis son élection, elle s’attelle à rendre au rugby catalan la lumière qu’elle estime lui revenir. Car derrière les chiffres et les terrains qui manquent, c’est une reconnaissance qu’elle réclame. Celle d’un sport qui n’est pas venu s’installer ici par effraction. « Nous n’avons pas l’audience que nous méritons. Pourtant, le rugby n’est pas un sport importé comme le baseball ou le football américain. Le rugby et la Catalogne ont une longue histoire, vieille de plus d’un siècle. »
Alors, la candidature de l’Espagne à l’organisation de la Coupe du monde 2035 face au Japon et à l’Argentine, pourrait « booster » l’offre quinziste. Bilbao, San Sebastián, Seville, Madrid et les deux stades de Barcelone (Corneilla et Nou Camp) ont candidaté. « Mais sommes-nous prêts à recevoir un tel événement ? », s’interroge celle qui s’évertue à « construire un pont entre la Catalogne et le Comité du Pays Catalan. Pour unir nos forces notamment sur la formation des entraîneurs, des arbitres, des dirigeants. Il ne doit y avoir qu’une Catalogne. Nous multiplions les discussions avec Jean-Luc Duch-Solé, c’est très constructif. Notamment au niveau des jeunes où les échanges sportifs, culturels, gastronomiques pourquoi pas vont se multiplier. Regardez, chaque année, nous organisons à Vic, la Trobada des écoles de rugby. Des clubs roussillonnais vont désormais y participer ». Entre Argelès et Barcelone, entre le Roussillon et la Catalogne sud, la présidente de la Fédération catalane rêve qu’il n’y ait plus de frontière.

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