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C’est le dernier chapitre né d’une tragédie que va écrire Tanguy Caradec sur cette Route du Rhum 2026. Boucler la transatlantique qui a emporté son père il y a quarante ans : Loïc Caradec, marin passionné, ingénieur et concepteur de bateau. Le Breton de la Trinité-sur-Mer était connu et réputé. « Un grand exemple des vertus du courage, de la volonté et du talent », écrira dans son télégramme de condoléances le président François Mitterrand.
Au départ de cette troisième Route du Rhum, en 1986, Loïc Caradec tient la barre de Royale II, un grand multicoques de 26 mètres, équipé d’un gigantesque mât-aile. Pris dans une violente tempête de force 9, le voilier se retourne au large de l’archipel des Açores, dans l’Atlantique nord. Sa balise de détresse se déclenche au milieu de la nuit.
Aussitôt déroutée par l’organisation, Florence Arthaud arrive sur place deux jours plus tard. Elle découvre l’épave de Royale II flottant à l’envers, la coque intacte et le mât arraché. La cabine est vide. Loïc Caradec est porté disparu. Les opérations de secours ne permettront jamais de retrouver son corps. Il avait 38 ans et était père de trois garçons.
A l’époque, Tanguy, son fils cadet, avait 6 ans. « Je me souviens très bien de l’instant où on nous l’a annoncé, de ce que j’ai ressenti. » Longtemps, Tanguy a « espéré qu’il soit quelque part ». « Une disparition, pas de corps, j’ai appris récemment qu’on appelait cela un deuil blanc », confie Tanguy, 46 ans, et papa de deux fillettes de 4 et 7 ans.
Après la mort de son père, sa famille a quitté la Bretagne pour s’établir loin de la mer, en région parisienne. Tanguy y a grandi (il vit toujours à Puteaux). Il est devenu un très bon footballeur, à deux doigts de pied d’intégrer le centre de formation du RC Lens, avec qui il a fait des essais. « Ça a été longtemps un grand regret », dit-il encore aujourd’hui sur les quais de Saint-Malo.
Et puis, comme une évidence, l’expert en marketing digital s’est fait rattraper par son histoire. « C’est parti d’une conversation avec une amie. Elle m’a demandé : si tu pouvais accomplir quelque-chose qui te fait rêver, tu ferais quoi ?’ Je lui ai répondu : ‘la Route du Rhum’. Elle m’a dit : ‘bah alors, pourquoi tu ne l’as fait pas’. »
L’histoire est en marche. Tanguy Caradec embarque dans son aventure « des potes » qui deviennent ses mécènes, comme son sponsor titre Eurvad. Il achète un monocoque 50 pieds de 2003, ancienne propriété d’un sulfureux polonais, qui a convoyé de la drogue cachée dans les ballasts (réservoirs situés dans la coque pour l’équilibre du bateau).
Lui qui n’avait jamais fait de solitaire et qui n’a toujours pas traversé l’Atlantique doit aussi prouver sur l’eau qu’il tient la marée. Et il le fait en remportant cet été sa première course, la Drheam-Cup. « J’avais du temps, j’en avais l’envie, c’était quarante ans après la mort de mon père : toutes les planètes étaient alignées pour que je participe à cette Route du Rhum », continue Tanguy.
Une course qu’il aborde dans la catégorie Vintage mono « avec humilité » et « sans appréhension particulière », si ce n’est la gestion du sommeil, son talon d’Achille, sur cette longue traversée en solo qui va avoisiner les trois semaines.
Restait à annoncer la nouvelle à sa mère. Moment forcément particulier et délicat. « Elle pianotait sur son téléphone et n’a pas relevé la tête. Je lui ai répété : ‘Maman, je vais faire la Route du Rhum’. Elle a fini par me regarder et me dire : ‘je l’ai toujours su’. »