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« Il va sans dire qu'il était différent » : Kimi Antonelli, champion du monde de Formule 1, le jeune homme pressé
Formula One F1 - United States Grand Prix - Circuit of the Americas, Austin, Texas, U.S. - October 22, 2026
Mercedes' Andrea Kimi Antonelli during a press conference ahead of the race weekend REUTERS/Mike Segar     TPX IMAGES OF THE DAY
Kimi Antonelli, lors du GP d'Austin. Mike Segar

, expliquait dans le documentaire « Monoplace », diffusé sur Netflix, Gwen Lagrue, longtemps chargé de repérer les jeunes talents pour Mercedes. Je sillonne les circuits de karting du monde pour trouver le champion de demain. Le karting, c'est là que tout commence. Je reçois un tas de coups de fil pour venir voir un pilote qui sort du lot. » C'est en 2017 que le jeune natif de Bologne est repéré. Il a 11 ans et virevolte sur son kart, tout en affichant une attitude calme et très mature. Mais mise-t-on des millions – une saison de karting peut coûter jusqu'à 200 000 dollars – sur un simple espoir ? « Ce qui m’a d’abord marqué, c’est sa personnalité, son charisme, sa gentillesse et sa bienveillance envers les gens, qu’il s’agisse de moi ou des membres des équipes avec lesquelles nous travaillions », se souvient Stéphane Guérin, manager de la filière jeunes pilotes Mercedes, qui a accompagné « le projet Antonelli ». Son premier rôle a été de suivre l'apprenti pilote lors de son passage du karting à la monoplace, en 2021-2022. « C’est à partir de là que nous avons tissé une relation assez forte » « On peut déjà voir chez les tout-petits s'il y a quelque chose de spécial ou non, signalait au « Wall Street Journal » Toto Wolff, le patron de l'écurie allemande. On peut voir comment un gosse conduit sous la pluie, quelle part d'instinct il a… On peut voir, à haute vitesse, le courage et la maîtrise de la voiture dont fait preuve un enfant de 10 ans. » « La souris », comme le surnomme sa mère, a quelque chose de spécial.

Vérités et légendes

Ce quelque chose se trouve peut-être dans les derniers mois de grossesse de Veronica. « J'étais au cinéma avec mon mari pour voir " Cars" le 23 août 2006, et j'ai commencé à avoir des contractions pendant le film. Deux jours plus tard, le 25 août, Kimi est né, et ce dessin animé, il l'a ensuite revu des centaines de fois », confiait-elle dans « La Repubblica ». Vérité ou légende ? À moins que ce soit dans les gènes. Marco, son père, est un pilote de GT, plutôt moyen, mais qui a la course dans la peau. Enfant, Kimi joue aux petites voitures sur le sol de sa chambre. Il imagine ses propres circuits et y organise ses courses. « Kimi dépasse à l'épingle par l'extérieur », lance-t-il dans le documentaire qui lui est consacré sur Netflix.

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« Nous étions sur le circuit de Sarno, en 2007. Kimi venait d'avoir un an et nous l'avions emmené avec nous à cet événement organisé par une entreprise, avec des voitures de route, de course et des karts. Il y avait beaucoup d'invités et, à un moment donné, pendant une pause, je me souviens de m'être assis au volant d'un des karts et l'avoir pris sur mes genoux. À cet âge, les enfants ont généralement peur du bruit, mais à la fin du tour, Veronica, sa maman, l'a sorti du kart et il s'est mis à pleurer parce qu'il ne voulait pas décoller ses petites mains du volant », raconte Marco à la presse italienne.

Andrea Kimi Antonelli (ita), KR-Iame, portrait during the 2019 Karting Winter Cup OK-Junior at Lonato, Italy on February 17th - Photo: Jacky Foulatier / DPPI (Photo by DPPI / Jacky Foulatier / DPPI via AFP)
Andrea Kimi Antonelli en Italie en 2019. DPPI

« Mon père m'a appris tout ce que je sais sur la course. Quand je cours, ce n'est pas simplement pour moi, c'est pour lui. C'est une sorte de prolongement », ajoute-t-il à propos de son père. Marco est dur avec son fils. Il le critique souvent, lui demande de s'appliquer, le reprend quand il commet une erreur. Leur relation n'est pas simple. « Si j'étais comme ça avec toi, c'est parce que moi, je n'ai pas su saisir toutes les occasions et je ne voulais pas que tu les rates », lui avoue-t-il dans le documentaire Netflix alors que son fils s'apprête à rouler pour la première fois dans une Formule 1. Un jour, à Adria, au volant de sa Lamborghini Super Trofeo, Marco met le petit Kimi sur ses genoux. La magie opère. « Moi, je freinais et j'accélérais, lui passait les vitesses. À un certain moment, nous nous sommes vraiment retrouvés en symbiose, nous allions très vite, et nous sommes partis en survirage au premier freinage du circuit : il l'a contrôlé parfaitement, comme quelqu'un qui l'aurait déjà fait des dizaines et des dizaines de fois. C'est là que j'ai pris conscience de son talent », analysait son père dans la presse italienne. « Marco et Kimi ont surtout une relation père-fils qui leur permet de traverser cette aventure, avec la médiatisation croissante, tout en conservant un socle familial fort. Veronica, sa maman, est beaucoup plus discrète mais joue un rôle essentiel dans cet équilibre. Lorsque Toto Wolff a annoncé à Kimi et à sa famille sa titularisation en Formule 1, la première préoccupation de Veronica a été qu’il continue d’aller à l’école ! Cela dit beaucoup de cette famille : simple, unie, fusionnelle et équilibrée », détaille Stéphane Guérin.

« Tu vas te trouver face à une exposition et une pression très fortes »

L'étoile Antonelli commence à briller. Il gagne des courses en kart, découvre de nouvelles monoplaces. Mercedes l'accompagne et lui apprend qu'il ne suffit pas de passer un virage en sixième pour briller. Il faut se muscler, prendre du coffre, apprendre l'anglais – la langue des consignes – et canaliser un tempérament à la fois fougueux, impulsif et très mature. Il commet des erreurs, mais sait se reprendre. Il connaît tous ses temps par cœur : des premiers tours de karting aux cinq championnats en monoplace qu'il a remportés en deux ans et demi. Vient donc 2024, où Toto Wolff décide de miser sur un « rookie » de 18 ans. « Il avait 12 ans quand on l'a recruté. Il va sans dire qu'il était différent. Malgré son jeune âge et son manque d'expérience, il avait un style de pilotage très mûr. C'est moi qui ai proposé son nom pour le baquet à pourvoir », explique Lagrue. « Au tout début, il aimait parfois faire un peu le spectacle, avec des dépassements courageux, mais risqués ou malvenus. Parfois, il perdait ainsi des places bêtement. Il a fallu le recadrer, mais ce n’étaient que des détails : il avait beaucoup de points forts et très peu de faiblesses », ajoute Guérin. Au moment de l'annonce, Toto prévient : « Tu vas te trouver face à une exposition et une pression très fortes. »

Marco Antonelli and Andrea Kimi Antonelli before the Formula 2 Round Feature Race at Sakhir Circuit in Sakhir, Bahrain on March 2, 2024. (Photo by Jakub Porzycki/NurPhoto) (Photo by Jakub Porzycki / NurPhoto via AFP)
Avec son père, Marco, en 2024. JAKUB PORZYCKI

Septembre 2024. Avant l'annonce officielle, Antonelli a les honneurs d'une séance d'essais libres sur l'asphalte du temple de la vitesse, à Monza. Le premier tour est impressionnant. Au deuxième, l'Italien perd le contrôle de la monoplace dans la Parabolique et explose sa Mercedes dans le mur de pneus. « Ce jour-là, j'ai déçu toute ma famille. Mon père n'était pas content (...) J'ai pleuré, je ne voulais voir personne », détaille-t-il. Le jeunot a-t-il craqué sous la pression ? Est-il finalement assez mûr ? La première fois qu'il est venu à l'usine, un technicien l'a pris pour un enfant. « J'ai cru que c'était un visiteur qui avait perdu ses parents », se marre-t-il.

Premier GP en 2025, en Australie, premier exploit : il est quatrième après être parti 16e. La saison sera marquée par des hauts, qui montrent son potentiel étourdissant, et des bas, qui illustrent son inexpérience. Beaucoup d'erreurs, et une réputation de jeune fou. « J'ai toujours dit que la première année serait faite d'éclairs de génie et de moments où j'aurais envie de m'arracher les cheveux à cause de ses erreurs, se souvient Wolff dans le "Wall Street Journal", qui révèle dans une enquête que Mercedes a misé dix millions de dollars sur ce jeune pilote. Mais il fallait qu'on croie en notre propre conviction pendant assez longtemps. Dans d'autres équipes, on l'aurait viré. »

Mercedes' Italian driver Andrea Kimi Antonelli leaves his car after crashing during first practice session, ahead of the Italian Formula One Grand Prix at Autodromo Nazionale Monza circuit, in Monza on August 30, 2024. (Photo by Gabriel BOUYS / AFP)
Premiers tours de piste et un premier accident. À Monza, en 2024. GABRIEL BOUYS

Avec la nouvelle réglementation, l'écurie allemande a surgi comme la force dominante du plateau. Le titre semblait promis à son coéquipier, George Russell. Lui était trop frêle et trop irrégulier. Huit mois plus tard, voilà le Britannique assistant au triomphe d'un Italien au sourire constant malgré les difficultés et les erreurs. C'est ce qui est le plus étourdissant avec Kimi Antonelli : il n'est pas un surhomme comme Fangio, pas un professeur comme Prost, pas arrogant comme Schumacher, pas mystique comme Senna, pas tendance comme Hamilton, pas romantique comme Stewart, pas intransigeant comme Verstappen. Il est normal, sympathique et accessible, comme un jeune de son âge. Avec ses qualités et ses défauts. En course, il commet des fautes et se montre impatient. Mais il se rattrape toujours. « À 15 ans déjà, il rayonnait au milieu d’une équipe d’adultes. Il est très tactile, joueur, blagueur, jovial, curieux. Bien sûr, dans les moments difficiles, il peut se refermer. Mais naturellement, il donne une autre image que celle qu’ont pu renvoyer Max ou Michael. En revanche, quand il ferme la visière de son casque, je n’aimerais pas être son adversaire ! C’est un animal, il ne vous lâche pas. C’est le propre des grands fauves », souligne Stéphane Guérin qui échange au moins une fois par semaine avec son ancien élève.

« Si la jeunesse est un défaut, on s'en corrige très vite », prévenait Goethe. Que Kimi Antonelli prenne, pour une fois, tout son temps. Il a déjà médité la leçon. Il aurait pu être sacré à Austin. Mais au pays de la majorité à 21 ans, il n'était pas en âge de boire de l'alcool. Il n'aurait pas pu fêter son titre avec du champagne. Il a attendu Mexico et une prudente troisième place. Oui, Kimi Antonelli pense décidément à tout.

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