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Route du Rhum 2026 : Damien Seguin raconte son « parcours du combattant » pour participer aux grandes courses au large

Né sans main gauche, le double champion paralympique de voile a dû « batailler » dans les années 2000 pour convaincre les organisateurs des courses en solitaire de l’accepter. Damien Seguin entamera sa 5e Route du Rhum dimanche

«Il ne faut jamais remettre à deux mains ce que l’on peut faire avec une seule. » C’est avec cette formule que Damien Seguin s’est fait connaître du grand public en novembre 2020, en devenant le premier skippeur handisport au départ d’un Vendée Globe. Né sans main gauche en raison d’une agénésie congénitale, celui-ci est parvenu à boucler les deux dernières éditions de la plus prestigieuse course au large du monde (7e en 80 jours en 2021, puis 15e en 84 jours en 2025).

Le voilà sur le point de prendre part à sa 5e Route du Rhum, dimanche (13h02) au large de Saint-Malo, pour tenter de rejoindre la Guadeloupe à bord d’Arkéa-Handicap International. Le voilà cette fois inscrit dans la catégorie Vintage Multi, avec un trimaran bien connu sous le nom de Fujicolor II, avec à sa barre Loïck Peyron dans les années 1990. Douze ans après sa première collaboration avec Handicap International, Damien Seguin a accordé à 20 Minutes une interview vidéo, au siège de la célèbre ONG à Lyon, en pleine préparation de son nouveau défi.

Damien Seguin collabore avec l'ONG pour sa cinquième participation à la Route du Rhum, cette fois dans la catégorie Vintage Multi.
Damien Seguin collabore avec l'ONG pour sa cinquième participation à la Route du Rhum, cette fois dans la catégorie Vintage Multi. - J.Laugier / 20 Minutes

Il lance Des Pieds et des mains en 2005

Le skippeur de 47 ans, qui tient à « offrir de la visibilité » à Handicap International, n’oublie pas à quel point sa quête de courses au large a viré au « parcours du combattant » au milieu des années 2000. Triple médaillé paralympique (or en 2004 et 2016, argent en 2008) et porte-drapeau de l’équipe de France à Londres en 2012, le natif de Briançon s’est notamment vu refuser son inscription à la Solitaire du Figaro en 2005.

« Je regrette surtout la manière avec laquelle ça s’est passé : ce sont des personnes derrière un bureau qui ont décidé, sans jamais me rencontrer, que je n’étais pas capable de participer à une telle course avec une seule main », confie Damien Seguin. Un coup dur qui incite le double champion paralympique à créer dès 2005 l’association Des Pieds et des mains, avec pour objectif de « faire voler en éclats les préjugés sur le handicap par une pratique mixte de la voile ».

« Si je peux en plus être un "role model" »

« Ça a été une bataille pour moi, mon cas a alors même été débattu à l’Assemblée nationale », raconte le navigateur, qui obtient gain de cause et lance « une progression très linéaire », d’une Transat AG2R en double (avec Denis Lemaitre) en 2006 à une première Route du Rhum en solitaire en 2010. « Ayant grandi en Guadeloupe, je réalisais mon rêve de gosse en participant à cette course », savoure-t-il, avec à la clé une 10e place en 20 jours (en Class40).

« J’ai montré que c’était possible, et certains skippeurs plus jeunes, avec d’autres handicaps, se sont depuis lancés dans l’aventure, apprécie Damien Seguin. Aujourd’hui, je ne suis plus tout seul sur la ligne de départ des grandes courses. On montre que l’envie d’y arriver l’emporte sur nos petites différences. » C’est ainsi que ce pionnier des courses au large a par la suite vécu avec réussite deux tours du globe. « Je ne cherche pas à être admiré du monde de la voile, je cherche juste à faire mon sport du mieux possible avec les valides, insiste-t-il. Et si je peux en plus être un role model, inspirer les gens, tant mieux. »

Damien Seguin loue désormais « la mixité complète » qui accompagne les compétitions de voile, « une richesse extraordinaire ». Le tout « sans jamais vraiment (me) mettre de limites », comme sur cette Route du Rhum 2026 où il ambitionne « gagner dans sa catégorie ». Avec toujours la même passion : « On vit des émotions très fortes, on assiste à des couchers de soleil à 360 degrés sur un bateau. On sait que les terriens n’ont pas accès à ça, c’est notre jardin secret ». Et Damien Seguin a dû batailler pour pouvoir savourer cette vie-là.

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