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ENTRETIEN. « Dur au mal » et « fougueux » : Basile Bourgnon et Léonard Legrand, deux jeunes premiers sur trois coques à la Route du Rhum 2026

Interview parallèle de Basile Bourgnon, 24 ans, et Léonard Legrand, 32 printemps, grands espoirs de la course au large et qui visent déjà les toutes premières places de la Route du Rhum en Ocean Fifty

Basile Bourgnon et Léonard Legrand, deux pépites de la course au large, copains mais rivaux sur la Route du Rhum 2026.

À 32 ans, Léonard Legrand, né à Saint-Malo, est arrivé à la voile par ses études d’ingénieur et, comme Basile, sous l’aile protectrice de Thomas Coville, qui en a fait un navigant...

À 32 ans, Léonard Legrand, né à Saint-Malo, est arrivé à la voile par ses études d’ingénieur et, comme Basile, sous l’aile protectrice de Thomas Coville, qui en a fait un navigant pour le trophée Jules Verne (record autour du monde en équipage en Ultim, où Bourgnon était skipper remplaçant). Il est à la barre de Sodebo, mis à l’eau en 2009 mais bien mis à jour. Avant de s’affronter sur l’eau, les deux copains ont répondu ensemble à nos questions.

Quelle qualité prendriez-vous chez l’autre ?

Basile Bourgnon. Il est dur au mal ! C’est l’école Thomas Coville, il ne faut pas que ce soit trop facile ! Il a le mérite, avec son équipe, d’avoir remis son bateau de 2009 au goût du jour. Et il l’emmène fort, c’est un gros client.

Léonard Legrand. J’allais dire dur au mal aussi, mais je dirais la fougue. Il est rapide, très investi dans le réglage du bateau, à bloc tout le temps.

Que prendriez-vous du bateau de l’autre ?

L. L. Son cockpit ! (NDLR : celui de Sodebo ne permet pas de manœuvres à l’intérieur, Legrand est exposé aux éléments). J’aime beaucoup son ergonomie. C’est le bateau de Basile, il y a beaucoup réfléchi, il s’est projeté dedans avant de l’avoir physiquement. Ça se ressent, dans son aisance à bord, sa vitesse.

B. B. Sa légèreté. Il a amélioré son bateau sans prendre un gramme. Il passe partout, il est très fort dans les transitions de zones de vent fort à vent faible, une grande qualité car c’est ce qui nous attend.

« La compétition sera si intense, on sera tellement dedans, comme un sprint de deux trois jours »
Basile Bourgnon. « Il a performé toute l’année », salue Legrand.
Basile Bourgnon. « Il a performé toute l’année », salue Legrand.

Pourquoi le Rhum est-il une course mythique, pour vous, personnellement ?

B. B. Léo et moi avons deux histoires différentes. Moi, c’est plutôt le côté familial, l’histoire écrite par le nom des Bourgnon sur cette course, qui me donne envie de bien faire. Et les multicoques, qui rendent cette course extraordinaire. Ce sont eux, avant l’histoire, qui m’ont fait aimer le Rhum.

L. L. L’engouement du public. Sans lui, cela n’aurait pas la même saveur, le même sens. La ferveur des gens nous donne du courage. L’arrivée en Guadeloupe, c’est pareil. Je l’ai vécue en tant que technicien. Tu vois les skippers arriver cramés après dix jours de mer, on dirait que la fatigue s’évapore grâce à l’énergie transmise par le public : ça rend le truc un peu magique.

Qu’espérez-vous vivre, à part la victoire ?

B. B. La compétition sera si intense, on sera tellement dedans, comme un sprint de deux, trois jours, que j’espère avoir le temps de lever la tête, regarder autour. L’hiver dernier, sur la transat Café L’Or, en double, j’ai vu les plus beaux couchers de soleil en mer de ma vie…

L. L. On est dans un environnement chouette, libre, il ne faut pas l’oublier. L’an dernier, en revenant dans l’Atlantique à la fin du Trophée Jules Verne, j’ai eu le sentiment d’entrer dans un jardin, un endroit rassurant. Une route qu’on connaît bien… On regarde souvent notre vitesse, celle des autres, on est sur les réglages, c’est bon de prendre le temps d’apprécier, se boire un café sur une machine bien réglée. Et puis il faut montrer : les gens ne nous suivent pas pour le classement, les chiffres, mais pour qu’on leur raconte le ciel, la mer (Basile acquiesce).

Léonard Legrand. « Il est féroce ! » dit Bourgnon.
Léonard Legrand. « Il est féroce ! » dit Bourgnon.

À part vous-même, quel est votre Top 2 des favoris en Fifty ?

B. B. Léo en fait partie, évidemment, malgré le peu de temps qu’il a passé en solitaire. Il faut vite que je gagne des courses avant qu’il se soit trop entraîné parce qu’il est féroce ! Et Baptiste Hulin (Viabilis), qui reste un jeune et a déjà montré ses grandes qualités (vainqueur de la Café L’Or 2025). Il a un bateau très rassurant, qu’il peut pousser à l’extrême. Je dois m’arrêter à deux ? C’est frustrant…

L. L. Basile, évidemment, qui a performé toute l’année. Et Pierre Quiroga. Il ne va pas avoir peur de passer n’importe où, au plus court, son bateau le lui permet. Il n’y aura pas de demi-mesure avec lui. Mais on est dix bateaux, tous compétitifs, c’est l’intérêt de notre classe.

Où aimeriez-vous être dans dix ans ?

B. B. J’espère qu’on aura fait des transatlantiques à deux avec Léo. On a des profils qui s’entendent bien en mer. J’aimerais bien être en Ultim aussi, pour faire le tour du monde, ce que les Fifty ne peuvent pas faire.

L. L. C’est une très bonne idée ça, une transat en double ! L’Ultim, j’espère y retourner oui, dans pas trop longtemps.

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