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C’est souvent par là qu’entre le virus du football, et les supporters des Girondins ne dérogent pas. Ils ont souvent été initiés en famille. David, habitant des Landes, se souvient d’un Bordeaux qui écrase Metz en 1998 : 6 - 0 dont un triplé de Lilian Laslandes. L’attaquant venait de perdre son grand-père. « Il finit par un tour d’honneur en lançant son maillot dans la tribune de face. Je le récupère. Presque trente ans après, je l’ai toujours et j’ai...
C’est souvent par là qu’entre le virus du football, et les supporters des Girondins ne dérogent pas. Ils ont souvent été initiés en famille. David, habitant des Landes, se souvient d’un Bordeaux qui écrase Metz en 1998 : 6 - 0 dont un triplé de Lilian Laslandes. L’attaquant venait de perdre son grand-père. « Il finit par un tour d’honneur en lançant son maillot dans la tribune de face. Je le récupère. Presque trente ans après, je l’ai toujours et j’ai transmis cette histoire à mon fils de dix ans. Lui aussi est devenu un fidèle supporter. »
Xavier, de Baurech, ouvre aussi la boîte à souvenirs. Il revoit encore son père « en costume cravate, debout sur son siège, hurlant sa joie en demi-finale de coupe de l’UEFA en 1996 contre Prague : ‘‘On est en finale !’’. Et puis il y a eu mon fils, à 8 ans, découvrant Lescure, les yeux brillants devant ses premiers matchs, comme une transmission sacrée. »
« J’avais six ans lors de mon premier match avec mon père, un Bordeaux-PSG. J’avais pleuré à cause du bruit des buts, mais ce jour-là est né un amour qui ne m’a jamais quitté, confie Matthieu, 45 ans. Les odeurs de merguez, les trajets où l’on refaisait le match, les soirées radio avec mon grand-père sur Wit FM et le célèbre : ‘‘Les Marine et Blanc vont attaquer de la gauche vers la droite de votre transistor’’». Florence, 47 ans, a fait ses premiers pas au stade grâce à son père, oncle et grand-père. « Ils m’ont transmis la passion. Maintenant, c’est moi qui la transmets à mes neveux. »
Pour son tout premier match à Lescure, Patrick Pasquier a vu une affiche de rêve, Bordeaux - Santos, où le roi Pelé se frottait à notre Alain Giresse. C’était en 1973, il avait onze ans. C’est son père Jean, grand supporter et abonné des « Gigis » dès les années 1950, qui l’a amené dans les travées. « Être Bordelais c’est être Girondin à jamais et ces souvenirs que je garde, livre-t-il. C’est cette communion familiale avec mon père qui nous disait dans les années 1980 regardez bien cette équipe vous n’en reverrez pas de sitôt. Ce papa qui avait connu le stade à ses débuts et fêté son centenaire en 2024. Il nous a quittés en juillet à 98 ans le lendemain de la rétrogradation des Girondins. Tout un symbole… »
Le quart de finale renversant contre le Milan AC (les Girondins avaient perdu 2 - 0 à l’aller et se qualifient 3 - 0 au Parc Lescure) occupe beaucoup de place dans les témoignages. « On habitait Angoulême et on n’avait pas Canal+ à la maison, raconte Guillaume, 46 ans, qui réside à Anglet. De toute façon, le lendemain il y avait école, donc au lit tôt. Avec mon frangin on se planquait sous notre couette pour écouter Eugène Saccomano sur nos réveils-radio. Bien sûr, on n’a pas pu se retenir sur le troisième but. On a crié comme si on était à Lescure, si bien que notre père nous a entendus, est monté et a confisqué nos Walkman. »
« Il a fallu attendre le lendemain à l’école, que nos copains nous disent s’ils étaient qualifiés ou pas. Après coup, notre père s’en est voulu. L’année suivante on avait Canal, et pour la finale on est allé chez un copain de classe. Et pour nos anniversaires, l’année suivante, il nous a emmenés à Lescure. »
Dans la catégorie de ceux qui ont vécu au plus près des Girondins, il y a les habitants du Haillan. Dans les années 1980, Catherine était voisine du Château, le centre d’entraînement et de formation des Girondins (ce dernier a fermé en 2024). Elle le connaissait plutôt bien, pour y aller régulièrement chercher Flip, le setter irlandais de la famille. « Sur place, son jeu favori c’était le plongeon dans la piscine (alors extérieure) du club. Parfois pour se débarrasser des dernières traces de boue qu’il ramenait de la mare d’en face. Quand on constatait son absence à la maison, plutôt que de subir un énième coup de fil du concierge, on filait au Château, qui était alors ouvert au public. Un jour, en allant le chercher, je l’ai aperçu dans la piscine au milieu d’une assemblée très chic en petite tenue… la honte. J’ai fait demi-tour, préférant feindre ne pas le connaître. » Flip a toutefois fini par rentrer à la maison.
Le château du Haillan était également proche du collège Émile-Zola. Pierre, 38 ans, y était scolarisé en 1999. « Un jour, j’ai vu tous mes camarades courir en direction des grilles, proche de l’entrée du collège. C’était l’attaquant Pascal Feindouno, en voiture, qui passait saluer ses potes du centre de formation, dont certains étaient au collège ! » Le joueur avait marqué ce fameux but contre le PSG, sur le finish de la dernière journée, qui offrit le titre 1999 aux Girondins. « Les grilles du collège ont été un peu secouées ».
« À 12 ans, quelques mois après le décès de ma mère, mon père s’est mis en quatre pour pouvoir obtenir des places pour le mythique Bordeaux-Milan, se souvient Paul, Pessacais de 43 ans. Après des heures d’attente place Johnson, il put enfin obtenir le précieux sésame, deux places en tribune présidentielle. Ce match et toute cette épopée européenne m’ont mis du baume au cœur, les Girondins étaient devenus pour moi un remède à la mélancolie. Sur les photos publiées récemment par le club pour célébrer les 30 ans, je me suis reconnu sur l’une d’elles, le seul petit garçon avec une écharpe autour du cou. Les larmes ont coulé ce jour-là ! »
Il occupe une place très importante dans la mémoire des supporters : l’ancien Parc-Lescure (désormais stade Chaban-Delmas) a laissé des souvenirs indélébiles. Comme pour Laurent, 55 ans, qui se rappelle l’ancien grillage en pesage, où se mettaient les supporters, debout. « Nous nous suspendions avec une balançoire fabriquée maison. » Le pesage a été banni après le drame du Heysel, qui avait causé la mort de 39 personnes en 1985.
La passion n’a pas de frontières, et les supporters se recrutent souvent hors de Gironde. Didier, 53 ans, se souvient avoir envoyé une lettre aux Girondins depuis Tahiti, avant leur quart de finale de 1996. « Quinze jours après, je reçois dans ma boîte aux lettres, à l’autre bout du monde, un fanion du club et un mot manuscrit de Patrick Battiston… Incroyable d’y repenser, les larmes me viennent aux yeux. »