flag
back Retour
ENTRETIEN. Route du Rhum 2026 : « Avec Gitana, on est toujours là pour gagner » annonce Charles Caudrelier, pour la grande première de son Ultim révolutionnaire

Charles Caudrelier, tenant du titre, lance son récent et audacieux Gitana 18 sur sa première course, en solitaire. Un défi immense, comme le travail encore à accomplir, qui n’exclut pas, déjà, l’ambition

Charles Caudrelier : avec Gitana 18, un défi immense pour la première course d’un bateau révolutionnaire.

Mais alors qu’il était zen en 2022, le skipper a le visage d’un homme qui règle 1 000 derniers détails, ce qui ne l’a pas empêché de répondre à une interview sur le thème des premières.

La première navigation de Gitana 18. « Je m’en rappelle très bien. C’était un peu spécial, nous n’avions pas les foils, et ces bateaux-là sans foils… Ensuite, tout le monde était super content d’avoir réussi à le faire voler, il y a eu un moment de plaisir mais assez vite, je n’ai pas été content de moi. J’étais impatient, il ne volait pas comme je voulais, pas aussi vite que je voulais. Je devais être le seul à ne pas être sur un nuage le soir. »

Premier émerveillement : « 46 nœuds de moyenne sur une heure, c’était dingue, magique. »

Premier émerveillement. « C’est récent, après des modifications importantes en septembre. On a fait un bord, on était à 46 nœuds de moyenne, le bateau volait parfaitement, tout ce qu’on avait imaginé se concrétisait sur ce vol-là. On allait vite et en même temps le bateau était super, facile, sécurisant, alors qu’avec Gitana 17, on était vraiment à la limite de perdre le contrôle à cette vitesse.

Là, on était sous pilote, tranquille. C’était étonnant parce qu’on n’avait pas cette sensation de vitesse qu’on avait sur l’autre. On a fait 46 nœuds de moyenne sur une heure, c’était dingue, c’était magique. »

Première chose à surveiller comme le lait sur le feu. « Il y en a beaucoup ! Mais en termes de fiabilité, c’est l’hydraulique, l’électronique. Sans électronique, je ne peux quasiment plus diriger le bateau. J’ai une solution de secours mais je ne peux plus faire la course. C’est le point clé de ce bateau, comme pour beaucoup d’avions, les bateaux de commerce aujourd’hui : tu n’as pas le droit que l’électronique tombe en panne. Côté navigation, ce qu’on surveille, c’est toujours de ne pas se mettre à l’envers ! Anticiper un grain, le vent qui monte. »

Première minute où vous avez dit banco pour ces foils. « Il y a eu beaucoup de tests, d’études, mais je me souviens de la décision de faire les foils basculants. On ne savait pas trop comment les adapter à notre plateforme. Au début on a dit ‘’c’est trop compliqué, on ne le fera pas’’. Et puis un jour on a décidé : ‘’allez on a peur de rien, on y va ! On va trouver des solutions !’’ C’est la méthode Guillaume Verdier, l’architecte, on trouve toujours… Mais ça, cela a été long, compliqué. »

Première minute pour le choix des safrans. « Cela a été assez évident sur le plan des structures. On voulait voler très haut, le nez bas, ce qui oblige à avoir des safrans profonds. Le problème, c’est que les safrans classiques se tordent s’ils sont longs, donc on a eu l’idée de cette forme-là. Il y a des avantages, quelques inconvénients, avec plus de traînée quand on ne vole pas. Ce sont des décisions difficiles à prendre, mais c’est ça construire un bateau. On peut se tromper, si c’est le cas on corrige, comme en Formule 1. »

Premiers objectifs sur cette course. « Finir, progresser un maximum. Le bateau n’est pas encore à maturité, je suis là pour le découvrir, apprendre, le faire progresser. S’il y avait une victoire au bout ce serait magique, mais on s’inscrit aussi sur le long terme. Gitana 18 est là pour trois éditions de la Route du Rhum, deux voire trois tours du monde, on vise le trophée Jules Verne (record autour du monde en équipage). On n’est pas dans la situation d’il y a quatre ans, Gitana 17 était abouti, moi j’étais surentraîné, ne pas gagner aurait été un échec. »

La première place, vraiment jouable ? « Avec le Gitana Team, on est toujours là pour gagner. Notre bateau a de grosses marges de progression, on a manqué de temps pour améliorer des choses, en corriger, on aurait aimé être à l’eau six mois plus tôt. Et tout prend plus de temps qu’avec les anciens bateaux. Si on avait voulu gagner cette Route du Rhum, on aurait simplement fait une version améliorée de Gitana 17 mais on a voulu aller plus loin.

On aime quand il y a plutôt du vent, mais la météo ne me déplaît pas, au vent arrière c’est un bateau très stable, il va être facile. En solo il est encore un peu dur à manœuvrer je trouve, mais en ligne droite il est rapide. Dès qu’on vole, on a un très bon pilote qui barre plus vite que les hommes au portant, c’est bon signe. »

Un premier, à part vous ? « Les deux grands favoris sont Banque Populaire et SVR-Lazartigue. SVR a tout gagné, Tom est super fort, il va pousser à fond. Armel (Le Cléac’h) est redoutable, son bateau a énormément progressé. Maintenant, Actual, mon ancien bateau, a une météo qui est absolument idéale pour lui, tout entière sur ses points forts pour le départ et au moins jusqu’à la mi-parcours, au portant.

« En ligne droite, Gitana 18 est rapide, dès qu’on vole. »
« En ligne droite, Gitana 18 est rapide, dès qu’on vole. »

C’est un excellent bateau de solitaire, facile à manœuvrer. On l’a vu sur la dernière Route du Rhum, pour monter et descendre de foil, je mettais une minute ou deux là où les autres mettaient 20 minutes. Rien que sur les deux virements de bord du départ en 2022, j’avais gagné 10 milles sur mes concurrents. Bon, ils ont progressé depuis. Si je dois donner un vainqueur, j’hésite entre Tom et Armel.

Gitana 18, un bolide audacieux.
Gitana 18, un bolide audacieux.

Première course, et en solo, est-ce un risque ? « Par rapport à 2018 [casse de Banque Populaire et Gitana 17 pour leurs débuts, NDLR], on a beaucoup appris et progressé, corrigé des calculs sur les structures. Les Ultim font le tour du monde, ils prouvent leur fiabilité. Je ne pense pas que cela peut se reproduire, même si je peux me tromper. »

Vous aimerez peut-être

Route du Rhum : 32 mètres de long, près de 100 km/h… dans les coulisses d’un géant des mers

PARIS MATCH il y a 9 heures

40 ans après la mort tragique de son papa sur la Route du Rhum, Tanguy Caradec veut finir sa course

Actu il y a 8 heures

Violette Dorange va prendre le départ de sa première Route du Rhum : la Rochefortaise va concouri...

Actu il y a 7 heures

Route du Rhum : Robin Marais, le pari fou à petit budget !

sport.fr il y a 5 heures

Route du Rhum : un cockpit d’avion pour Sébastien Simon

Europe 1 il y a 4 heures