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Exclu/Voile – Beyou : « Je fais légitimement partie des favoris »

Jérémie Beyou, vainqueur de la Transat Café L’Or en double l’an passé, s’élancera dimanche sur la Route du Rhum, où il rêve de triompher pour la première fois, pour ce qui sera sa dernière course sous les couleurs de Charal, son partenaire depuis dix saisons. Avant de se lancer en Ultime ?

Jérémie Beyou, comment s’est déroulée la préparation de la Route du Rhum à la barre de Charal ?
J’ai terminé 3e du Défi 48 Heures Azimut en septembre (sa seule course de préparation, ndlr). Pour moi c'était la régate de reprise, j'étais vraiment là pour essayer de retrouver mes marques et enchaîner un parcours de 48 heures en solo, ce que je n'avais pas fait depuis le Vendée Globe. C’était intéressant de voir que même si les 2-3 premières heures, j'ai peiné à trouver mes marques, au final je suis arrivé à naviguer aux avant-postes et à finir sur le podium.

Vous avez fait un énorme chantier cet hiver en découpant entièrement votre coque, quel était l’objectif ?
C’était un chantier assez faramineux. On n'a pas eu la possibilité, cette fois-ci, d'avoir un bateau neuf pour la prochaine séquence et notamment pour la Route du Rhum. Donc on a cherché comment on pouvait faire progresser le bateau pour gagner en performance. Et c'est la méthode sur laquelle on est tombé d'accord avec mon partenaire. Aujourd'hui, on voit du gain en performance, en attitude du bateau.

Vous avez senti une différence sur le Défi Azimut ?
Oui, ça s’est vu directement quand on a mis le bateau à l'eau. Le bateau, je le connais par cœur. Je pense que j'ai passé autant de temps sur Charal que chez moi lors des trois dernières années donc le ressenti est assez immédiat dès qu'on le modifie. Et le ressenti était vraiment bon dès les premières navigations. Que ce soit sur l'Azimut ou les entraînements qu'on a pu faire, les chiffres sont aussi plutôt prometteurs. Mais la concurrence, elle aussi, a progressé. On voit notamment Macif qui a encore fait un step en avant et qui reste un bateau assez facile, puisque même si le bateau change de skipper, les résultats restent du très haut niveau. Donc je sais que je ne suis pas tout seul et que pour sortir un résultat sur le Rhum, il va falloir s’arracher.

Beyou : "Faire du solitaire, c'est devenu une seconde nature"

Vous vous placez parmi les favoris pour cette Route du Rhum en tant que vainqueur de la Transat Café L’Or (en double) l'année dernière ?
Oui c'est sur cette dynamique-là que je m'appuie et je pense que je fais légitimement partie des favoris en ayant gagné la précédente Transat. Il faut s'appuyer sur les résultats récents, sur les courses d'avant-saison, mais un Défi Azimut de 48 heures, ce n'est pas du tout une Transat, que ce soit en termes d'angle et de force de vent et en termes de durée.

Contrairement à l’an passé, vous ne naviguerez pas en double mais en solitaire…
Oui, mais je pense que la navigation en double a tendance plutôt à niveler les équipages puisque chacun vient chercher dans le binôme qu'il choisit un peu des qualités qu'il n'a pas lui-même. En solitaire, c'est quand même plus le marin qui fait plus la différence. Donc il faut faire attention aux éléments de comparaison et ne pas se dire « mince, cette fois-ci je vais être tout seul et ça va être plus difficile ». Je crois, de par mon expérience, que je sais faire du solitaire, c'est devenu une seconde nature, donc ma confiance vient plus de ce que je suis capable de faire, que du côté du bateau.

Est-ce que, physiquement, c'est deux fois plus dur d'être en solitaire qu’en double ?
Oui, c'est plus dur car les manœuvres prennent trois fois plus de temps en solo qu’en double. En revanche, en termes de gestion du sommeil, je trouve ça plus facile parce que souvent, en double, le coup de mou, les deux l'ont en même temps. En solitaire, j'ai mes habitudes, je me connais par cœur, je sais anticiper et je n'ai qu'à gérer mon bateau et moi-même.

Beyou : "Monter sur le podium en Imoca, ce n'est pas rien"

Vous êtes déjà monté deux fois sur le podium de la Route du Rhum, c'est une course que vous connaissez parfaitement…
La catégorie Imoca est toujours très concurrentielle, donc monter sur le podium, ce n'est pas rien. Jusqu'à présent, je me suis heurté à François Gabart en 2014 et à Thomas Ruyant et Charlie Dalin, avec lesquels on a fait une super bagarre, en 2022. J'en profite pour dire ma tristesse, car le décès de Charlie nous a tous bouleversés, mais aussi la déception et l'incompréhension de ne pas voir Thomas au départ de cette Route du Rhum. C'est quand même le tenant du titre. Il est à la tête d'une équipe pleine de compétences, il a un bateau neuf qui a été mis à l'eau cet été, et il ne trouve pas de partenaire, donc c'est quand même étonnant. Pour l'instant je reste sur une deuxième et une troisième place, mais je sais que je sais gagner. J'ai gagné des courses en solitaire donc il n'y a pas de blocage psychologique, mais il faut que je sois un peu meilleur.

Cette Route du Rhum sera votre dernière course sous les couleurs de Charal après dix saisons. Pourquoi cette collaboration se termine-t-elle ?
La fin de contrat était prévue à la fin de l'année et on avait des discussions pour une prolongation, pas forcément sur le volet sportif mais sur le volet technique, sur la continuité de l'hébergement du bateau par mon équipe Beyou Racing. Et Charal nous a informés cet été qu'ils choisissaient une autre option. J'ai pris acte et la fin de l’histoire se fera donc à l'arrivée de la Route du Rhum.

Le bateau appartient à Charal, c’est bien ça ?
Oui, le bateau leur appartient donc il partira avec un nouveau skipper et une nouvelle équipe. Mais ça ne me regarde plus.

Vous n'avez pas de regrets d'avoir entrepris un immense chantier cet hiver qui va profiter à un autre skipper l'année prochaine ?
On pourrait imaginer ça mais je ne le vis pas comme ça. Je me focalise sur le fait que ça va me profiter sur la Route du Rhum. Je ne suis pas en train de penser aux années suivantes. J'essaie d'évacuer ça de mon esprit. Je me concentre sur ce que j'ai à faire, et ce que fera le bateau après et avec qui, en fait ça ne m'intéresse pas.

Beyou : Ça me plairait bien de refaire une Solitaire du Figaro"

Que souhaitez-vous faire à partir de 2027 ?
Ce qui m'intéresse sportivement, c'est de regarder tous azimuts, du Figaro, de l’Ultime, de l'équipage, du solo, du double... J'ai eu l'occasion de faire du multicoque les années passées, d'avoir fait quelques navigations en Ultime. Ça me plairait bien de retourner faire du Figaro, de refaire une Solitaire à l'instar de ce qu'a fait Nicolas Lunven cette année (vainqueur pour la troisième fois, après avoir fini 6e du dernier Vendée Globe, ndlr). C'est quand même assez inspirant. J'ai fait toute l'avant-saison en Figaro, ça m'a bien remis le pied à l'étrier et j'ai vu que j'étais toujours largement compétitif. Quant à l’Ultime, il y a un bateau qui sera disponible assez rapidement, Banque Populaire (skippé par Armel Le Cléac’h, ndlr), puisqu'ils construisent un nouveau bateau. C'est assez rarement arrivé ou jamais arrivé dans la classe Ultime d'avoir sur le marché un bateau compétitif et prêt immédiatement. C'est sûr que ça va constituer une opportunité pour le skipper ou l'équipe qui va récupérer ce bateau-là. J'espère que ça pourra être moi et qu'on pourra faire un projet ambitieux. Je suis dans le travail, la gagne, le sport, et je sais que même si le climat économique n'est pas simple, il reste des entreprises qui sont conquérantes, qui n'ont pas peur d'afficher leurs ambitions et qui aiment le sport. Il y a une belle opportunité de partir sur ce projet-là.

Avez-vous entamé des démarches de recherche de sponsors ?
Non, pour l'instant on s’est uniquement structurés. On a fait l’annonce de la fin de collaboration pour que les gens sachent. Il se dit beaucoup de choses et je tenais à mettre l’église au milieu du village, dire ce que je souhaitais faire. On est focalisé sur la Route du Rhum donc on ne peut pas tout faire. On espère un bon résultat sur lequel s'appuyer pour être encore plus compétitif sur le marché de la recherche des partenaires.

Comment voyez-vous la suite ?
Dans un monde parfait, le bateau Banque Populaire serait disponible à l'arrivée de l'Arkea Challenge (le tour du monde en solitaire en Ultime, ndlr), prévue début 2028. Une de mes options serait à ce moment-là de me porter acquéreur de ce bateau et de proposer à Armel Le Cléac’h de faire la Café L’Or ensemble de manière à faire une transition efficace. J’ai bien l'intention, quoi qu'il arrive, de défendre mon titre sur la Café L’Or l'année prochaine. Ça ne sera pas sur Charal, ça sera sur un autre Imoca, si ça ne se fait pas en Ultime.

Vous avez 50 ans, vous voyez naviguer jusqu'à quand en compétition ?
Je ne me pose pas trop la question. Physiquement, je n'ai aucun souci. Et puis après, ce qui est important dans le sport, c'est la motivation. Aujourd'hui, je ne me projette pas vraiment dans autre chose que d'essayer d'aller vite sur l'eau. Ça arrivera un jour, mais en tout cas, aujourd'hui, ça n'a pas sonné. Tout va bien.

Crédit photo : Yann Riou - polaRYSE

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