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Connaissez-vous le point commun entre Zinédine Zidane, Tessa Worley, Michel Platini, Clarisse Agbégnénou ou encore Yannick Noah ? Au-delà d’être des champions dans leurs disciplines sportives respectives, ils sont tous passés par le bataillon de Joinville (BJ). Cette unité militaire d’exception qui, comme son nom ne l’indique pas, est basée à Fontainebleau (Seine-et-Marne) depuis 1967, implantée au camp Guynemer, au sein de l’Académie militaire des sports de la Défense (AMSD).
Mardi 13 octobre 2026, près de 200 champions d’hier, passés par le bataillon de Joinville et sportifs d’aujourd’hui qui brillent sur la scène nationale et internationale, étaient réunis pour célébrer les 70 ans du BJ. Créée à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) en 1956, l’unité permettait à l’origine aux jeunes sportifs de poursuivre leur carrière, tout en accomplissant leur service militaire.
« C’est l’histoire singulière de la rencontre entre les Armées et le sport de haut niveau, entre le service de la Nation et la quête de l’excellence », résume le général Cyrille Becker, qui commande l’AMSD. Deux mondes aux valeurs communes qui, au sein de cette unité, feront naître une véritable pépinière de talents. À la fin du service militaire, en 2002, le bataillon est mis en sommeil, mais son bilan parle pour lui.
Près de 20 500 athlètes passés par le BJ, 45 médailles olympiques, 312 titres mondiaux et près d’un millier de titres nationaux et internationaux. Parmi les figures passées par le camp Guynemer, un certain Michel Platini, qui est revenu au BJ, 51 ans après son passage à Fontainebleau, en 1975.
« J’ai gardé d’excellents souvenirs d’Avon et de Fontainebleau : le bataillon de Joinville, ça marque un homme à vie », confie-t-il. Son passage a même créé une légende au camp Guynemer : le « mur Platini » où Platoche aurait peaufiné sa manière de tirer les coups francs. Interrogé sur son fameux mur, il reste d’abord mystérieux en souriant : « Mythe ou réalité ?….» avant de corriger : « non, j’ai découvert ça dans la presse, je n’ai pas tiré mes coups francs ici… »
Mais finalement, qu’importe pour le général Becker : « Il faut laisser vivre la légende et ce qui est sûr, c’est que de nombreux footballeurs l’ont utilisé, nuance-t-il. C’est d’ailleurs pour ça qu’il n’a jamais été détruit. Il restera pour toujours le ‘mur Platini’, au nom de celui qui jouait en D2 à son arrivée au BJ et qui sera sélectionné en équipe de France en quittant Fontainebleau ».
Eric Carrière non plus n’a pas usé le ‘mur Platini’… «Je n’étais pas un tireur de coups franc, plaisante l’ancien international français qui a évolué à Nantes, Lyon ou encore Lens. Le bataillon de Joinville a été une expérience très enrichissante : je n’oublierai jamais les championnats du monde militaires en Iran… On finit 3e et ça restera gravé dans ma mémoire. Ça fait drôle de revenir ici : c’était Roger Lemerre qui était le responsable à l’époque. »
D’ailleurs, gare à celui qui foulait le terrain sans lui avoir demandé l’autorisation. Le stade d’honneur porte désormais le nom de l’ancien sélectionneur, passé par le BJ comme joueur, puis entraîneur national. Mais il n’y a pas que le football qui compte au BJ : des dizaines de fédérations y ont envoyé leurs athlètes.
L’escrimeur Jean-Michel Oprendek, qui sera ensuite entraîneur, y a passé 9 ans dans l’encadrement : « Je n’oublierai jamais la complicité, la cohésion et la bonne humeur, souffle-t-il. Le bataillon de Joinville a toujours été un tremplin pour les futurs champions ! » Le mur des champions où ont signé les athlètes passés par le BJ en est la preuve.
« Cet anniversaire est l’occasion de faire se rencontrer les anciens athlètes et ceux de la nouvelle génération, explique le capitaine Édouard Billé, commandant du bataillon de Joinville. Yannick Noah, Jackson Richardson, Henri Leconte… ils ont marqué le sport français et le BJ continue sa mission : former les champions de demain. » Alain Prost, Guy Forget, Stéphane Diagana : la liste des célébrités du bataillon est longue.
« Le bataillon de Joinville, ça endurcit un bonhomme, confirme Daniel Biget, 99 ans, doyen du BJ. C’est la sublimation par le sport. » Tous les membres, passés ou actuels du BJ sont unanimes. « Ici, toutes les conditions sont réunies pour progresser et réussir, confie le sergent Luka Mkheidze, champion de judo triple médaillé olympique, à Tokyo (2020) et Paris (2024). Entraide, respect, effort : je me suis facilement retrouvé dans les valeurs militaires. »
Pour le second maître Hugo Boucheron, son passage à Fontainebleau lui a permis de réaliser son rêve olympique. « C’est une chance unique pour une carrière, tonne le champion olympique d’aviron en deux de couple à Tokyo, en 2020. On côtoie des champions et ça fait prendre en maturité, en expérience. J’ai découvert ici le monde militaire, mais toujours avec beaucoup de bienveillance ».
Même pendant la mise en sommeil, du bataillon de Joinville, l’Armée a continué de soutenir des champions. Il sera réactivé en 2015 et est désormais accompagné de la mention « Armée des champions » vu le palmarès de ceux qui sont passés ou qui passent toujours dans ses rangs.
« L’Armée et le sport partagent bien des points communs, comme le dépassement de soi, le goût de l’effort où la fierté du drapeau et de la Nation, conclut le général Cyrille Becker. Ces sportifs sont des exemples pour la jeunesse en continuant de transmettre ces valeurs grâce au sport de haut niveau. »
Le bataillon de Joinville est une des trois composantes essentielles de l‘École interarmées des sports (EIS) qui regroupe également dans la cité impériale le bataillon d’Antibes – pour la formation des moniteurs de sport militaire – et le récent bataillon de Fontainebleau, qui s’occupe de la reconstruction des blessés par le sport.