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Un club traumatisé, un discours qui ne passait plus : les raisons de l’échec de Laurent Peyrelade à Bastia

L’aventure n’aura duré que dix journées. Arrivé en juin pour reconstruire un club relégué de Ligue 2, Laurent Peyrelade quitte Bastia avec 3 victoires, 3 nuls et 4 défaites, une 13e place de Ligue 3 et toujours aucune victoire à domicile. L’élimination contre le voisin de l’AS Furiani-Agliani (0-1), samedi 24 octobre, a précipité la fin d’une collaboration mal engagée. Mais derrière le limogeage du technicien de 56 ans se cachent des maux plus profonds, que Pierre-Philippe Lecœur, journaliste à Corse-Matin, a détaillés pour Foot National.

Un pari dès l’été

Sur le papier, le choix avait du sens. Pendant huit ans à Rodez, Laurent Peyrelade avait mené le club aveyronnais du National 2 jusqu’à la Ligue 2. "Son profil correspondait plutôt bien à celui du Sporting Club de Bastia. C’était un homme de terroir", rappelle Pierre-Philippe Lecœur. Ses passages plus courts à Versailles (2023) puis à Grenoble (2024) avaient toutefois semé le doute. "C’était donc un choix un peu étonnant. Il avait un profil intéressant, mais cela faisait quelques années qu’il n’entraînait plus à ce niveau", confie-t-il à Foot National.

Très vite, les limites de l’effectif sont apparues. Profondément reconstruit et rajeuni, le groupe manquait de cadres et d’un secteur entier : "Il n’y avait notamment pas d’attaquants." Au fil des semaines, le message de l’entraîneur a aussi perdu de sa force. "On avait vraiment le sentiment que, plus le temps passait, moins son discours était audible auprès des joueurs", observe le journaliste. Pour lui, l’erreur principale se situe pourtant ailleurs : "Son principal défaut a été de ne jamais vraiment prendre conscience de l’endroit où il avait mis les pieds. Il n’arrivait pas à Rodez, mais à Bastia." Le passage d’une défense à cinq à un 4-3-3, tenté seulement lors des trois derniers matchs, est venu trop tard à ses yeux.

Une saison qui ressemble à la précédente

Le contexte n’a rien arrangé. "C’est difficile d’arriver dans un club aussi traumatisé par une relégation", souligne Pierre-Philippe Lecœur. Sur le terrain, les défauts de la saison passée sont restés les mêmes. "Rien n’a changé. On retrouve toujours des buts encaissés sur coups de pied arrêtés, des occasions énormes ratées et une équipe qui panique complètement dès qu’elle encaisse un but", regrette-t-il.

À domicile, Bastia a encaissé deux buts contre Le Puy, puis trois contre Versailles et trois contre Amiens lors de ses premières réceptions. La défense s’est ensuite resserrée, mais les victoires à l’extérieur, à Aubagne, Caen et Bourg-en-Bresse-Péronnas, sont à relativiser selon le journaliste, face à des adversaires en difficulté. "Le plus gros problème du Sporting, c’est sa difficulté à faire le jeu", résume-t-il.

Furiani-Agliani, le coup de grâce

Le 6e tour de la Coupe de France a servi de révélateur. "Oui, cela a scellé son sort", tranche Pierre-Philippe Lecœur. Et le scénario n’aurait pas pu être plus cruel pour le Sporting. Samedi 24 octobre, à Armand-Cesari, Bastia (L3) s’est incliné face à son voisin de l’AS Furiani-Agliani (N1), sur un but de Christophe Vincent. Formé au club, ancien capitaine et encore titulaire la saison dernière, l’homme aux 242 matchs sous le maillot bleu n’avait pas été conservé à l’intersaison. Quatre mois plus tard, c’est lui qui a éliminé son ancienne équipe, dans son ancien stade.

L’ironie du sort ne s’arrête pas là. Dans les buts de Furiani-Agliani se trouvait Julien Fabri, gardien remplaçant au Sporting la saison passée et devenu titulaire chez le voisin, comme le rappelle le journaliste. "C’était presque écrit, glisse Pierre-Philippe Lecœur à Foot National. Ces joueurs étaient forcément très motivés à l’idée d’affronter leur ancien club." Sans pointer la responsabilité des dirigeants, il y voit un symbole fort : deux joueurs dont Bastia s’était séparé ont précipité sa chute.

Le symbole dépasse même le terrain. En tête de son championnat, Furiani-Agliani s’est construit une identité forte avec des joueurs insulaires et revanchards, dont beaucoup sont passés par le Sporting. "Cette équipe est presque devenue le miroir du Sporting. En ce moment, les gens s’identifient davantage à Furiani qu’à Bastia", constate-t-il. Sans intensité ni envie, les Bastiais n’ont pas livré le match attendu. "Cela montrait bien que le groupe avait probablement lâché son entraîneur", estime Pierre-Philippe Lecœur.

Moretti pour l’électrochoc

En attendant un successeur, l’adjoint Michel Moretti assure l’intérim, pour la troisième fois. La solution ne peut être que provisoire : sans BEPF, le diplôme obligatoire pour entraîner à ce niveau, le club s’exposerait à une amende de 7 500 euros par match, soit 180 000 euros sur les 24 journées restantes. Une somme hors de portée pour un Sporting qui "fait des économies partout." Les dirigeants devraient donc chercher un nouvel entraîneur dans le mois à venir.

D’ici là, Michel Moretti devra redonner de l’élan à un groupe en perte de repères. "Il est habitué aux missions commando", rappelle Pierre-Philippe Lecœur, qui le décrit comme un homme de terrain capable de remettre de la grinta dans le vestiaire. Mais le chantier dépasse largement le sportif : "Le départ de Laurent Peyrelade ne va pas faire disparaître toutes les carences du groupe d’un coup de baguette magique." Premier test dès samedi 31 octobre, avec la réception de Quevilly-Rouen à Armand-Cesari, où la première victoire de la saison se fait toujours attendre.

Pour résumer

Ce lundi 26 octobre, le SC Bastia (L3) a démis Laurent Peyrelade de ses fonctions, deux jours après son élimination en Coupe de France face à l’AS Furiani-Agliani (N1). Effectif incomplet, discours qui ne passait plus, club encore marqué par la relégation : retour sur les raisons d’un échec.

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