flag
back Retour
« La Coupe d’Europe, c’est de la merde… » : avant Pau – Leicester, Pierre Triep-Capdeville débriefe sa sortie légendaire contre les instances et les Anglais

Avant les retrouvailles entre la Section Paloise et Leicester, dimanche au Hameau, l’iconique pilier béarnais revient sur l’interview d’après-match qui l’a rendu célèbre. C’était il y a 30 ans, face à ces mêmes Anglais des Midlands…

« J’espère qu’on est en direct… »

Comment votre phrase « La Coupe d’Europe c’est de la merde » est-elle arrivée ? On est juste après le coup de sifflet final et vous êtes remonté comme un coucou. On...

Comment votre phrase « La Coupe d’Europe c’est de la merde » est-elle arrivée ? On est juste après le coup de sifflet final et vous êtes remonté comme un coucou. On sent que ça n’est pas du tout préparé…

En fait, dans ma tête quand j’ai vu le journaliste Thierry Blancot arriver, je croyais qu’il allait me remettre l’Oscar du match. Il arrive et il commence à me poser des questions. J’ai craqué parce que l’ambiance générale laissait penser qu’on s’était fait un peu voler. On méritait de le gagner ce match et comme, à l’époque, on était un peu plus libre de parler, j’ai dit ce que je pensais. Même si en revoyant les images, mon avis est un peu plus mitigé.

Vous dénonciez les arrangements britanniques avec les règles mais en réalité, les Anglais n’étaient pas les seuls à tricher ?

Oui, tout le monde trichait et poussait en travers ! En France, il y avait cette politique de sanctionner la mêlée qui reculait. On les dominait quand même. Ils subissaient en trichant, on dominait en trichant, mais on a sanctionné l’équipe qui dominait. C’est une façon de voir les choses.

Ce mitan des années 1990, ce sont aussi les débuts de la Coupe d’Europe où le sentiment général était que les arbitres favorisaient les Britanniques…

Bien sûr, surtout que c’était la première année où les Anglais la jouaient. Ces messieurs étaient arrivés et il fallait bien les accueillir. Il y avait quatre nations britanniques et nous, ils avaient un avantage.

Le compte rendu du match dans « Sud Ouest », le 27 octobre 1996.
Le compte rendu du match dans « Sud Ouest », le 27 octobre 1996.
« La passe aveugle, la chistera… Tout ça, c’est moi qui l’ai inventé mais personne n’en parle ! Tout le monde se souvient de cette interview. «

Les images coupent après que Jean-Louis Calméjane, au poste commentateur, dit à Thierry Blancot, le journaliste bord terrain, « Calmez-le ! Calmez-le ! » Que se passe-t-il ensuite ?

Je suis rentré aux vestiaires, et Thierry Blancot est venu me trouver en me disant « Je crois qu’il faut que tu t’excuses ». Il était embêté, lui aussi, je lui ai dit « Rien à foutre, j’ai dit ce que je pensais, je ne m’excuserai pas du tout ». Après ça, Pierrot Labourdette, paix à son âme [l’ancien président de la Section décédé en 2024, NDLR], est venu me dire « Tu te rends compte ? Pour quoi on va passer ? » En fin de compte, il n’y a rien eu. Pas de sanction, rien.

On vous a quand même reparlé de cette sortie dans les jours et les semaines qui ont suivi ?

Oui j’ai reçu des lettres de félicitations, d’indépendantistes béarnais et autres, des trucs sympas… Dans le monde du rugby, ça avait parlé. Il avait été dit que je n’irai pas à la tournée des Barbarians à cause de ça mais ça n’a pas été le cas [Pierre Triep-Capdeville avait notamment participé à la victoire contre les Springboks, à Brive, le 23 novembre 1996, NDLR]. Tout le monde détestait les Anglais, finalement ça tombait bien.

Votre carrière est très souvent ramenée à cette déclaration…

Ça m’embête parce que j’ai fait d’autres choses. La passe aveugle, la chistera… Tout ça, c’est moi qui l’ai inventé mais personne n’en parle ! Tout le monde se souvient de cette interview. Je suis un peu le George Best du rugby. C’était un super joueur mais on ne parle que de ses frasques. De Pierre Triep, il restera ça. C’est ainsi, je ne vais pas le renier.

Avec la magie des réseaux sociaux, votre emportement ressort régulièrement, notamment avant les France-Angleterre…

Oui sur Twitter, des trucs comme ça. Mon ami David Arrieta le relance fréquemment. Mais des problèmes entre les Français et les Anglais au rugby, il y en a toujours eu et il y en aura peut-être dimanche. Il n’y a pas que Pau - Leicester 1996 mais voilà, c’est un marronnier comme vous dites les journalistes. Moi, je dirais plutôt une madeleine de Proust.

La saison suivante, vous rejouez Leicester au Hameau et quand Jean Abeilhou vient vous interviewer, vous faites mine de vous énerver à nouveau. Quel souvenir gardez-vous de cette revanche?

Oui je commence en lui disant « C’est une honte… » On avait gagné et bien gagné. On était bien remonté, on avait fait une préparation comme il fallait et eux, on sentait qu’ils étaient inquiets. On n’avait pas poussé les mêlées comme ça, il n’y avait pas de débat. Fred Torossian m’avait coupé la manche gauche du maillot pour qu’on ne puisse pas s’y accrocher. J’avais fait le match avec un semi-débardeur. Je pense que c’est mon match le plus abouti avec la Section. En face c’était costaud. Devant, c’était l’équipe d’Angleterre…

Leicester c’est votre club anglais préféré, on peut le dire ?

Oui, pas loin. C’était un gros club et en plus ils avaient des très beaux maillots. A l’époque, ils avaient mêmes des lettres à la place des chiffres. On nous les avait présentés comme l’équipe d’Angleterre alors que nous, on arrivait de la Coupe Moga [sorte de consolante du championnat disputée de 1993 à 1996, NDLR]… On venait de très loin et on se retrouvait propulsés en Coupe d’Europe. On ne pouvait pas se permettre de perdre sans rien dire.

Vous avez croisé une troisième fois la route de Leicester en 2000…

Oui on les rejoue en poules. Je me fais expulser au match aller. J’avais fait du stamping [marcher sur un adversaire au sol, NDLR]. Bon… On se qualifie mais on perd contre le Stade français en quart de finale.

Pierre Triep-Capdeville est revenu sur cet épisode dans son livre « Nous étions rugbymen » paru en 2025 aux éditions Gascogne.
Pierre Triep-Capdeville est revenu sur cet épisode dans son livre « Nous étions rugbymen » paru en 2025 aux éditions Gascogne.

Trente ans plus tard, la Coupe d’Europe, c’est toujours « de la merde » ?

Pour moi, oui… Franchement, qui trouve un intérêt à cette compétition ? Il y a des “Sudafs”, je n’ai rien contre eux mais enfin bon. Le règlement est d’une complexité… On dirait que tout le monde se qualifie. Il n’y a que des Français qui la gagnent. Entre Bordeaux, La Rochelle, Toulouse, je pense que Pau a ses chances. Mais pour moi, cette compétition n’a aucun sens à part financièrement. C’est bien pour le club, ça leur fait quatre ronds. Ça paiera ma statue à l’entrée du stade !

Vous aimerez peut-être

« La situation est à la fois simple et complexe » : la FFF dans le flou pour la diffusion de la C...

Foot-National il y a 12 heures

HANDBALL. À Valence, Pau Billère veut continuer de planer sur la Proligue

SUD OUEST il y a 1 jour

Trente ans après, Thierry Blancot se souvient de la sortie légendaire de Pierre Triep-Capdeville ...

SUD OUEST il y a 16 heures

Pro D2 : "Gagner à l'extérieur est important, mais c'est surtout la façon qui compte aujourd'hui"...

LA DÉPÈCHE il y a 1 heure