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Coupe du monde de Rugby à XIII : Mathias Pala, le choix de prendre le temps de vivre
Mathias Pala aussi passionné que compétent dans l’exercice de ses fonctions a décidé de prendre une pause en famille après la Coupe du monde. Josh Montoya

À la veille du rendez-vous face au Liban, à Sydney, le préparateur physique du XIII de France s’apprête à refermer une parenthèse professionnelle de six saisons pour s’en offrir une autre, beaucoup plus personnelle. Après avoir quitté les Dragons Catalans, où il était en CDI, il va retrouver sa femme et ses trois enfants pour deux mois de voyage en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Bali et au Vietnam. Une aventure familiale pensée comme un investissement dans les souvenirs. Et une manière de retrouver un peu de souffle avant de replonger dans le rugby.

Il y a des décisions qui ne se prennent pas sur un coup de tête. Mais qui, à force de mûrir, finissent par devenir une évidence. Pour Mathias Pala, le moment était venu de lever le pied. Après six saisons à enchaîner les missions avec les Dragons Catalans et l’équipe de France, le préparateur physique a choisi de mettre son quotidien professionnel entre parenthèses. Lui qui était en CDI au sein du club catalan a conclu une rupture conventionnelle. Pas une rupture avec le rugby, encore moins avec un métier qui le passionne, mais une nécessité, celle de souffler. "Je me suis rendu compte qu’il fallait que je fasse une pause. Ça faisait six saisons enchaînées entre l’équipe de France et les Dragons. Finalement, ça me laissait très peu de temps off." Le calendrier de cette Coupe du monde australienne aurait d’ailleurs pu lui offrir une drôle de continuité. À peine la compétition terminée, les Dragons reprenaient le chemin de l’entraînement. "On va finir dimanche et lundi, il y a la reprise des Dragons. J’aurais déjà dû retravailler pour le club avec tout le groupe à moitié. Presque, je serais arrivé en retard de deux jours. Donc il n’y aurait pas eu de break." Dans ces métiers de l’ombre où l’investissement ne se mesure pas toujours en heures, mais où l’on donne souvent tout sans compter, il faut savoir reconnaître les signaux. "Ce sont des métiers de fous. Soit tu es à 200 à l’heure et tu es dedans et tu ne comptes pas. Soit, quand tu sens que ça monte, ça monte, et il faut trouver une échappatoire." Et le sien s’appelle l’Australie. Mais surtout, il se conjugue au pluriel. Car cette parenthèse, Mathias Pala ne voulait pas la vivre seul. Sa femme et leurs trois enfants, âgés de 13 (César), 10 (Oscar) et 3 ans (Gaspar), le rejoignent lundi pour deux mois d’aventure. Une occasion que le calendrier familial ne représentera peut-être plus avant longtemps. "Si on ne partait pas maintenant, cette expérience-là, je ne pense pas que j’aurais pu la faire en famille." L’aîné approche de l’adolescence, le brevet des collèges se profile, puis viendront le lycée et les contraintes scolaires. Le moment était là. Il fallait le saisir. Pas question pour autant de transformer ces deux mois en vacances sans lendemain. Les enfants continueront à suivre l’école pendant le voyage. Les dossiers ont été préparés avec les établissements, et le programme, lui, est déjà bien avancé. D’abord, la côte est australienne, avec la Gold Coast et un passage par la finale de la Coupe du monde. Puis la Sunshine Coast, avant de mettre le cap sur la Nouvelle-Zélande et son île du Nord. Ensuite, direction Bali, pour découvrir l’île et profiter des vagues avec les enfants, qui aiment surfer. Enfin, le Vietnam, terre d’origine du grand-père de son épouse. Une étape qui donnera à ce voyage une dimension supplémentaire, celle de la transmission et des racines familiales.

Derrière cette escapade, il y a aussi une manière de penser l’argent, le temps et ce que l’on souhaite laisser à ses enfants. Les deux époux ont perdu leur grand-père respectif et hérité d’un peu d’argent. "Finalement, tu hérites un peu d’argent. Et tu te dis : est-ce que je le mets sur un compte pour les enfants, comme d’habitude, pour prévoir quand ils auront ci, quand ils auront ça ? Ou en fait, tu te dis : merde, et si on les craquait là et qu’on faisait un vrai délire maintenant ?" La formule est certes spontanée, mais le choix est réfléchi. Plutôt que de réserver cet argent à un futur hypothétique, ils ont décidé d’en faire une expérience à vivre ensemble parce que "c’était le truc un peu excitant."

Le voyage aura aussi une saveur particulière pour l’ancien joueur, devenu préparateur. L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont des terres de rugby, mais aussi des territoires où il a noué des amitiés au fil de sa carrière. Il a déjà commencé à organiser quelques retrouvailles. Clint Greenshields, Greg Bird, Louis Anderson, Brett Webb et d’autres anciens partenaires figurent sur la liste. "C’est aussi le côté sympa d’avoir joué avec ces mecs qui sont à l’autre bout du monde. De pouvoir passer, boire un café avec un copain, un jour comme ça." Une autre façon de mesurer le chemin parcouru et de renouer avec une histoire sportive qui ne s’arrête pas au coup de sifflet final.

Pour autant, cette pause ne signifie pas que Mathias Pala envisage de changer de vie. Le sport reste son univers, le terrain son moteur. Un premier projet l’attend déjà aux côtés de son ami et mentor Fred Marcerou, qui développe une activité de coaching en ligne et accompagne de jeunes préparateurs physiques. Pala participera à certains modules de formation et assurera des suivis à distance. Une manière de rester actif, de transmettre et de prendre un peu de recul sur son métier. Le retour dans une équipe, lui, pourra attendre.

Je suis conscient qu’il n’y en a pas un qui n’a pas donné 100 %

"Quand j’aurai bien soufflé, on pourra revoir, envisager un retour dans une équipe. Je suis encore bien… En fait, pour l’instant, c’est le terrain qui m’anime. Je sais que je peux faire plein de choses, mais pour l’instant, j’adore les moments qu’on vit. Nous, on est des privilégiés de ça. D’être à l’intérieur d’une équipe, sur le terrain, dans la muscu." Le discours est limpide et il ne tourne pas la page. Il s’accorde simplement le droit de ne pas l’enchaîner immédiatement avec la suivante. Avant de partir, il reste toutefois une dernière mission à remplir avec les Bleus. À la veille du match face au Liban, Pala garde le regard fixé sur la compétition et sur les exigences du très haut niveau. Il porte aussi un regard lucide sur les limites actuelles du XIII de France. Les résultats peuvent frustrer, les écarts de niveau sont parfois difficiles à combler, mais il refuse de faire porter aux joueurs une responsabilité qui ne serait pas la leur.

"Je connais tous les joueurs par cœur. Je connais leurs limites à chacun. Pour moi, ils ne me déçoivent pas dans un sens où je suis conscient qu’il n’y en a pas un qui n’a pas donné 100 %." Il sait que l’engagement individuel ne suffit pas toujours à compenser les lacunes collectives. "C’est un sport où, des fois, mentalement, ça craque un peu. Mais tu ne peux pas sortir d’un match comme ça et ne pas avoir été là, ne pas avoir… Ils donnent tout, tout le temps. C’est ça qui est frustrant pour eux. Et tu ne peux pas leur en vouloir." Le préparateur n’élude pas pour autant le travail qui reste à accomplir. "Ils sont à la limite de ce que la France produit aujourd’hui. Et en fait, il faut juste qu’on accepte ça. On doit travailler pour avoir des mecs dont les limites sont beaucoup plus hautes et qui correspondent aux standards du très, très haut niveau." Face au Liban, en revanche, il attend une prestation à la hauteur de l’enjeu. "Je serais déçu d’une contre-performance. Je ne parle pas de score. Je pense que là, on a une carte à jouer. Du moins, on doit challenger cette équipe très fortement."

Cette deuxième Coupe du monde dans le staff lui aura aussi permis de mesurer les progrès réalisés dans l’organisation et la préparation. Avec Adam Innes, son binôme, le travail s’est construit sur une complémentarité assumée : "Nous deux, c’est le chaud, le froid, comme tu veux, mais ça se marie bien. On pense pareil. C’est super de travailler avec un gars comme ça." Il retient également l’engagement de Ben McIntosh, venu bénévolement apporter son expertise sur les données GPS et les analyses de performance après avoir remporté la finale avec les Roosters. Des détails qui, à ce niveau, comptent autant que les grandes intentions.

Puis viendra le temps de refermer les ordinateurs, de ranger les GPS et de retrouver les siens. Ses enfants ne mesurent sans doute pas encore complètement ce qui les attend. "Ma femme et moi, on a tout planifié. Eux, pour l’instant, ils savent un peu l’Australie, vaguement, ils connaissent les pays, mais ils ne connaissent pas chaque chose qu’on va faire. Donc il va y avoir pas mal de surprises pour eux."

À leur retour en France, en janvier, l’hiver aura remplacé l’été austral et la routine reprendra progressivement ses droits. Mais il restera les kilomètres, les paysages, les retrouvailles et surtout ces deux mois vécus ensemble. Pour Mathias Pala, l’enjeu dépasse largement le simple voyage. Après six saisons à donner du temps au rugby, il a décidé d’en consacrer un peu plus à sa famille. Et de rappeler qu’il existe parfois des victoires qui ne se lisent sur aucun tableau d’affichage.

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