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"Au sport, tout le monde est à égalité" : à Ivry, ces jeunes migrants s'insèrent grâce au handball
Omar, 11 ans (tee-shirt rouge et noir de l'US Ivry au premier plan) n'avait jamais fait de hand d'avant de migrer en France.
Omar, 11 ans (tee-shirt rouge et noir de l’US Ivry au premier plan) n’avait jamais fait de hand d’avant de migrer en France. Le voici avec une balle avec des jeunes du club à la halle Voisnat d’Ivry-sur-Seine.

Ahmed et Omar ne se quittent pas des yeux. Sous le toit en tôle de la halle Venice Gosnat, baigné d’une lumière crépusculaire automnale, les deux adolescents de 11 ans affichent une belle complicité. Qu’importe la transgression de certaines règles, imputables à leur méconnaissance du sport, leur joie irradie. Passe, tir, tir, passe… Les actions s’enchaînent sous le patronage d’un encadrant de l’US Ivry, en cette mi-octobre 2026, qui distille de doux conseils.

Cette bulle de bienveillance et de tolérance tranche avec la violence et la dureté frappant leur pays d’origine, la Somalie. Il y a quelques années, leur famille a fui la guerre, la sécheresse et la faim, pour migrer à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). C’est dans le centre d’hébergement d’urgence pour migrants (Chum) d’Ivry, géré par Emmaüs Solidarité, que les enfants se reconstruisent. Un parcours délicat et éprouvant récemment nanti d’une nouvelle activité : le handball.

Le sport, « le langage le plus simple et sans barrière »

En 2026, l’US Ivry, l’une des institutions du hand français avec huit titres de champion de France chez les hommes et neuf chez les femmes, a ouvert ses portes à Emmaüs Solidarité. Plusieurs fois par an, des enfants et des adolescents du Chum, une structure née en 2017 qui accueille 450 personnes exilées dont 200 mineurs nourris et logés, se mélangent à des jeunes lors d’entraînements organisés les mercredis.

« Le centre est un cocon, une protection. Mais il faut que les jeunes sortent et intègrent ces espaces de socialisation. Le sport entre clairement dans ce cadre. C’est le langage le plus simple et sans barrière celui où tout le monde, théoriquement, part sur un pied d’égalité. En soi, ils apprennent à se faire confiance et à faire confiance aux autres. Il n’y a pas besoin de parler, forcément », explique Tom, chef de service chargé de travailleurs sociaux au Chum.

Ces sessions de 90 minutes représentent une aubaine dans une vie griffée.

"Il faut bien s'imaginer que ce sont des jeunes qui ont traversé la mer et ont vu, pour certains, la mort devant eux. Dans le centre, ce passé peut parfois ressurgir par le biais de frictions, de violences ou de bagarres. Le sport est un outil qui permet d'intérioriser des règles dans un collectif"

Ahmed (à gauche) et Omar, dont les regards se croisent, sont copains.
Ahmed (à gauche) et Omar, dont les regards se croisent, sont copains.

Se dépenser et sortir d’un quotidien éprouvant

Pour la plupart des enfants, le hand demeure une discipline très éloignée de leur vécu. Mais le sport, lui, fait corps. Ahmed, maillot de foot avec n°7 au dos – celui de l’un de ses idoles Cristiano Ronaldo- a deux passions : « le football et le tennis ». Scolarisé en classe de 6e, l’adolescent, sourire timide mais immuable, se montre disert sur le terrain. « J’aime surtout marquer des buts, comme mes joueurs préférés », glisse celui qui réside au Chum avec sa mère et ses trois sœurs âgées de 10 à 14 ans.

Son copain, Omar, espiègle, vit avec sa petite sœur de 8 mois et sa mère. Ses deux autres sœurs sont restées en Somalie. « Elles me manquent », confesse-t-il dans une relative bonne maîtrise du français. Loin d’elles, il tente malgré tout d’avancer. « Ici, je peux courir et me donner à fond. Mais ce n’est pas facile ».

Cléane, coordinatrice socio-culturelle, et Tom, chef de service des travailleurs sociaux au Centre d'hébergement d'urgence pour les migrants d'Ivry.
Cléane, coordinatrice socio-culturelle, et Tom, chef de service des travailleurs sociaux au Centre d’hébergement d’urgence pour les migrants d’Ivry.

Car au-delà de la socialisation, le sport constitue un champ d’expression unique dans des quotidiens souvent peu stables. « Ces jeunes restent souvent en entre-soi et dans des pièces pas grandes. Il y a aussi les difficultés administratives. C’est inconfortable. Même si on les sort beaucoup, et on leur fait faire des activités artistiques, ça reste incomparable à une nécessaire dépense d’énergie », indique le chef de service du pôle des travailleurs sociaux du centre d’hébergement.

Le handball n’est pas le seul sport ivréen concerné. Tous les activités sportives municipales sont accessibles grâce au dispositif « Ivry aime le sport Jeunes ». Ainsi, les adolescents peuvent pratiquer le foot, le volley, le badminton et la boxe, mais aussi participer à des sorties VTT, accrobranche et équitation.

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