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Coupe du monde de Rugby à XIII - Angleterre-France : Les Bleus ont-ils peur du combat ?
Les Bleus ont durci le ton aux entraînements cette semaine pour préparer l’Angleterre. Hannah Elly

Il est des défaites qui abîment les certitudes. Et des rendez-vous qui obligent à se regarder en face. Giflée par les Samoa (78-4), l’équipe de France retrouve samedi (8 h 45, heure française) son vieil ennemi anglais, celui qui ne daigne plus l’affronter chaque automne, faute de la juger suffisamment compétitive. Pour les Bleus, l’heure n’est plus aux promesses. Il faut répondre sur le terrain, dans le combat, dans l’orgueil. Et tenter de briser une malédiction puisqu’aucun joueur de ce groupe n’a jamais battu l’Angleterre.

Les chiffres sont cruels. Les deux dernières confrontations se sont soldées par des naufrages : 64-0 en 2023, puis 40-8. Plus vertigineux encore, les 23 Tricolores n’étaient pas nés lorsque la France de Jacques Jorda faisait tomber la Grande-Bretagne à Leeds, le 7 avril 1990 (25-18). Une éternité. Depuis, l’Angleterre a souvent rappelé aux Français la distance qui les sépare du très haut niveau. Du coup, la France affronte la Serbie, le pays de Galles, le Kenya, le Maroc et la Jamaïque, mais plus aucune nation majeure, aucune sélection du Top 8, et c’est là tout le nœud du problème. Benjamin Garcia, Julian Bousquet, Théo Fages et Romain Navarrete peuvent-ils achever leur aventure en Bleu sans avoir jamais terrassé les guerriers à la croix de Saint-Georges ? Arthur Romano et Fouad Yaha ont-ils envie de faire payer à ces Anglais qui leur ont si souvent barré la route en club ? La motivation, elle, ne manque pas. Reste à la transformer en actes. Car après le naufrage face aux Samoa, la France n’a plus le droit d’offrir une nouvelle journée portes ouvertes. Le côté droit, en particulier, a volé en éclats. Huit des quatorze essais encaissés sont venus de cette zone, ciblée par Sualauvi Fa’alogo et les siens. Les Anglais ont de quoi insister. Eckersley, Farnworth, Nsemba et Smith, épaulés par l’arrière des Titans AJ Brimson, devraient éprouver cette faille. Le sélectionneur anglais Brian McDermott aura ciblé cette zone rouge, lui qui dispose de huit joueurs de NRL dans son XIII de départ. Le défi est immense, mais les Bleus veulent d’abord se concentrer sur eux-mêmes. "La clé sera l’attitude du bloc milieu et la façon dont notre côté droit répondra à leurs attaques", prévient Laurent Frayssinous. La consigne est claire, le groupe doit retrouver de la discipline, de la solidarité et cette agressivité sans laquelle les Français n’ont aucune chance de rivaliser. Les répétitions collectives de mardi et jeudi ont livré des signaux encourageants. Mais l’entraînement ne distribue ni les impacts ni les verdicts. L’Angleterre, elle, connaît la recette. Son rugby n’a pas toujours brillé par sa créativité, mais il a rarement manqué de puissance pour user l’adversaire et lui faire payer chaque faiblesse. Et les Anglais ont une raison supplémentaire d’appuyer. En effet, pour espérer rallier les demi-finales, ils doivent engranger un maximum de points. L’histoire récente des confrontations ressemble à un inventaire de blessures : 60-6 en 2010, 84-4 en 2015, 64-0 en 2023. "Nous sommes tous dans le championnat anglais depuis une dizaine d’années. On ne les a jamais aimés, on ne les aimera jamais, les Anglais. Dans les deux rugbys, c’est comme ça", sourit à peine Mathieu Jussaume. Le deuxième ligne du Toulouse Olympique veut surtout voir cette génération "écrire sa propre histoire". À une condition : "Bien défendre, être agressif. Nous aurons des occasions en attaque, mais si nous défendons bien et que nous nous mettons la tronche, on peut rivaliser."

À un moment donné, c’est toi contre l’autre, soit tu vas au milieu, soit tu refuses

La France a déjà résisté davantage en Coupe du monde avec une défaite 34-6 en quart de finale en 2013 à Wigan, 36-6 en 2017 à Perth, puis 42-18 en 2022 à Bolton. Cette fois, sur le papier, les Bleus semblent mieux armés. Mais le papier ne plaque personne et ne gagne aucun duel. "À un moment donné, c’est toi contre l’autre. Soit tu vas au milieu, soit tu refuses", résume Frayssinous. Tout est là. Samedi, les Français ne joueront pas seulement contre une équipe plus puissante, ni contre le poids de leurs dernières défaites. Ils joueront contre l’idée qu’ils ne sont pas à la hauteur. Une victoire changerait bien plus qu’un résultat, elle rendrait à cette génération la possibilité de croire en sa propre histoire. Une défaite, surtout si elle ressemble à la précédente, laisserait une question autrement douloureuse, jusqu’à quand les Bleus accepteront-ils de subir ?

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