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TOP 14. « Dès que cette période arrive, nous subissons des pressions », estime le Palois Beka Gorgadze avant la réception de Toulouse

Le troisième ligne et capitaine de la Géorgie et de Pau s’épanche sur les sacrifices imposés par le fait de représenter une nation du deuxième tiers. Un dévouement seulement compensé par la fierté de représenter son pays

Beka Gorgadze estime que le manque de visibilité du Top 14 sur les écrans géorgiens nuit au développement du rugby dans son pays.

Quand on est petit, c’est ce dont on rêve : pouvoir un jour porter et défendre les couleurs du pays. Cela fait partie des choses qui permettent de rendre nos proches, nos familles et le peuple géorgien très fiers de nous, et surtout de leur apporter un peu de joie. On vit parfois des moments très difficiles au pays, c’est aussi une façon de rassembler le peuple.

Quand on est petit, c’est ce dont on rêve : pouvoir un jour porter et défendre les couleurs du pays. Cela fait partie des choses qui permettent de rendre nos proches, nos familles et le peuple géorgien très fiers de nous, et surtout de leur apporter un peu de joie. On vit parfois des moments très difficiles au pays, c’est aussi une façon de rassembler le peuple.

Au vu de la crise politique qu’il traverse, le rugby est-il un exutoire ?

Notre histoire a toujours été faite de guerres, de batailles. C’est un peu dans notre ADN, les gens aiment nous voir combattre en permanence. J’ai eu la chance de pouvoir jouer contre la Russie (avec qui la Géorgie était en guerre, en 2008) à une époque où le rugby géorgien était à son « prime », entre 2015 et 2019. C’était une immense fierté de les battre devant 60 000 personnes. Tout le monde attendait ça.

« Plus le temps passe et plus les conséquences de cette guerre face à la Russie se font sentir »

Vous souvenez-vous justement de cet épisode de la guerre russo-géorgienne, d’août 2008 ?

J’avais 12 ans, je ne comprenais pas vraiment le concept de la guerre. Nous étions en vacances à quelques kilomètres des premiers bombardements. Lekso Kaulashvili, par exemple, était juste à côté, à Tamarasheni. Son village a été rasé. J’ai le souvenir de voir passer les avions de chasse sur la terrasse. Nous ne savions pas encore que c’était la guerre ; pour moi, enfant, c’était presque amusant. Quelques minutes plus tard, nous avons compris que la situation était grave. On a même fait un détour pour rentrer chez nous en contournant les montagnes du Sud de la Géorgie. J’en garde de très beaux souvenirs, je ne réalisais pas la gravité du moment. La route que nous avons empruntée était exceptionnelle, je découvrais cet endroit. Avec le recul, je réalise ce qui s’est passé. Plus le temps passe et plus les conséquences de cette guerre face à la Russie se font sentir. Cela me rend très triste.

À Pau, vos équipiers géorgiens (Kaulashvili et Papidze) ont choisi de prendre du recul avec la sélection. Est-ce sujet à débats, entre vous ?

Non, c’est très personnel. Nous sommes pourtant très proches les uns des autres, mais il n’y a pas de débat. Je respecte leur choix. D’un autre côté, nous avons retrouvé de la concurrence en première ligne aujourd’hui. Nous avons galéré pendant un moment, mais désormais, nous sommes très solides.

Avez-vous déjà ressenti une forme de pression pour faire l’impasse sur certains rassemblements ?

Ça a toujours été le cas. Dès que cette période arrive, nous subissons des pressions, même si nous sommes protégés par la réglementation World Rugby. À certains moments, j’ai dû prendre des décisions fortes dans un sens ou dans l’autre, et il y a des fois où partir en sélection m’a coûté très cher. Ce fut notamment le cas à Bordeaux. Ce n’est pas agréable, car au final, beaucoup de pression repose sur les épaules du joueur. Ce sont des situations que l’on subit.

Cela a-t-il aussi des conséquences dans les négociations, sur le plan salarial ?

Exactement, surtout lors des années de Coupe du monde. C’est comme un petit drapeau que tu portes en permanence sur ta tête. Quand tu l’enlèves, tu redeviens un joueur de club, et tu gagnes en valeur marchande. Sur le marché, un étranger est plus apprécié s’il ne part pas en sélection. Il est donc question de sacrifices. Les gens ne perçoivent pas toujours que dans les petites nations, on ne parle pas d’argent. C’est uniquement l’amour du maillot, de notre pays et de nos familles qui nous porte.

D’un point de vue personnel, ces rassemblements sont-ils l’occasion de renouer avec vos racines ?

Nous avons toujours au moins un jour dans la semaine pour nous. Ma mère est la plus impatiente. Après, c’est difficile parce que tout le monde veut passer du temps avec toi. C’est une bataille constante pour gérer son emploi du temps. J’ai compris, au fil des années, qu’il fallait aussi penser à sa récupération, même si ça peut paraître égoïste.

En tant que capitaine des Lelos, êtes-vous une superstar au pays ?

Le peuple géorgien est plutôt discret quand il vient te saluer dans la rue. On nous reconnaît, mais nous ne sommes pas non plus les stars de foot. Même si aujourd’hui, un joueur comme Niniashvili est reconnu partout. J’ai passé cette étape, l’intérêt se porte davantage sur des profils comme Davit, parce que devant, notre rôle est plus obscur et complexe. Les gens ont besoin de spectacle. Au rugby, c’est Niniashvili, au foot, Kvaratskhelia.

Avez-vous justement eu l’occasion de rencontrer Kvaratskhelia ?

Même pas ! Mais cela finira par se faire un jour. À l’époque où Davitashvili jouait à Bordeaux, il était venu nous rendre visite. À nous d’aller à Paris pour passer un moment avec lui. Peut-être quand nous monterons au Stade de France (rires) ?

Quelle visibilité accorde-t-on au Top 14 en Géorgie ?

Si nous voulons retrouver la popularité de notre sport au pays, il faut absolument que les gens puissent nous regarder régulièrement. Ce n’est pas le cas, et c’est pourtant la clé. Seuls certains matchs ciblés sont diffusés, de Top 14 ou de Premiership. Alors que tous les matchs disputés par des Géorgiens devraient être retransmis. Pour grandir, il faudrait que les gens nous voient jouer. C’est une étape indispensable.

Quelles sont vos relations avec Pierre-Henry Broncan, qui a été nommé sélectionneur de la Géorgie en début d’année ?

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