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Œil de lynx et adaptabilité : à la découverte du tir à l'arc 3D avec la nouvelle championne du monde, Virginie Chevrier
Virginie Chevrier
Virginie Chevrier a contribué à l’excellente moisson tricolore aux Mondiaux de Yankton (États-Unis). La France termine première nation au tableau des médailles avec huit médailles, devant l’Autriche (six). © Didier Thomas

Il était une fois une jeune fille qui fabriquait des arcs avec des branches de noisetiers sans se douter qu’un jour, ce jeu l’emmènerait jusqu’au sommet mondial du tir 3D. « Pour moi, c’était juste un jeu de fabriquer son arc comme un jouet et de s’amuser avec. » Pourtant, l’histoire commune que Virginie et le tir à l’arc ont commencé à bâtir a permis à la Jurassienne d’aller décrocher le Graal cet automne aux États-Unis lors des championnats du monde de Yankton.

« Le tir à l’arc, c’est un sport ? »

La découverte de ce noble sport passe par l’expérience de son père qui a essayé cette discipline et qui a trouvé l’idée de proposer ce sport au fils de Virginie à ses douze ans : « Je pense que Loïc va adorer. » L’aventure était lancée, mais Virginie ne le savait pas encore. À cette heure elle était circonspecte : « Le tir à l’arc ? Ah, c’est un sport ça ? »

Après une initiation au club de Parcey, le petit-fils et le grand-père firent une saison. C’est là que les prémices d’une belle carrière se posèrent. Une idée jaillit en Virginie Chevrier : « J’aimerais bien essayer ». Aussitôt dit, aussitôt fait, la future championne prit sa première licence en 2011. Après un apprentissage en arc classique sur cibles traditionnelles, elle s’élança avec l’un des rares tireurs nature du Jura sur les parcours extérieurs pour s’initier à cette discipline peu développée. « Cela m’intriguait un peu. Comment peut-on tirer sur des cibles en forêt, surtout avec un arc équipé de stabilisateurs de viseur qui prennent tellement de place ? »

Pourtant, après quelques entraînements et des essais de matériel, la magie opère. « Je n’avais pas le matériel donc il fallait que je prenne mon arc classique en enlevant ce qui allait me gêner, c’était le championnat de ligue de tir nature, j’ai fait des supers points en battant en plus la championne de France en titre, je me suis dit, c’est ça que j’aime faire comme sport. ».Les résultats sont apparus très tôt. L’ascension a été fulgurante avec de nombreuses médailles en départemental, régional et en 2015, un premier podium national en tir nature.

« Ce que j’aime, c’est devoir s’adapter »

« J’ai découvert que le tir à l’arc était très complexe avec un grand nombre de disciplines utilisant des arcs différents. Le tir à l’arc alterne extérieur au printemps/été et salle en automne/hiver, avec des disciplines spécifiques et du matériel différent. Ce que j’aime dans le tir extérieur, c’est de devoir s’adapter, il y a la luminosité, le vent, la pluie parfois. Il faut savoir connaître son matériel et se mettre dans sa bulle. Ma discipline de prédilection actuellement, c’est un savant mélange d’analyse, d’observation et d’expérience. Mon arc n’a pas de viseur, je dois suivre un parcours plus ou moins accessible avec des obstacles et au milieu de tout ça, des animaux en mousse de différentes tailles avec une zone définie dessus pour tirer deux flèches. Il faut obtenir le maximum de points mais dans le temps imparti. »

Les tirs peuvent se faire depuis des miradors, en dévers et dans différentes situations.
Les tirs peuvent se faire depuis des miradors, en dévers et dans différentes situations. ©DR. Dean Alberga / World Archery

La plus grosse difficulté est de pouvoir estimer la distance avec la cible car celle-ci peut se situer entre cinq et quarante-cinq mètres, sachant qu’elle peut être située en hauteur ou en contrebas et que la taille de la cible peut vous perturber. « Il y a même des fois où quand je me promène, je m’amuse à estimer la distance et je fais des pas pour voir si j’ai raison. » Thales et Pythagore doivent bien se délecter d’avoir découvert leurs théorèmes. « C’est sportif, intellectuel et tellement prenant, un sport de pleine nature qui nous fait réfléchir. »

« J’ai juste un peu mieux tiré »

Le parcours du championnat du monde a été adapté à la météo, cela devenait dangereux de tirer sur celui prévu au départ. « Les Américains ont dû créer les pas de tirs avec les miradors et des bras élévateurs, mais là-bas tout est en démesure donc c’était normal. Sur un mirador, un juge m’a même proposé de me tenir pour que je puisse tirer en contrebas, c’était vraiment inédit, certaines filles avaient même le vertige. Heureusement, mes qualités d’adaptation, de rigueur et de mise dans ma bulle m’ont permis de passer les différents matchs pour arriver en finale contre l’Autrichienne Rosemarie Leitner. »

Aux yeux de Virginie, d’autres facteurs ont pu faire leur différence. « Mon métier d’enseignante en maternelle, ma préparation en Allemagne sur des cibles en dévers m’ont beaucoup aidée, mais je n’oublie pas ceux restés en France qui stressaient sur le live et l’équipe de France qui se déplaçait sur le parcours en réservant des places dans les quelques tribunes accessibles. »

Une personne a été particulièrement importante dans cette victoire : son mari, Jérôme, resté au domicile près de Lons-le-Saunier. Au-delà du cercle familial, c’est lui qui lui prépare son matériel à la perfection et qui, même la veille de la finale, par SMS, envoyait toutes les précisions nécessaires au bon réglage de l’arc et rassurait sa protégée.

Virginie Chevrier a remporté la compétition individuelle en catégorie arc nu.
Virginie Chevrier a remporté la compétition individuelle en catégorie arc nu. ©DR. Dean Alberga / World Archery

« Tout n’a pas été parfait pour les premiers matchs, j’ai dû me réapproprier mes gestes en retournant m’entraîner plusieurs fois et il y avait d’excellentes concurrentes issues du top mondial. J’ai juste un peu mieux tiré. C’est tout ce qui compte.», commente Virginie Chevrier avec un trait d’humour. Elle visait un top 10, finalement elle repart avec le sacre mondial.

Show must go on

« Quand on a goûté à une médaille internationale, on a envie de remettre ça. » L’an prochain, ce sont les championnats d’Europe qui vont attendre l’archère jurassienne. Malgré sa couronne mondiale, Virginie Chevrier se fixe déjà l’objectif de se qualifier. Pour rester dans sa bonne dynamique et encore apprendre, elle va se tester sur de nouvelles compétitions.

« Cet hiver, je me lance un défi : faire une compétition au Vegas à Lons-le-Saunier avec trois types d’arc différents, poulie, barebow et classique. Cela va être encore une drôle d’aventure. »

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