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15 ans après la fameuse finale de Coupe du monde perdue face aux All Blacks, que reste-t-il aux Bleus ?
La déception des Bleus, devant la Coupe du monde, en ce 23 octobre 2011.
La déception des Bleus, devant la Coupe du monde, en ce 23 octobre 2011.

23 octobre 2011, Eden Park d’Auckland. Richie McCaw et ses coéquipiers soulèvent, ivres de bonheur, le trophée que toute une nation attendait depuis 1987 : la Coupe du monde revient aux All Blacks, dans leur pays, au terme d’une finale d’anthologie remportée d’un petit point contre la France (8-7). En face, les Bleus ont les yeux rougis. Le regard noir de leur capitaine, Thierry Dusautoir, restera dans les annales. De même que l’oeil au beurre noir de Morgan Parra, sorti dès la 23e après avoir été éteint par McCaw ou encore le baiser déposé sur le trophée par Imanol Harinordoquy alors qu’il récupérait sa médaille… Vous aussi, vous avez encore toutes ces images en tête ? 15 ans plus tard, tout pile, les Bleus d’alors n’ont rien oublié, évidemment. « J’ai l’impression que c’était hier », souffle Julien Bonnaire à Actu Rugby. Ils racontent

Bonnaire : « J’aurais préféré en prendre 30 »

L’ancien joueur de Bourgoin, Clermont et Lyon, qui formait avec Thierry Dusautoir et Imanol Harinordoquy l’une des 3e ligne les plus craintes de la planète, se souvient de « la frustration » de cette défaite si petite. « J’aurais préféré prendre 30 points et me dire qu’ils étaient vraiment au-dessus, ce qui était d’ailleurs souvent le cas avec les All Blacks. Je les ai joués 7 fois dans ma carrière, pour une seule victoire (lors du quart de finale de Coupe du monde 2007 à Cardiff, 20-18, NDLR). »

Au vrai, les Néo-Zélandais n’étaient pas plus forts ce soir d’octobre 2011 à l’Eden Park. Mais ce sont bien eux qui ont soulevé le trophée… « On a manqué de lucidité par moments, sur cet essai après une touche par exemple (Woodcock, 15e) », analyse aujourd’hui Julien Bonnaire. « Ensuite, ils nous pètent Morgan et il y a cette pénalité à 40 mètres qu’on ne met pas (Trinh-Duc, 65e). C’est vrai aussi qu’on n’a pas eu beaucoup de pénalités proches de nos lignes, on peut toujours polémiquer là-dessus… »

Aurélien Rougerie, aligné au centre ce soir-là, renchérit : « On n’a pas eu que des décisions favorables à la France, loin de là, et malgré ça, on échoue à un point et on n’est pas loin de faire basculer tout un pays », soupire-t-il dans Gueules du Rugby. « Après le match, on était en beuverie, la compétition était finie et on lâchait les gaz, un supporter néo-zélandais m’a dit : ‘vous ne méritez absolument pas d’aller en finale mais vous méritez d’être champions du monde‘. »

Un parcours « chaotique et magnifique » durant cette Coupe du monde 2011

Il est vrai que cette finale constituait le point d’orgue d’une campagne complètement abracadabrantesque pour le XV de France. Vaincus par les All Blacks (37-17) et surtout les Tonga lors du dernier match de poule (14-19), les Bleus avaient dominé l’Angleterre en quart de finale (19-12) puis le pays de Galles d’un tout petit point en demie (8-9, avec des Gallois pourtant à 14 dès la 18e après le carton rouge reçu par leur capitaine Sam Warburton).

C’est à l’issue de cette rencontre que le sélectionneur Marc Lièvremont avait sorti sa fameuse déclaration sur les « sales gosses » devant des journalistes médusés : « Je leur ai dit ce que je pensais d’eux, à savoir que c’était une bande de sales gosses individualistes, désobéissants, égoïstes parfois, toujours à se plaindre, toujours à râler, qu’ils me les cassaient depuis quatre ans et qu’en même temps, on est en finale et qu’il faut croire en son destin, croire à l’irrationnel au vu de ce match d’hier. »

Une semaine plus tard, son équipe devenait la plus proche d’un titre de champion du monde dans l’histoire du rugby français. « Notre parcours avait été à la fois chaotique et magnifique et cela reste un bon souvenir, car ça a été une expérience humaine et sportive incroyable », se remémore Imanol Harinordoquy pour Actu Rugby.

"On est passé d'un groupe de vilains petits canards et de caliméros, où personne n'était content de son sort, où tout le monde faisait la gueule, à une vraie équipe de mecs qui jouaient les uns pour les autres. Après les Tonga, on s'est dit : 'soit on met chacun notre ego de côté et on joue cette Coupe du monde pour la gagner ensemble, soit on rentre à la maison, c'est fini et on passe pour des grosses trompettes'. Ça a été le déclencheur."

Ce 23 octobre 2011, le Basque avait vécu « le moment le plus fort » de sa carrière. C’était pendant le fameux Haka, en forme de flèche : « On cherchait 50 idées et notre intendant, qui avait une formation militaire, nous avait dit : ‘mettez-vous en V et quand vous vous mettrez à plat, ce sera une déclaration de guerre. Personne ne le saura, mais vous, vous le saurez’. »

En résulta l’un des plus grands moments de l’histoire du rugby tricolore : « Il s’est passé quelque chose d’assez incroyable, qu’on ne peut même pas imaginer. Une boule d’énergie à Auckland en finale contre les All Blacks dans un stade tout noir où on se sentait tout petits habillés en blanc », reprend l’ancien 3e ligne. « On a senti que ça les avait perturbés. Un grondement est monté dans le stade, qui était incommensurable. »

Un éclair de génie et une énorme pression tout à la fois : « J’ai regardé les autres et je me suis dit : ‘Maintenant, il va falloir y aller’ parce que si tu en prends 60 derrière en finale de Coupe du monde, tu passes vraiment pour un blaireau’», se souvient Aurélien Rougerie en riant.

Une plaie « cicatrisée »

On connaît la suite. Les Bleus n’ont pas pris 60 points, non. Mais un de trop a suffi pour voir s’envoler les rêves de tout un peuple… « Si on avait été champions du monde, le rugby français aurait changé de dimension », prophétise Julien Bonnaire.

Il n’en fut rien. Alors, quand McCaw et sa bande soulevaient le trophée, les Bleus n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer. La tête et les corps vidés : « Sur le moment, on se dit juste que c’est fini et qu’on n’est pas champions du monde, voilà… », livre Imanol Harinordoquy. « Il n’y a rien d’autre sur le moment parce que franchement, personne n’a triché sur ce match. On s’est dit : ‘c’est bon, on s’est vidé les triples, on a tout donné et on n’a pas de regrets à avoir’. »

Aujourd’hui, « la plaie est cicatrisée », assure l’ancien joueur. Mais les souvenirs restent, toujours aussi vivaces, mélange de dignité et de regrets, d’incrédulité et de fierté. D’une immense, immense fierté.

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