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« La première préoccupation de sa mère a été qu’il continue d’aller à l’école » : les secrets d'Antonelli par son ancien manager
Kimi Antonelli et Stéphane Guérin au championnat Middle-East à Dubaï, en 2023.
Kimi Antonelli et Stéphane Guérin au championnat Middle-East à Dubaï, en 2023. DR

Cette fois, cela devrait être la bonne. Après son succès au Grand Prix d'Austin (États-Unis), Kimi Antonelli est en position de force pour remporter son premier titre de champion du monde. Au Mexique, il lui suffit de marquer 2 points (en terminant 9e). À 20 ans et 2 mois, l'Italien impressionne par sa maîtrise et sa maturité. Il a été repéré en 2017 par Gwen Lagrue, le recruteur de pilotes pour Mercedes, qui a décelé le talent du jeune garçon sur les pistes de karting. Stéphane Guérin est arrivé en 2021 et a accompagné « le projet Antonelli ». Son premier rôle a été de suivre l'apprenti pilote lors de son passage du karting à la monoplace, en 2021-2022. « C’est à partir de là que nous avons tissé une relation assez forte », explique le Français, manager de la filière des jeunes pilotes Mercedes. Il nous raconte son Kimi Antonelli.

Paris Match : Qu’avez-vous pensé de Kimi Antonelli lorsque vous l’avez vu pour la première fois en 2021 ?

Stéphane Guérin : Avec l’expérience, j’essaie de nos jours de ne pas trop me fier aux premières impressions. Ce qui m’a d’abord marqué, c’est sa personnalité, son charisme, sa gentillesse et sa bienveillance envers les gens, qu’il s’agisse de moi ou des membres des équipes avec lesquelles nous travaillions. Mercedes n’a pas d’équipe dans les catégories juniors, nous travaillons avec des partenaires. À l’époque, c’était l’équipe italienne Prema. À tout juste 15 ans, l’âge qu'il avait pour passer en monoplace, il rayonnait déjà. Sa personnalité était solaire. Sur le plan sportif, nous avons très vite vu qu’il était, comme on dit dans notre jargon, « spécial », différent des autres. Il avait quelque chose en plus, tant sur le plan de l’habileté que sur le plan mental. Il le montre encore aujourd’hui. Le week-end dernier, à Austin, malgré la pression de cette première balle de match, il a été extrêmement fort en qualifications et dominant en course. On pourrait presque dire, même si c’est exagéré, que la course s’est terminée au premier virage ! Et pourtant, la concurrence s’est renforcée : Red Bull est revenu aux avant-postes, Ferrari était en grande forme et McLaren restait présent. Malgré cela, il a livré une prestation complète. C’est là que l’on mesure sa capacité de performance mentale, extrêmement élevée pour un athlète.

Cette assurance et cette maturité étaient-elles déjà perceptibles à 15 ans, malgré les défauts inévitables à corriger ?

Bien sûr. Il faut même savoir les repérer : c’est un point clé. Notre métier consiste à dénicher une perle rare. Nous ne cherchons pas simplement un potentiel pilote de Formule 1, mais un futur champion. La dimension mentale est donc fondamentale. J’ai d’abord été patron d’équipe. Quand j’ai arrêté, je suis retourné sur les bancs de l’université pour me former sérieusement à la préparation mentale et au coaching. Aujourd’hui, même dans les sports collectifs, on ne parle plus de performance sans intégrer la capacité à performer mentalement. Nous disposons d’outils, et notre expérience nous aide à évaluer les forces et les faiblesses d’un adolescent. Il ne s’agit pas de jouer à Madame Irma avec une boule de cristal. Mais si, à cet âge, les fondations sont extrêmement solides et que l’on a affaire à un vrai compétiteur, ses points forts vont se développer avec l’expérience. Lorsqu’il arrivera à l’âge adulte, au plus haut niveau, il sera normalement très bien armé pour affronter la concurrence.

Justement, quels étaient ses défauts au début de votre collaboration ?

Il n’y en avait pas beaucoup. Au tout début, il aimait parfois faire un peu le spectacle, avec des dépassements courageux, mais risqués ou malvenus. Je me souviens de m’être fâché avec lui à Spa. Il adorait dépasser au premier virage. Sauf qu’ensuite, après le Raidillon de l’Eau Rouge, il y a une très longue ligne droite. Avec l’aspiration, celui qu’il venait de doubler revenait avec plusieurs autres pilotes et le redépassait en haut du circuit. Il perdait ainsi des places bêtement. Il a fallu le recadrer, mais ce n’étaient que des détails : il avait beaucoup de points forts et très peu de faiblesses.

Il a une capacité à se reconcentrer après une erreur. À Monza, par exemple, il sort dans le bac à gravier en revenant sur Russell, puis parvient finalement à dépasser son coéquipier. Est-ce l’une de ses plus grandes forces ?

Oui. Il est aussi très bien accompagné par une personne clé : Peter Bonnington, « Bono ». Dès leur premier essai privé ensemble, en juillet 2024, Bono a parfaitement cerné sa personnalité. Il a construit avec lui une relation très forte. J’ai l’habitude de dire que Bono est un peu son coach. Comme ingénieur de course, il sait gérer la situation sportive et technique sur le moment et trouver les mots justes pour le recadrer. Cette année, il y a eu plusieurs alertes liées au franchissement des limites de piste ; le faible nombre de pénalités montre que Kimi sait se reprendre. Mais Kimi possède aussi cette faculté de changer immédiatement d’état d’esprit. À Monza, dans la situation que vous évoquez, il a très vite compris qu’il en faisait trop. Nous en avons parlé en préparant Madrid. En deux virages, il s’était ressaisi. Il utilise notamment des exercices respiratoires pour se remobiliser et repartir à l’attaque, avec cette fois une marge de sécurité.

Le père de Kimi a lui-même fait carrière dans le sport automobile. Quel rôle a-t-il joué dans sa progression ?

Le rôle de son père, c’est celui d’un papa (sourire). Depuis l’entrée de Kimi dans l’académie Mercedes, à 11 ans, nous avons pris en charge son parcours sportif. Il a d’abord évolué dans l’équipe de karting de Dino Chiesa (Kart Republic), puis dans des équipes de monoplace, notamment Prema, avant la Formule 1. Nous avons toujours cherché à construire autour de lui un environnement professionnel, avec des gens expérimentés, compétents et habitués à gagner. Marco et Kimi ont surtout une relation père-fils qui leur permet de traverser cette aventure, avec la médiatisation croissante, tout en conservant un socle familial fort. J’aimerais aussi parler de Veronica, sa maman, beaucoup plus discrète. On voit davantage Marco, quelqu’un d’extrêmement attachant, mais Veronica joue un rôle essentiel dans cet équilibre. Lorsque Toto Wolff a annoncé à Kimi et à sa famille sa titularisation en Formule 1, la première préoccupation de Veronica a été qu’il continue d’aller à l’école ! Cela dit beaucoup de cette famille : simple, unie, fusionnelle et équilibrée.

Confier le baquet de Lewis Hamilton à un si jeune pilote était une décision très audacieuse de Toto Wolff. Comment l’avez-vous vécue ?

Sans trahir de confidences, nous avons assez vite senti, avec Gwen, que c’était ce que Toto voulait faire après l’annonce du départ de Lewis chez Ferrari. C’est la marque des grands patrons : être capable de donner une direction, de porter une idée, de lever les doutes et de lancer un projet. C’est ce qu’il a fait, et j’espère que nous pourrons célébrer une vraie réussite.

Toto suit Kimi depuis ses débuts. Il est passionné par la formation des jeunes pilotes. Gwen a longtemps été très impliqué dans ces discussions ; désormais, je prends le relais en tant que manager de l’académie. Et nous préparons déjà celui qui, dans quelques années, viendra donner des coups de pied aux fesses de Kimi ! C’est notre rôle. Pour ceux qui connaissent Toto, ce choix n’a rien d’une surprise.

S’il devient champion du monde, Kimi va changer de dimension, en particulier en Italie. Est-il armé mentalement pour supporter cette pression ?

Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas le sportif, c’est qu’il parvienne à se ménager des fenêtres pour respirer et vivre. Il n’a que 20 ans. Kimi vient d’une famille normale, de gens simples et travailleurs. Tout cela représente beaucoup de choses d’un seul coup. Je n’ai aucun doute sur sa capacité à garder les pieds sur terre. Et un titre ne lui suffira pas : je le connais, c’est un animal de compétition. Il est habité par la passion. Demandez-lui le temps qu’il avait réalisé lors de la deuxième séance d’essais libres d’une course de Formule 4 en 2022 : il vous le donnera au dixième, voire au centième près !

Ce qui m’inquiète davantage, c’est le rythme de vie : 24 courses aux quatre coins du monde, les décalages horaires permanents, les sollicitations, l’excitation autour de lui… et l’apparition de nouveaux « amis » intéressés. Ce sont des risques bien connus, mais il est très bien protégé par sa famille et par Mercedes F1.

A-t-il d’autres passions que la conduite ?

Non ! C’est le pilotage, la course. C’est sa vie. Il est né là-dedans. Il s’intéresse à beaucoup de choses, mais sa passion pour son métier est si forte qu’elle laisse très peu de place à autre chose.

On décèle chez lui une trempe d’ogre des circuits à la Max Verstappen ou Michael Schumacher, mais avec une approche très sympathique, presque « jeune homme comme les autres ». Partagez-vous cet avis ?

Oui. À 15 ans déjà, il rayonnait au milieu d’une équipe d’adultes. Il est très tactile, joueur, blagueur, jovial, curieux. Bien sûr, dans les moments difficiles, il peut se refermer. Mais naturellement, il donne une autre image que celle qu’ont pu renvoyer Max ou Michael. En revanche, quand il ferme la visière de son casque, je n’aimerais pas être son adversaire ! C’est un animal, il ne vous lâche pas. C’est le propre des grands fauves. Pour moi, Max est le meilleur pilote du monde en activité. Quand vous voyez Max dans vos rétroviseurs, vous savez que les ennuis commencent ! Kimi est un peu pareil, même s’il est encore très jeune et qu’il a de grandes marges de progression.

À quelle fréquence lui parlez-vous ?

Régulièrement, au moins une fois par semaine. Je lui ai aussi promis d’assister à quelques courses cette année (nous en avons fait six ensemble). Ma place est surtout sur les terrains de karting, de F4 ou de F3 pour le programme des jeunes. Quand je suis présent en F1, je passe beaucoup de temps avec lui. Nous avons également établi un plan de travail avec son coach, Sergi Avila, un ami qui le suit au quotidien et avec qui nous débriefons chaque situation.

Savez-vous quel SMS vous lui enverrez avant la course, puis après, s’il devient champion du monde ?

Avant la course, c’est simple : je ne lui en enverrai pas. Je ne le fais jamais, sauf nécessité absolue. Et après… Je ne sais pas ! J’ai beau avoir 55 ans, ce sera quelque chose de totalement inédit pour moi. Je n’ai jamais vécu le fait d’accompagner un jeune jusqu’au sommet de notre métier. On verra selon l’inspiration du moment !

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