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En mai, je me mettais au sport. En juillet, je perdais ma sœur. En septembre, j'apprenais mon cancer." C'est en ces quelques mots que Delphine Douchez-Hoareau résume une année qui a bouleversé sa vie. À l'automne dernier, alors qu'elle vient de perdre sa petite sœur après huit longues années de lutte contre un cancer du sein, elle découvre à son tour qu'elle est touchée par la maladie. Un choc, mais aussi et surtout un combat qu'elle aborde avec une détermination et un désir de revanche contre la maladie. "Pour moi, et aussi pour elle. Si je gagne, on sera deux à avoir gagné."
Pourtant rien ne prédestinait cette co-gérante d'une pharmacie à Marseille à devenir coureuse. "Au lycée, j'étais dispensée de sport. Je n'en ai jamais fait". Un déclic survenu en mai 2025, lorsqu'elle décide de s'inscrire au trail du Garlaban, organisé par l'Athlétique Marathon Club Aubagne. Pour ne pas perdre sa motivation, elle décide de rejoindre le club. Quelques mois plus tard, elle apprend son cancer. "J'avais l'impression que quelqu'un me disait 'Tu vas avoir un grand combat à mener, prépare-toi'."
Après le diagnostic, tout s'enchaîne : opération le 22 octobre, chimiothérapie à partir de novembre, puis radiothérapie jusqu'à fin juin. Depuis début juillet, elle suit une hormonothérapie. Au milieu des traitements, la course devient un repère, une échappatoire. Même lorsque les séances de chimiothérapie sont éprouvantes, elle essaie de rester active, convaincue que le sport lui fait du bien au corps comme à l'esprit. Une première chimiothérapie fragilise cependant son cœur et la contraint à arrêter la course pendant deux mois. Elle adapte alors son rythme sans renoncer à bouger. Elle se tourne donc vers la marche, la randonnée dans les collines et se fixe des petits défis pour garder le cap.
Le soutien de l'AMC compte alors énormément. Dans ce groupe, elle retrouve des liens, des rendez-vous et une vie ne se résumant pas aux soins. Elle réalise alors qu'elle peut parler de sa maladie sans en faire un tabou, et même parfois avec humour. La perte de ses cheveux est une épreuve : se montrer ainsi à ses proches lui demande beaucoup de courage. "Il faut s'assumer. On n'a pas honte d'être malade."
Son inspiration vient aussi d'autres femmes, comme la marathonienne Anaïs Quemener, qui a continué à courir pendant qu'elle aussi souffrait du cancer du sein. Son livre "Tout ce que je voulais, c'était courir" lui donne une motivation supplémentaire : "Elle l'a fait, je peux le faire", se dit-elle. Delphine Douchez-Hoareau veut à son tour témoigner, pour que d'autres femmes puissent trouver dans son parcours une image positive et l'envie de continuer une activité sportive à leur rythme malgré l'épreuve.
L'an dernier, quelques jours après son opération, elle regardait le Marseille-Cassis à la télévision, encore couvertes de pansements et des traces de l'intervention. De là, elle s'est promis d'y participer l'année suivante. L'Aubagnaise sera donc au départ dimanche sans chercher le chrono mais pour aller au bout. "C'est un défi, finir en bon état, avec les membres de mon équipe". Elle prévoit également le Marseille Outdoor Experiences, un trail urbain, quinze jours plus tard.
La maladie a changé son rapport au temps. Mère de deux adolescents, elle dirige son quotidien autrement et apprend à se ménager. Elle reste gérante de sa pharmacie, même si elle est encore en arrêt, et espère reprendre prochainement. La nature, le sport et les moments partagés ont pris une place plus importante. "On ne s'énerve moins pour rien... Un café, du soleil, et je suis contente", confie-t-elle. Des moments simples qu'elle savoure désormais davantage.
À l'occasion d'Octobre Rose, elle soutient les actions de prévention et de sensibilisation et appelle encore davantage à la recherche et à la réflexion sur les facteurs de risque. Son témoignage n'efface ni les incertitudes, ni la fatigue : des examens médicaux restent à venir et les traitements continuent. Mais elle refuse que la maladie la définisse. "J'ai une maladie mais je ne suis pas malade."
La suite s'écrira au fil des sorties, des courses et des moments avec ses proches. Delphine Douchez-Hoareau veut surtout continuer à courir avec ses amis de l'AMC sans forcément chercher les podiums ou une performance. "Ensemble, on va plus loin", rappelle-t-elle. Une devise pour avancer, foulées après foulées, avec sa sœur toujours présente dans ses pensées et dans son cœur.