Retour
Après sa collision avec Violette Dorange, dimanche sur la Route du Rhum, Romain Pilliard a porté réclamation.
« J’ai vraiment les boules, je suis trop triste. » Encore sous le choc de sa collision avec Romain Pilliard, survenue dimanche environ deux heures après le départ de la Route du Rhum, Violette Dorange a dû faire une escale technique à Roscoff, où elle a découvert l’étendue des dégâts. « Outre le foil tribord, la structure du bateau est touchée et une voie d’eau s’est ouverte », a fait savoir son équipe Initiatives-Cœur dans un communiqué.
Ces nombreux problèmes vont l’obliger à rejoindre son port d’attache, à Lorient, pour effectuer les réparations avant de reprendre la course, qu’elle ne compte pas abandonner. Reste une question: à qui la faute ? Si la navigatrice française qualifie cet accrochage de simple « incident de course, comme il en arrive parfois », l’autre victime n’est pas de cet avis. Le skippeur du trimaran Use It Again donne sa version des faits dans L’Equipe.
« On était sur le même bord, il y avait Initiatives-Coeur et MACSF (Corentin Horeau), mais j’étais assez loin d’eux, environ un mille, explique-t-il. À un moment, le vent est monté, j’ai décidé d’affaler mon gennaker (grande voile d’avant). J’étais sur le pont quand tout d’un coup, elle a déboulé derrière moi à 28 nœuds, je l’ai vue arriver à trois longueurs, j’ai gueulé, mais ça n’a rien changé. Elle n’a rien vu sinon, elle m’aurait évité. »
Pour lui, Violette Dorange est responsable de cette collision. « J’étais devant, quasiment non manœuvrant, dans ces conditions, c’est aux autres de s’écarter, dit-il, sans vouloir enfoncer la skippeuse de 25 ans. Violette est venue m’accueillir sur le ponton avec Sam (Davies). C’est une super navigatrice, je ne lui en veux pas. Je la connais et je l’aime beaucoup, mais c’est une bêtise. Mais je ne veux pas l’accabler, on a tous fait une boulette. »
« Là, c’est tombé sur elle. Ça arrive au pire moment, sur la Route du Rhum, la grosse course qu’on attendait avec impatience », poursuit Romain Pilliard, dont le flotteur bâbord est « explosé » et qui a subi d’autres « dégâts structurels très importants ». « Il reste un petit espoir de repartir, annonce le Parisien de naissance (51 ans). Officiellement je suis toujours en course, mais c’est chaud et il y a beaucoup de travail, au moins quatre ou cinq jours. »
« J’ai prévenu le comité de course que j’allais porter réclamation contre Initiatives-Cœur, révèle-t-il également. Derrière, il y a des histoires d’assurance, des gros montants de réparation. Je ne peux pas prévoir ce que va dire le jury, mais je ne vois pas comment je ne peux pas être dans mon droit. » De son côté, Violette Dorange peut compter sur le soutien de sa formation, qui a aussi décidé de porter réclamation dixit Ronan Deshayes.
« Romain (Pilliard) progressait en parallèle de nous et, à un moment, il a dévié sa trajectoire pour rouler sa voile, assure le directeur technique d’Initiatives-Cœur. Du coup, il s’est retrouvé à une centaine de mètres. Violette allait plus vite que lui. Elle était rattrapante mais quand il décide d’affaler, il a mis un coup de frein à main devant elle. Il n’était alors plus dans le champ du radar ou de l’AIS. Alarme ou pas, Violette avait 25 secondes pour réagir. »
« Alors oui, elle est derrière, mais quand il engage sa manœuvre, il se doit de laisser le temps d’agir aux bateaux autour. Quand tu ne laisses pas d’eau aux autres bateaux pour agir, tu peux être considéré comme en partie responsable. On a porté réclamation et ce sera au jury de la course de trancher », conclut-il. Le comité devrait se prononcer dans les prochains jours sur les éventuelles sanctions et compensations.