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ENTRETIEN. De la Nationale au Top 14 en quatre ans, le Palois Rodrigo Marta avait « mentalisé ce parcours »

Arrivé de Belenenses (Portugal) puis passé par Dax et Colomiers, le meilleur marqueur de Top 14 a transformé son rêve en réalité. Ce dimanche face à Leicester (14 heures), l’ailier sera titularisé au centre. Une première à Pau

Rodrigo Marta a inscrit six essais en cinq rencontres de Top 14 sous le maillot palois.

Vous attendiez-vous à ce genre de débuts en Top 14 ?

Je ne pensais pas que ça allait se passer aussi bien. J’ai eu la chance de choisir la bonne équipe, tous me poussent à être meilleur. Depuis la présaison, je sens que je progresse.

Est-ce si différent d’être un bon ailier de Top 14 par rapport à la Pro D2 ?

Avec tous les outils mis à ma disposition sur la présaison, il y a déjà une grosse différence au niveau de la préparation. J’ai senti le changement en arrivant ici. Je suis mieux accompagné pour travailler des détails très spécifiques. Cela m’a déjà beaucoup aidé à progresser. Je n’ai plus qu’à me focaliser sur le rugby. Entre l’accompagnement humain, la nutrition, la précision en musculation… Ils te « travaillent » pour que tu performes et que tu ne penses à rien d’autre. C’est un vrai confort.

Comment vivez-vous la médiatisation qui accompagne vos débuts réussis à Pau ?

J’aime savoir ce que les spectateurs, ma famille ou les médias pensent. Ce n’est pas un souci, au contraire, je savoure. Quand tu es plus sollicité par les journalistes, c’est généralement que tu fais du bon travail et que tu le mérites. Je suis très heureux de ce début de saison, et quand tu joues bien, ça attire l’attention.

Avez-vous la sensation d’ouvrir une nouvelle voie vers la France, pour les jeunes Portugais nés au pays ?

Moi, comme d’autres Portugais nés au pays et venus jouer en France (Madeira, Martins, Costa Storti, NDLR), essayons d’être un exemple pour les jeunes qui souhaitent devenir pros ici. On a beaucoup de Portugais prometteurs qui peuvent être inspirés. J’ai reçu plein de messages me disant que là-bas, on est un exemple. On essaie de prouver aux jeunes qu’il y aura toujours une opportunité en France. Pourtant, quand tu ne parles pas la langue, c’est une vraie contrainte, et ce n’est pas la seule. Mais ce n’est pas impossible.

Vous êtes en France à 20 ans révolus et ne pouvez donc plus aspirer au statut de joueur issu des filières de formation (Jiff). Le pari était d’autant plus risqué…

Cette histoire d’étrangers, de non-Jiff ne m’est jamais passée par la tête. Je n’avais qu’un seul objectif : venir en France et arriver au plus haut niveau, en Top 14. Le rêve est devenu réalité. Il m’est venu à l’esprit vers 2019, avec Patrice Lagisquet, qui a tiré la sélection portugaise vers un environnement pro. Quand il a amené cette rigueur et ce goût du détail, ça m’a poussé à songer à la France. C’était d’autant plus facile que je parlais déjà la langue.

« Mon arrière-grand-mère était belge. Elle a dû fuir la guerre quand les Nazis ont envahi son pays »

D’où vient cette francophilie ?

Mon arrière-grand-mère était belge. Elle a dû fuir la guerre quand les Nazis ont envahi son pays, elle est partie en France, puis au Portugal. C’est là qu’elle a connu mon grand-père. Elle a inscrit ma grand-mère, ma mère, puis nous-mêmes au lycée français de Lisbonne. C’est devenu une tradition. Pour la perpétuer, je pense mettre mes enfants au lycée français quand j’en aurai.

Après votre année à Dax (2022-23), vous choisissez Colomiers (2023-26) au détriment de Pau, ce qui a provoqué la colère du manager Sébastien Piqueronies. Pourquoi avoir fait ce choix ?

J’étais heureux que Sébastien soit intéressé, je voulais jouer en Top 14, et je savais que Pau donnait beaucoup d’opportunités aux jeunes. Mais dans ma tête, il manquait encore une étape. Certains ont dit que c’était le bon choix, d’autres non, et Sébastien n’était pas très content. Je suis donc heureux et reconnaissant de cette seconde opportunité.

La concurrence ne vous a-t-elle pas fait trop peur ?

Au contraire. Au contact des meilleurs trois-quarts de Top 14, tu vas apprendre beaucoup de choses, que ce soit sur les ballons hauts avec Théo (Attissogbe) et Aaron (Grandidier), ou les duels avec des centres puissants comme Fabien (Brau-Boirie) et Émilien (Gailleton). Je savais qu’ils allaient me tirer vers le haut, et c’est ce qui s’est passé.

Êtes-vous meilleur à l’aile qu’au centre, poste que vous découvrirez avec Pau ce dimanche ?

J’aime bien les deux, et les entraîneurs aiment ma polyvalence. J’aime qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur moi aux deux postes avec le même rendement.

Vous retrouvez aussi Julien Sarraute, qui vous a managé à Colomiers. Cela a-t-il influé sur votre choix ?

On n’a pas discuté avant que je signe. Mais c’est bien de le retrouver comme entraîneur de l’attaque, je suis très à l’aise avec lui. Comme il a une position différente, qu’il n’est plus entraîneur principal, je le sens un peu plus relaxé et nos conversations sont plus fluides.

Vous découvrez le Top 14 quatre saisons seulement après votre départ de Belenenses. Imaginiez-vous que tout irait si vite ?

J’avais mentalisé ce parcours : c’est exactement comme ça que je voulais que tout se passe. Même si j’aurais aimé basculer en deux ou trois ans (sur le Top 14, NDLR).

Vous êtes issue de l’aristocratie, avez fait de brillantes études de gestion et venez d’un milieu social aisé, comme beaucoup de rugbymen portugais. Tenter l’aventure du rugby en France était un pari risqué…

Un petit peu. Les gens ne se rendent pas compte qu’au Portugal, traditionnellement, tu fais tes études, tu vas à l’université et tu travailles dans une entreprise. Mon frère a fait des études universitaires, il jouait au rugby, à 7 et à 15 avec le Portugal avant d’arrêter pour travailler. Ce n’est pas facile parce que tes parents veulent ton succès et quand tu prends un chemin différent, ça leur fait un peu peur. On en a discuté pendant des mois, je le voulais vraiment, et ils m’ont soutenu en me disant : « Si c’est ton choix, on est avec toi. Va en France mais sois le meilleur. »

Une fois votre carrière terminée, renouerez-vous avec le monde entrepreneurial ?

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