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L’euphorie résonne des deux côtés du grillage. Les joueurs dansent au pied de la Butte, chantent à gorge déployée sous la baguette du chef d’orchestre Zoumana Camara. "Qui ne saute pas n’est pas pailladin". Les supporters de Montpellier communient avec eux au bout d’une victoire arrachée (2-1) devant le Red Star lors du choc de la 10e journée.
L’entraîneur de Montpellier se fond dans la masse des joueurs, profite du moment et se glisse un peu plus dans la peau pailladine. Il partage la renaissance d’un club à un point de bascule. Il évente son double discours. Formaté devant la presse, musclé sur l’écran de La Mosson, où avant le coup d’envoi, il clame l’ambition "de vouloir aller chercher la seconde place". Double objectif atteint.
Zoumana Camara se veut offensif au quart de la saison en écho d’une attaque qui tombe le masque. Dans ce mois d’octobre, tout rose à l’image de trois succès d’affilée devant Grenoble (2-0), Rodez (3-0) et donc le Red Star, Montpellier greffe une attaque à une équipe jusque-là rivée sur les béquilles de sa défense.
La métamorphose frise la caricature. Après avoir tourné à moins d’un but par match (6 buts lors des 7 premières journées), l’attaque marque, se libère, rattrape le train pour donner du cœur à l’ambition secrète du vestiaire montpelliérain.
Avec sept réalisations en trois rencontres depuis la longue trêve internationale, l’avant-centre Mamadou Camara, transfiguré, Nicolas Pays, contaminé par le virus de l’efficacité, et Laciné Megnan, au culot ébouriffant, harmonisent leur efficacité à la rigueur d’ensemble. Ils partagent deux buts chacun en trois rencontres, se dépouillent l’un pour l’autre à l’image du premier but. Déviation de Camara, centre de Pays et flair de Megnan pour finir. Un but cousu dans le collectif.
"On n’avait pas la réussite, on n’avait pas cet esprit tueur. Maintenant, nos attaquants ont la réussite. Mamadou Camara, blessé à l’épaule, a raté trois ou quatre matches. Forcément, ça a mis un petit coup de frein à sa préparation. Le jeune Laciné (Megnan) a commencé par énormément d’euphorie, et derrière il a un peu ressenti la fatigue. Là, il retrouve la fraîcheur. Et puis, il y a des automatismes qui se créent et de la confiance qui s’engrange. Ce mix fait qu’ils arrivent à être efficaces et prolifiques", observe Zoumana Camara.
Lundi, lors d’une rencontre cadenassée par la peur du contre audonien, les trois attaquants ont brisé le plafond de verre d’un sommet décisif. Ils se sont occupés de tout. Presque seuls. Au moment où le meneur de jeu Noah Vidal-Cartoux ébroue les attentes, huile le jeu de sa touche subtile, les attaquants s’imbriquent dans la reconstruction de cette équipe. Et échafaudent le second étage sur les fondations coulées l’an passé.
Laciné Megnan débroussaille les terres de la précocité. Il est le premier joueur à inscrire trois buts avant ses 17 ans dans l’un des cinq grands championnats européens, premières et secondes divisions confondues, depuis Lamine Yamal en février 2024. Tête toujours haute, il sidère par son mental et sa capacité à se remettre d’une première période ratée.
Mamadou Camara s’invente avant-centre. Attaquant hybride, il carbure à l’éclectique. Joueur connecté au collectif, l’ancien attaquant de Laval (9 buts l’an passé), recruté au cours de l’été, ne vise pas le seul but. "Il est important pour nous parce que c’est le fer de lance de l’attaque. Il est généreux à travers ses courses, son pressing incessant", loue Zoumana Camara, aux airs de pompier pyromane. Qui va devoir éteindre l’euphorie sur la route d’Annecy.
Cela remonte loin. Montpellier n’avait plus empilé trois victoires en championnat depuis plus de trois ans. La série actuelle, née des succès devant Grenoble (2-0), à Rodez (3-0) et devant le Red Star (2-1), est inédite depuis mars 2023. À la fin de cet hiver-là, sous l’effet du retour aux commandes de Michel Der Zakarian, les partenaires du buteur Elye Wahi avaient enchaîné trois victoires face à Angers (5-0), à Ajaccio (1-0) et devant Clermont (2-1).