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ENTRETIEN. « Je n’ai jamais été le premier choix » : de l’OM aux Girondins de Bordeaux, Jean-Pierre Papin raconte une vie de footballeur

En publiant sa biographie, coécrite avec le journaliste Mario Albano, Jean-Pierre Papin tourne, a priori définitivement, la page d’une vie de football, où les buts se comptaient par centaines

Jean-Pierre Papin a marqué plus de 300 buts pendant sa carrière professionnelle.

Votre biographie démarre par la remise du Ballon d’Or que vous décrochez en 1991. Est-ce le moment où vous vous rendez compte du chemin parcouru ?

Oui, ça y a contribué. Quand tu reçois le Ballon d’Or, c’est comme si tu avais achevé une sorte de quête. C’est certainement l’un des trophées les plus inaccessibles du football. Alors, oui, quand tu l’as dans les mains, tu prends forcément conscience de tout ce qui a été accompli pour en arriver là.

Avez-vous l’impression d’avoir toujours dû convaincre pour vous imposer tout au long de votre carrière ?

Absolument. Je n’ai jamais été le premier choix. Je n’étais pas le plus grand, je n’étais pas le plus fort, je n’étais pas le plus costaud, je n’étais pas le meilleur. Sauf que j’avais faim, très faim même… Et j’ai eu la chance de ne jamais me blesser, tout comme j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Ça m’a permis de tisser ma toile tranquillement.

Vous parlez de chance mais on suppose qu’il a fallu énormément travailler pour devenir un buteur de votre trempe…

Je m’imposais une discipline, un travail personnel : 45 minutes de frappes par séance, de l’ordre de 200 frappes. C’est quelque chose qui m’a suivi pratiquement tout le temps. J’ai calculé : cela représente 1,2 million de frappes. Plus ou moins. Probablement plus avec l’entraînement classique…

Girondins de Bordeaux

La venue de « JPP » à Bordeaux (1996-1998) ne coulait pas de source. « J’ai appelé Alain Giresse, il m’a parlé de Bordeaux d’une telle manière que je devais signer. Ce n’était pas le choix le plus facile parce qu’il y avait cette rivalité avec l’OM. Mais ça a été un des plus beaux choix de ma carrière. J’ai découvert un club, une région que j’aime tellement que je n’en suis jamais parti », indique celui qui réside sur le bassin d’Arcachon. En deux saisons, « JPP » a inscrit 31 buts (en 72 matchs) avec les Girondins. «  La situation actuelle du club m’attriste, il ne méritait pas ça. Aujourd’hui, le club repart. Si les gens qui l’ont pris en main sont aussi compétents qu’ils veulent bien le dire, j’espère qu’on reverra les Girondins en Ligue 2 dans quatre ans ».

Parmi les personnes qui ont compté, il y a évidemment Bernard Tapie. En quoi a-t-il aidé à façonner l’homme que vous êtes ?

Bernard Tapie m’a apporté plein de choses. Il m’a aidé à comprendre, il m’a mis en situation de responsabilité à l’OM. Il m’a aussi aidé à m’exprimer. On discutait beaucoup tous les deux. De fait, il me formait à parler devant les médias ! J’ai toujours pu compter sur lui, notamment lors de mon divorce : pendant cette période, j’étais l’ombre de moi-même sur le terrain. Bernard a été très présent à ce moment-là, il m’a aidé à passer le cap, dans ma vie et donc sur le terrain. Une relation avec un président comme Bernard Tapie, c’est quelque chose d’unique. Cela ne s’est jamais reproduit dans ma carrière.

On apprend aussi dans votre livre qu’Alain Giresse a été une sorte de parrain bienveillant à votre arrivée à Marseille…

Alain, c’est mon grand frère. On venait de se côtoyer à la Coupe du monde au Mexique en 1986 et on avait signé à l’OM. Quand on commence la préparation, il vient me voir et me dit : « écoute, je sais que tu as du potentiel. Par contre, je vais t’expliquer deux trois trucs qui vont te permettre de passer un cap ». J’ai bu ses paroles. Et ce que m’a dit Alain à l’époque, cela me sert encore.

Parce que moi, je pensais que le football professionnel, c’était : arriver le matin, même à la dernière minute, se changer, s’entraîner, repartir. Point. Alain, c’était l’inverse : il arrivait en premier, il repartait en dernier, il prenait soin de lui… Il m’a fait comprendre ce qu’était la réalité d’un footballeur professionnel aguerri. Cet enseignement, j’ai essayé de le transmettre aux gamins lors de ma dernière mission auprès des jeunes à l’OM. Quand j’en vois certains en équipe première aujourd’hui, je me dis que ces conseils ont eu du poids.

Vous n’exprimez aucun regret au sujet de votre départ de l’OM, ce qui n’est pas le cas quand vous quittez Milan pour rejoindre le Bayern Munich. Pourquoi ?

Les deux situations sont très différentes. À Marseille, j’avais fait ce qu’il fallait, j’avais le sentiment d’être arrivé au bout du bout, malgré la défaite en finale de Ligue des Champions contre l’Étoile Rouge de Belgrade. Alors que je suis parti avec dépit de Milan parce que j’estimais que je ne jouais pas assez. Le souci, c’est que je n’ai pas cherché à savoir pourquoi. J’aurais dû aller voir Fabio Capello pour échanger. Je ne saisissais pas son mode de fonctionnement, il ne me l’avait pas expliqué. Plus tard, on a eu un échange : « on ne quitte pas le Milan AC comme ça, le Milan AC peut éventuellement te laisser partir. Si Milan ne voulait pas, c’est parce que le club croyait en toi ». Cette discussion, on aurait dû l’avoir avant…

« Pour la Coupe du monde 1998, ça s’est joué à rien, à la décision d’Élie Baup de me mettre sur le banc »

Votre carrière en équipe de France a-t-elle un goût d’inachevé, avec cette non-participation à la Coupe du monde 1994 ? Pensez-vous que vous auriez pu en faire plus ?

En faire plus, je ne crois pas. Pour 1994, on avait l’occasion de se qualifier, tout le monde connaît l’histoire. On ne l’a pas fait, c’est ainsi. J’ai quand même eu la chance de vivre une Coupe du monde en 1986…

Vous n’abdiquez jamais chez les Bleus. Vous pensez même pouvoir être sélectionné pour la Coupe du monde 1998 lors de votre dernière saison aux Girondins de Bordeaux…

Oui. Je pense que ça s’est joué à rien, à la décision d’Élie Baup de me mettre sur le banc. J’avais pris fait et cause pour le coach Guy Stéphan qui venait d’être évincé. En tant que capitaine, j’étais allé voir Élie Baup, qui était son adjoint, pour lui dire que dans ces conditions, lui aussi devait partir. Ce que je ne savais pas, c’est que tout était réglé et qu’Élie Baup reprenait l’équipe comme coach principal…

Vous dites clairement dans le livre que vous en avez terminé avec le football. Est-ce irrémédiable ?

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