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WTT Champions Montpellier : "250 jours de compétition, c’est complètement hallucinant", un circuit et des joueurs en surchauffe
Le numéro 1 mondial Sora Matsushima, 19 ans, ne montre pas encore de signes de fatigue avec l’enchaînement des matches. MICHAEL ESDOURRUBAILH

Depuis le début de l’année, les frères Lebrun et les autres cadors mondiaux enchaînent les tournois dans un calendrier qui ne semble jamais leur accorder de répit. Circuit WTT, championnats d’Europe ou rencontres avec leurs clubs… Les compétitions ne s’arrêtent quasiment jamais. De quoi remettre en question le rythme du circuit international ?

"Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Au début, la WTT (World Table Tennis, le circuit mondial, NDLR.) sautait sur l’occasion dès qu’il y avait quelqu’un qui voulait organiser un tournoi", répond Christophe Legout, patron des compétitions à la Fédération. Celui qui pilote l’organisation du WTT Champions Montpellier, cette semaine, pense que la gestion s’améliorera avec le temps. "On sait tous que l’idéal, ça serait qu’il y ait trois tournois à la suite en Asie, puis aux États-Unis et enfin en Europe. Au tennis, ça a pris 20 ans à être mis en place. La WTT a commencé seulement en 2021 et ils ont amené notre sport à un niveau de présentation qui était inimaginable avant. Le leitmotiv général, c’est faire moins mais mieux. Si on arrive à faire ça pour les tournois, ça sera mieux."

Certains joueurs avaient déjà posé le débat. Fin 2024, les chinois Chen Meng et Fan Zhendong avaient alerté sur les conditions éreintantes du circuit. "Les nouvelles règles imposées par WTT ne permettent plus de prendre du temps pour soi", avait commenté la première, tandis que le second expliquait qu’il ne pouvait "pas les supporter".

"Ça va aller encore plus loin"

"Je pense que ça va aller encore plus loin", considère de son côté le Portugais Joao Geraldo. Battu en 16es de finale, mardi, le 35e mondial pense que "de nouveaux joueurs vont décider de manquer quelques tournois". "Le système nous oblige à jouer 16 à 20 tournois par année. Nous devons aussi jouer dans nos clubs parce qu’on ne gagne pas notre vie uniquement avec le circuit WTT. Seul le top 20 peut vivre de ça. Parfois, tu as besoin d’une pause, mais avec un système comme celui-ci, c’est vraiment dur."

Parfois comparé au circuit du tennis, le rythme est encore plus exigeant chez le petit frère de la balle jaune. "Ça n’a rien à voir même par rapport au tennis. Le circuit professionnel c’est à peu près les mêmes choses sauf que nous, on a les compétitions par équipe en plus et nos compétitions "historiques" : Coupe du Monde, championnat du monde, championnat d’Europe. C’est 250 jours de compétition dans l’année, c’est complètement hallucinant", analyse Stéphane Lebrun.

"La chance de pouvoir vivre de ça"

Pour le père de la fratrie, il y a un vrai sujet. "Les athlètes sont complètement épuisés, on le voit avec les Chinois, les Japonais. Nous, on fait très attention de ne pas faire beaucoup jouer Alexis et Félix en club. On est sur un moment délicat pour les sportifs, c’est comme toutes les évolutions. Le circuit professionnel est une très bonne chose, ils ont mis le tennis de table à un très haut niveau en termes de scénarisation, c’est un vrai spectacle. Mais on n’a pas enlevé toutes les autres compétitions. Il n’y a pas de jugement, ce sont des problématiques, on les a intégrées mais c’est difficile."

Son fils Félix partage le même avis. "Il y a une cadence élevée. On est un des sports qui joue le plus. Je joue un peu moins au championnat, mais pour la plupart des joueurs, il y a le championnat. Notre saison finit mi-décembre et reprend début janvier. Mais je n’ai pas envie de me plaindre de ça", exprime le N.2 mondial. "Je pense qu’on a quand même de la chance de faire du ping, de faire toute l’année le sport qu’on aime, de pouvoir vivre de ça. Il y a forcément des problématiques qui viennent avec ça, mais c’est quand même plus un plaisir qu’une difficulté."

Pour Camille Lutz, c’est également une chance d’enchaîner les tournois. "C’est quand même une chouette vie. C’est hyper dynamique. Il y a des périodes d’entraînement, des périodes où on bouge. Ce n’est pas du tout redondant", estime la 112e joueuse mondiale.

Éliminée au premier tour en trois sets (6-11, 5-11, 3-11), mardi, par la N.2 mondiale, la chinoise Yingsha Sun, la Française de 24 ans loue malgré tout le fait de pouvoir jouer en Europe et notamment en France. "C’est agréable de ne pas avoir à prendre un long vol, c’est un grand confort de pouvoir jouer ici. Quand on va en Asie, on arrive beaucoup plus tôt, c’est nécessaire", commente-t-elle. "Parfois, c’est un peu dur pour repartir sur un tournoi quand on en a déjà fait plusieurs à la suite. Mais là, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu une période où j’enchaînais beaucoup les compétitions. Je suis contente."

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