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Les trois générations soudées célébreront ce samedi 17 octobre les 110 ans dans la famille de l’emblématique enceinte sportive d’Urrugne (lire par ailleurs). « Mes parents sont rentrés ici en 1916, ils ont acheté en 1920. Moi, je suis née dans la maison en 1931 », récapitule Jeanne, la mémoire toujours en bon ordre. C’est son père, Léon Sorçabal, qui a donné son nom au temple local de la pelote basque : « On l’appelait Dongaitz, par le nom de la maison où il était né, Dongaitzenia, comme ça se fait au Pays basque ».
La bâtisse était située à deux pas de la cancha qui allait devenir l’un des lieux, parmi tant d’autres, de ses exploits retentissants à la main nue. Le début du XXe siècle marque l’apogée de la discipline. Les pilotari sont des vedettes, Léon Dongaitz tout en haut de la pyramide. « Il m’a souvent raconté ses parties, je regrette de ne pas l’avoir enregistré à l’époque », se reproche sa fille, qui a tout de même conservé quelques souvenirs marquants de la célébrité paternelle. La venue de Charlie Chaplin et Maurice Ravel à des confrontations épiques. La quasi-impossibilité d’aller à Bayonne. « On ne pouvait pas faire un pas sans se faire arrêter par les gens. »
À l’époque, les paris fusent aussi vite que les rebonds. Mattin Behasteguy, fondateur du fameux restaurant Chez Mattin de Ciboure est de ces miseurs flamboyants. « Il ne jouait que sur mon père. Une fois, il avait parié tout l’argent de son mariage. » Les prouesses du maniste d’Urrugne avaient heureusement sauvé la noce. Jeanne cite encore « l’énorme défi de 1922, à Elizondo, remporté d’un point » par le moustachu associé à l’un de ses frères Jean-Baptiste, face à Arcé et Leonis (50 à 49). « Il y avait 20 000 francs en jeu », relève l’amatto, mettant en parallèle ce montant avec celui du trinquet et de l’habitation accolée, acquis deux ans plus tôt… pour la même valeur !
Léon Dongaitz fera vivre l’établissement pendant des années, rapidement aidé par sa fille Jeanne : « On ne m’a pas laissé le choix, confie cette dernière. Ma mère Marie-Jeanne est décédée quand j’avais 7 ans ». Elle en tiendra la gérance jusqu’en 1988, entre tournois de pelote (main nue et pala), compétitions de mus, repas d’après match de rugby ou de cérémonies religieuses.
Brigitte Semper se forme au début des années 1980 et poursuit l’héritage. « J’ai travaillé de 1979 à 1988 avec maman. J’ai pris la gérance quand j’avais 28 ans. Et on y est encore », sourit-elle. Si la partie restauration a été abandonnée, le travail ne manque pas. C’est le moins qu’on puisse dire : « On est ouvert tous les jours, de 8 h 30 à 22 h 30… sauf le lundi matin ». « Oui, enfin depuis pas longtemps », tient à préciser son fils Peio Echeverria-Semper. « Quatre ou cinq ans ».
La famille Dongaitz vit depuis 110 ans entre quatre murs : « Certains ont des repas de famille pendant l’année, nous, c’est tous les jours », formule le dernier de la lignée. Cousins, oncles et tantes se joignent chaque midi à la table.
Jusqu’il y a quelques mois, c’est Jeanne qui faisait encore la cuisine pour la dizaine de convives. Il était l’heure de passer la main. Comme pour sa fille de céder la gérance. La passation avec Peio Echeverria-Semper « est en cours ». Ce n’est pas simple. Il est professeur des écoles et va devoir trouver une solution avec l’Éducation nationale. Mais l’envie est là : « Je sers avec maman derrière le bar depuis que j’ai quinze ans ». Et les encouragements appuyés d’amatto : « J’espère que tu ne vas pas laisser le trinquet ! »