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Basket. "Un gentil petit Suisse" en quête de soi : Yoan Granvorka, le joueur du Caen BC qui cultive l'introspection
Yoan Granvorka est l'une des recrues du Caen Basket Calvados.
Yoan Granvorka est l’une des recrues du Caen Basket Calvados. ©Aline CHATEL

Il reçoit à la pâtisserie Bibiche, à deux pas de chez lui, entre le stade d’Ornano et le Palais des Sports, et on se dit que ce havre de paix lui ressemble bien. La chaleur de Yoan Granvorka relègue en arrière-plan la pluie qui s’est invitée en cet après-midi de septembre 2026. Le joueur recruté par le Caen Basket Calvados durant l’intersaison se distingue par son affabilité. « À la base, je suis un gentil petit Suisse avec un petit côté antillais, se décrit-il dans un sourire. Souvent très poli, parfois presque timide. Dans la culture suisse, tout le monde est assez gentil. »

Yoan Granvorka est comme ça. Poli, courtois, attentionné. « Ce n’est pas toujours compatible avec le monde du basket professionnel, reconnaît l’athlète de deux mètres. Il faut réussir à s’adapter au côté individualiste du basket, donc faire valoir ses qualités, tout en restant soi-même. Moi, je suis quelqu’un de gentil. Quand je suis arrivé à Rouen, j’ai essayé de me faire violence. Mais ce n’était pas du tout moi ! Il y a quelque chose qui bloquait. » Depuis son passage compliqué par la Seine-Maritime en 2023-2024, Yoan Granvorka a cheminé dans l’idée de « développer une certaine affirmation de [lui]-même. » 

C’est lié à l’idée d’accepter d’être qui je suis. J’ai l’impression que ça fait peu de temps que j’ai compris comment je fonctionne. J’ai envie d’en profiter sur le terrain.

Passionné par le développement personnel

Chez lui, en Suisse, Yoan Granvorka a « une bibliothèque remplie de livres sur le développement personnel ». Il n’est pas un soir sans qu’il s’endorme après avoir ouvert un livre. « C’est une bonne routine », estime-t-il. Quand nous l’avons rencontré, son livre de chevet était « La Cité intérieure », d’Oscar Bruel « pour optimiser notre cerveau », mais aussi « mieux appréhender le stress d’avant match ». Yoan Granvorka n’y voit pas seulement une manière de grandir en tant qu’homme. Mieux se connaître, c’est aussi mieux performer. Sans trop se le dire, de préférence.

Ce qui m’a libéré dernièrement dans le sport, c’est le fait de réussir à me foutre la paix. J’ai arrêté de vouloir tout contrôler, alors que j’ai ce côté très perfectionniste. Lâcher prise, faire des recherches pour le plaisir et non pour essayer d’optimiser mon sport, cela me correspond davantage. Je suis plus détendu, plus détaché.

C’est cette même philosophie qui anime Yoan Granvorka sur un temps plus long. Le retour en France après une saison en Belgique et une autre en Suisse, au sortir de l’expérience rouennaise, ne suscite pas de pression particulière. « Je n’ai pas envie de vivre ma carrière en étant en panique. J’ai envie de vivre ma carrière en continuant à développer qui je suis, parce que c’est ce qui va me rester après ma carrière, c’est aussi ce qui va faire que j’aurai une bonne carrière ou pas. C’est cette mentalité que j’essaie d’entretenir, même si je vois au quotidien que ce n’est pas celle de tout le monde. »

Yoan Granvorka
Yoan Granvorka a signé cette saison au Caen Basket Calvados. Il a été formé à Nancy. ©Aline CHATEL

« J’étais un enfant timide, le sport m’a construit »

Yoan Granvorka a l’habitude de tracer son propre chemin. Sa famille baigne dans le volley. Son père, décédé le 16 septembre 2025, a été sélectionneur de l’équipe de France. Sa mère et sa sœur, dont il est très proche, ont représenté la Suisse, le pays où il est né, dans cette discipline. « J’ai fait du volley jusqu’à ce que je doive choisir entre ce sport et le basket. J’avais seize ans. » Une décennie plus tôt, le petit garçon avait reçu un maillot de Kobe Bryant et vu l’un de ses matchs à la télévision. « Ce jour-là, je me suis dit : je veux être comme lui. C’était mon idole et c’est un peu la raison pour laquelle je joue au basket. » Le sport a été l’école de vie souvent présentée.

J’étais un enfant assez timide, cela m’a permis de me faire plein de potes et d’être beaucoup plus ouvert. Le sport m’a construit. Socialement, ça m’a bien aidé. J’ai rencontré des gens superbes.

Titulaire d’une licence en STAPS, Yoan Granvorka n’est toutefois pas qu’un sportif, on l’a bien compris. « Je n’aime pas trop me catégoriser, parce que ça ferme les autres options« , dit-il. Sa vie est rythmée par des centres d’intérêt allant de la lecture, bien sûr, au cinéma, en passant par une multitude de sujets. « J’adore visiter les endroits, je m’intéresse beaucoup à l’histoire. Quand j’étais petit, j’étais très fan de la Grèce antique. Plus les années passent, plus j’essaie de trouver une manière de vivre harmonieuse. »

À la mort de son père, « les priorités sont redevenues très claires »

Les épreuves de la vie ont contribué à cette philosophie, à commencer par la mort de son père, Séverin. « J’étais dévasté. Je ne pensais pas que ça allait être aussi dur. Mais après avoir digéré, j’ai pris conscience à quel point j’avais de la chance de l’avoir eu comme père. Cela m’a délesté de beaucoup de poids. J’étais très stressé par plein de choses. Les priorités sont redevenues très claires. » Yoan Granvorka, marié depuis près de trois ans, continue d’avancer. Sur le terrain de basket comme en dehors, il affiche la même volonté.

C’est mon combat depuis que je suis petit : réussir à m’affirmer et à être courageux, à avoir confiance. C’est uniquement sur ces aspects que je me juge sur une saison. Est-ce que j’ai osé prendre des risques ? Est-ce que j’ai fait des trucs sympas ? 

Yoan Granvorka
Yoan Granvorka a passé ses cinq premières années senior en Suisse avant de tenter l’expérience de la Pro A au Portel en 2022-2023. La saison suivante, il avait signé à Rouen.  ©Aline CHATEL

Cette recherche pourrait guider le joueur dans sa future reconversion. « Accompagner des jeunes ou des sportifs sur le côté psychologique, ça trotte dans ma tête. J’aimerais beaucoup pouvoir transmettre et aider les gens. » Yoan Granvorka ne se refera pas. Il restera toujours le « gentil petit Suisse », un garçon « consciencieux », animé par la volonté que « les choses se passent bien ». Et, peut-être plus encore, de rester fidèle à la personne qu’il est.

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