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Football. "Je ne suis pas le coach commercial qui sait se vendre" : Kévin Leroux s'est adapté sans se renier
Kévin Leroux est l'entraîneur de Verson, équipe de Régional 3 qualifiée pour le sixième tour de la Coupe de France.
Kévin Leroux est l’entraîneur de Verson, équipe de Régional 3 qualifiée pour le sixième tour de la Coupe de France. © Marc OLEJNIK

Et si c’était la saison de Verson ? Cinquième de Régional 3 avec deux victoires et une défaite, l’ASV s’est surtout distinguée en éliminant Bayeux (R1) au cinquième tour de la Coupe de France, dimanche 11 octobre 2026 (1-0). Un formidable coup de projecteur pour le club, qui a connu deux relégations de suite, et son entraîneur Kévin Leroux. L’ancien coach d’Ifs en Régional 2 et de la réserve d’Avranches, où il a obtenu d’excellents résultats en Régional 1, est le grand artisan de la reconstruction depuis son arrivée la saison dernière. Celui qui ne laisse personne indifférent, par un caractère entier qu’il revendique sans mal, s’est longuement confié sur Sport à Caen. 

Kévin, avez-vous ressenti une émotion particulière après la victoire sur Bayeux ?

C’est l’émotion des gens autour de moi – joueurs, familles, bénévoles – qui m’a plus touché. J’étais plus ému par ça que par le fait d’éliminer une R1. Battre une équipe de R1, ça ne va pas changer ma vie. En revanche, ça me touche de voir les joueurs de Régional 3 qui arrivent à s’accomplir en étant assez irréprochables, en venant s’entraîner deux à trois fois la semaine. J’ai quasiment plus de présence à Verson qu’à Avranches, alors que je leur impose un fonctionnement qui ne correspond pas forcément à leur niveau de base. Sur le plan sportif, la vraie performance qui m’intéresse, c’est le fait d’éliminer une grosse équipe de R1 sur un synthétique. On ne pouvait pas se cacher derrière l’état d’un terrain pour passer sur un corner. C’est valorisant pour les joueurs. On a fait un exploit en étant sur des principes de jeu ultra-positifs pour nous.

« La première fois, j’ai cligné des yeux »

Prenez-vous du plaisir à entraîner en Régional 3 ?

La première fois, j’ai cligné des yeux. Mais je sais d’où je viens. J’ai entraîné en R1, en R2, en R3. Le R3, c’est le plus dur, de loin. Les contextes de match sont compliqués. Je prends de plus en plus de plaisir, notamment parce qu’on a de la continuité par rapport à la saison dernière. On voit des gars se développer sur le terrain et en dehors, c’est intéressant.

Les premiers mois, ça a été un choc des cultures. Je suis arrivé dans un club qui venait de descendre deux fois et qui avait subi quinze ou seize départs. Je me suis retrouvé avec des joueurs qui jouaient auparavant en B et en C. C’était une catégorie malade. Il a fallu mettre des habitudes de travail en place. Si tu t’entraînes pas, tu ne joues pas. Si tu n’es pas performant, peu importe d’où tu viens, un autre jouera. Ça a été un petit choc. Au début, ça a été dur. Ça a même été très dur. Depuis, les joueurs sont irréprochables. On a trouvé notre rythme de croisière. Le fonctionnement est sain et il est compris par tout le monde. 

À quel point doit-on s’adapter quand on passe du Régional 1 à Avranches au Régional 3 ?

Au départ, on arrive tous avec nos grandes idées et nos grands principes de fonctionnement. J’avais connu Ifs pendant quelques années, il y avait des comportements que j’arrivais à déceler compte tenu de cette expérience. Entre une séance vidéo tous les vendredis pendant vingt minutes et des entraînements différents de ce qu’ils avaient connu, cela faisait beaucoup pour certains. Quand tu donnes du sens aux choses, ça va. On a réussi à emmener pas mal de monde dans la même direction au même moment. C’est la priorité dans une équipe.

Mon adaptation se fait plus sur l’endurance mentale des joueurs. Il faut accepter qu’à ce niveau-là, certains ne sont pas très endurants. Il faut réussir à faire en sorte qu’ils s’accrochent. Un joueur qui ne joue pas en R3 lâche vite. Il va en D1 (où joue la réserve, ndlr) et la semaine est longue. Cela demande, à mes yeux, un groupe plus restreint. On a trouvé un fonctionnement en essayant de développer la polyvalence des joueurs. De cette manière, tout le monde joue et s’implique.

« La paternité, ça apaise »

On sait que vous avez une certaine étiquette depuis le début de votre carrière. Est-ce que vous avez un côté décalé dans ce milieu ?

Je suis assez entier donc j’ai du mal à faire semblant, à me connecter à certaines choses de ce milieu-là. Mes filles (Aria, 5 ans, et Théa, née en juillet, ndlr) m’ont énormément apaisé ces dernières années.

La paternité, ça change quoi ?

Ça t’apaise. Il y a certaines choses auxquelles on ne fait plus attention, comme les commérages. Ça met de la distance avec toutes les choses un peu toxiques. On est différent. Avranches a changé pas mal de choses aussi. Ce qui est incontestable, c’est que je suis entier. Quand je fais quelque chose, c’est en mode bulldozer : on avance, on envoie. Je considère être loyal envers les clubs et mes joueurs. Je n’ai pas la qualité du coach commercial qui sait se vendre. Je n’ai pas le trait de caractère de vouloir plaire à tout le monde. Ce n’est pas non plus mon objectif. Je dis ce que je pense et ce que je ressens en essayant de filtrer de plus en plus. Ce n’est pas si simple.

On est dans un milieu qui est parfois dur, il faut savoir l’être aussi. Je pense néanmoins que les joueurs qui m’ont eu, à part trois, quatre avec qui ça s’est mal passé, gardent de bons souvenirs. Il y a des collègues avec lesquels ça passe mieux que d’autres. On n’est pas là pour s’aimer. Je respecte tout le monde. Je suis beaucoup plus zen qu’à une certaine époque, parce qu’on grandit, parce qu’on a des enfants. Ma fille vient voir mes matchs, elle a 5 ans. On n’a pas le choix… Il faut avoir un peu de détachement, sans se renier.

« Passionné, travailleur, chercheur »

Comment vous définissez-vous comme entraîneur ?

Passionné, travailleur, chercheur. Je suis toujours en train de chercher de nouvelles manières d’entraîner. Il faut distinguer le métier d’entraîneur de celui de coach. Coacher le week-end, c’est facile. Entraîner la semaine, ne jamais faire la même séance, trouver la manière d’opérer des transferts avec le match, c’est dur.

Il faut être endurant mentalement avec moi parce que je suis exigeant. J’essaie d’être de plus en plus humain avec certains profils. Ça reste important de fédérer, on ne peut pas toujours avoir de la distance avec les joueurs, encore moins à notre niveau. Si on ne fédère pas, c’est impossible. Je ne fuis jamais mes responsabilités quand on perd des matchs. On ne m’entendra jamais dire que c’est la faute de l’arbitre. À ce niveau, on baisse certains curseurs, on en augmente d’autres. Je me battrai toujours contre les gens qui disent qu’en R3, faire de la vidéo, ce n’est pas bien, c’est trop. Mettre les joueurs dans des conditions de pratique optimales, c’est les respecter. 

Ifs en Régional 2, la réserve d’Avranches en Régional 1, puis Verson en Régional 3 : ce n’est pas toujours simple de suivre votre parcours… Quel regard portez-vous dessus ?

J’ai un gros souci, c’est que je n’ai pas de plan de carrière. Je me laisse aller au fil des gens et des sensations, au grand dam parfois de mon entourage. À 22 ans, j’entraînais une R2, je ne suis pas sûr qu’on ait vu ça ailleurs. Après, j’ai entraîné une réserve de Ligue 3. Ce n’était pas calculé ni voulu, quelque part. La seule chose qui me gouverne, c’est d’avoir un environnement dans lequel je puisse m’épanouir et mettre ce que je sais faire en place.

Quand on a côtoyé des niveaux supérieurs, on a envie d’y aller, mais le foot est aussi fait d’opportunités. Il y a plus de collègues sur le marché que de postes. J’aurais pu quitter Avranches au bout d’un an, mais je ne me voyais pas partir après le décès du président Gilbert Guérin. J’ai aussi été loyal. Le 1er avril, et ce n’était pas une blague, j’avais dit que je ne referais pas de troisième année parce que je pensais avoir fait le tour. Je suis parti en finissant deuxième de R1, en gagnant la coupe des réserves, mais il n’y avait pas un poste libre.

Verson, c’était une manière de tenter un challenge de construction totale. On partait de zéro. Ça prend beaucoup d’énergie. On est sur le bon chemin parce qu’on remonte une génération de joueurs qui peut encore être là dans cinq, six ans. Je me sens prêt à aller dans de grosses structures, mais il faut des postes et il faut que ça concorde avec ma vie familiale. Être adjoint en Ligue 3 à l’autre bout de la France, c’est bien mais ça dure un an et quand tu te retournes, tu n’as plus personne.

« J’ai reçu des textos de gens qui ne savaient même pas que j’entraînais encore »

Avez-vous le sentiment d’avoir laissé passer votre chance parfois ?

Je n’ai pas de regrets parce que je sais ce que je vaux. Les niveaux supérieurs, je les ai faits, ça s’est très bien passé. Quand tu joues en coupe devant 700 personnes, que tu arrives à être performant, tu sens que tu fais plus ton métier que les autres semaines. Ça donne envie. Mais à part bien travailler dans son club, il n’y a pas grand-chose de plus que l’on puisse faire… Ou il faut avoir un réseau, connaître certaines personnes. Ça, je ne sais pas faire. Les regrets, tu les as quand tu as une grosse équipe et que tu n’arrives pas à faire les choses. 

La Coupe de France, c’est toujours un coup de projecteur formidable.

Oui, c’est un accélérateur de club. C’est indéniable. J’ai reçu des textos de gens qui ne savaient même pas que j’entraînais encore. Ça met en lumière tout le monde. Il faut de la mesure et profiter sans en perdre la tête. Mes joueurs ont été courageux, il va falloir que l’environnement le soit aussi. Il n’y a pas de tribune à Verson et cela pose problème. On en entend parler toutes les semaines, je ne la vois pas. On a de belles infrastructures, il en manque une indispensable. Il faut que tout le monde suive la dynamique de cette équipe-là parce que les joueurs le méritent. Il faut que tout le monde se mette autour d’une table, qu’on ait une vision et un échéancier. C’est la tribune, mais ce sont aussi les vestiaires. À chaque match à domicile, on est obligés d’aller faire notre causerie au complexe de padel. On a quatre vestiaires et 600 licenciés, ce n’est pas possible.

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