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Au départ, ce n'était qu'une plaisanterie entre vieux copains. À l'occasion de repas partagés, Mathieu Sarlin et Adrien Tempier se sont amusés, cet été, à jouer les recruteurs auprès de Joseph Laget. Après treize années à Provence Rugby, leur ancien partenaire s'apprêtait à quitter le haut niveau. Et si les trois amis se retrouvaient à Aubagne ? La blague aurait pu s'arrêter au dessert. Jusqu'au jour où l'intéressé les a pris au mot.
À 26 ans, après 63 rencontres de Pro D2, le voilà en Fédérale 2, avec des priorités nouvelles. "Depuis qu'Aix m'avait dit qu'il ne me gardait pas, j'avais en tête d'arrêter. Pour ma dernière année de master, il me fallait davantage de temps en entreprise. Avec ma femme et mes deux petites filles, j'ai préféré rester dans la région", explique celui qui disposait encore de propositions en Nationale.
Dans le vestiaire du RCA, son passé professionnel lui a valu quelques chambrages. Joseph Laget les a accueillis avec le sourire, sans chercher à se distinguer de ses nouveaux partenaires. Georges Valliorgues a rapidement fait de lui l'un de ses relais au sein d'un effectif renouvelé. L'entraîneur aubagnais apprécie autant son expérience que sa discrétion : "C'est un mec sur lequel on peut s'appuyer. Un leader de combat, mais aussi dans le vestiaire, par sa présence. Il n'a pas besoin de beaucoup parler, ce sont les actes qui comptent."
L'adaptation ne s'est toutefois pas limitée à trouver sa place. Désormais utilisé en numéro 8, l'ancien talonneur a dû revoir certains automatismes, notamment dans sa manière de plaquer. Il imaginait aussi un jeu moins structuré, mais la rigueur tactique de la Fédérale 2 l'a surpris. "Les plans de jeu sont très cadrés, presque comme ceux du monde professionnel. La différence se situe surtout dans la vitesse et le physique. "
Sa reconversion dans le monde viticole, en revanche, n'a rien d'un virage soudain. Chez les Laget, la vigne est une histoire de famille : son père en cultive, sa sœur travaille dans le même milieu et lui-même s'y intéresse depuis l'enfance. Même durant ses années aixoises, il a mené de front ses études avec sa carrière. "Je connaissais le vin avant le rugby. Je quitte un univers qui me passionnait pour un autre, qui me plaît tout autant. La transition s'est vraiment bien faite", confie le natif d'Aubagne, aujourd'hui en master d'œnologie à Montpellier.
S'il n'a jamais envisagé de raccrocher complètement les crampons, Joseph Laget ne regrette pas pour autant d'avoir tourné la page du haut niveau. Au fil de ses dernières saisons aixoises, les contraintes avaient peu à peu pris le pas sur l'envie. "Je pense que j'arrivais au bout d'un cycle, car je ne prenais plus autant de plaisir qu'avant. C'était devenu plus une obligation qu'une passion. Aujourd'hui, je suis vraiment content de mon choix." Et les retrouvailles avec Mathieu Sarlin et Adrien Tempier ne se limitent désormais plus aux repas entre amis.